Procès Nemmouche: les jurés directement dans le bain avec la lecture de l'acte d'accusation

Ça avance, mais il en reste pour vendredi! Ce jeudi après-midi, les avocats généraux ont lu 80 pages sur les 190 que compte l'acte d'accusation du procès de Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer. Les deux hommes sont accusés devant la cour d'assises de Bruxelles d'être auteurs ou co-auteurs de l'attaque commise le 24 mai 2014 au Musée juif de Belgique à Bruxelles.

Cette attaque a duré 82 secondes

Le procureur Bernard Michel a commencé par retracer le déroulement des faits au musée. Sur les images de vidéosurveillance, on peut voir l'arrivée du couple israélien, les Riva. Ils se trouvent devant un présentoir informatif lorsque le tireur arrive. Celui-ci fait feu deux fois de suite, il tire à bout portant.

Sans marquer de temps d'arrêt, le tireur se dirige vers la porte du local d'accueil. Il tire sur Alexandre Strens puis tire sur la réceptionniste, mais son arme ne réagit pas. Le tireur se replie vers le couloir, s'empare d'une arme longue qui est dans un de ses sacs et puis se redirige vers la porte d'entrée. Il tire dans la porte, donne un coup de pied dedans et puis entre à nouveau dans ce local. Il tire sur la réceptionniste qui s'affale par terre.

Tout a été très vite. L'attaque a duré en tout et pour tout 82 secondes.

L'arrestation à Marseille

Six jours plus tard, un bus en provenance de Bruxelles est en gare de Marseille. Il subit un contrôle des douanes. Un homme porte un costume cravate et présente un passeport français, il s'agit de Mehdi Nemmouche. Un des agents de douanes découvre dans le bus un sac sur un siège inoccupé à proximité de lui. Ce sac semble n'appartenir à personne. Le douanier y voit un chargeur. Un douanier s'adresse alors à Mehdi Nemmouche. Sur son côté, il y a une arme à feu, chargée.

Nemmouche sera alors privé de liberté et emmené pour suite d’enquête. A l'issue de sa garde à vue, il est placé sous mandat d'arrêt européen pour des faits d'assassinat et de tentative d'assassinat dans un contexte terroriste, la quatrième victime n'étant à ce moment pas encore décédée.

Entre silences et bavardages

Lorsqu'il est interpellé sur sa présence à Bruxelles, Mehdi Nemmouche avance un motif touristique. Il affirme avoir volé les armes dans une voiture immatriculée en Hollande.

Lors de sa garde à vue, Mehdi Nemmouche sera auditionné à 8 reprises. Il invoque régulièrement son droit au silence. 

Durant son transfert de Marseille à Paris, Mehdi Nemmouche est plutôt bavard. Il évoque pèle même le conflit en Bosnie, la géopolitique, les arts martiaux, mais aussi le cinéma français. Il semble aussi avoir une passion pour Charles Aznavour. 

Mehdi Nemmouche critique aussi les médias qui, selon lui, ne disent que des conneries.  Il semble avoir une bonne connaissance de l'histoire et de la géopolitique. À la question de savoir qui sont les méchants à l’échelle mondiale, il répond : "Les Chinois au Tibet par exemple ". 

Le tireur du musée est-il Mehdi Nemmouche ?

Des proches de Mehdi Nemmouche ont été interrogés. Reconnaissent-ils Mehdi Nemmouche sur les images des caméras de surveillance du Musée juif? "Il y a effectivement une ressemblance, selon l'un d'eux. Mais je ne peux pas le reconnaître à 100%". La compagne de cet ami va dans le même sens: "C'est possible que ce soit lui, comme c'est possible que ce soit un autre. La carrure et le grand nez, ça se peut que ce soit lui".

L'épouse du propriétaire du logement de Nemmouche l'a croisé par hasard le 24 mai 2014 en fin de journée. Elle se rappelle l'avoir vu en possession de trois sacs.

Les enquêteurs ont remarqué une activité sur l'ordinateur de Mehdi Nemmouche le jour de l'attentat. Cette activité se passe 28 minutes et 28 secondes après l'attentat. Un enquêteur a refait le trajet entre le musée et le domicile de Nemmouche. Il a mis 22 minutes en alternant un rythme soutenu et puis un rythme lent. Google Maps lui renseigne que ce trajet à pied doit prendre 30 minutes.

En fin d'après-midi, on a appris qu'une analyse téléphonique réalisée par les enquêteurs français a permis de chiffrer les contacts entre les deux accusés. Nemmouche et Bendrer ont ainsi eu 111 contacts entre août 2013 et mai 2014.

Un changement à sa sortie de prison

À sa sortie de prison en 2012, Nemmouche va chez sa grand-mère. Celle-ci observe un changement chez son petit fils. Il faisait la prière, ce qui n'était pas le cas auparavant.  Pour la tante de Nemmouche, c'est la prison qui l'a changé. "Il priait cinq fois par jour, avait laissé pousser sa barbe et s'habillait en djellaba. Cependant, il ne tenait de discours haineux envers personne."

Le banc des parties civiles inchangé

En matinée, la défense de Mehdi Nemmouche estimait que la constitution de l'Association française des victimes de terrorisme (AFVT) comme partie civile devait être considérée comme irrecevable. Après un bref débat et une longue interruption, la présidente de la cour d'assises de Bruxelles Laurence Massart a estimé que cette demande était prématurée.

"L'Association française des victimes du terrorisme ne démontre pas un intérêt direct et personnel à agir comme le droit belge le requiert. C'est une association qui poursuit un intérêt général, celui d'apporter une aide aux victimes de terrorisme", avait plaidé Me Laquay, un des avocats de Mehdi Nemmouche. "Je rappelle qu'en Belgique l'intérêt général relève exclusivement du parquet. Ici, le parquet fédéral est là pour ça. Des associations privées ne peuvent poursuivre un intérêt qui est général", a-t-insisté avant de rappeler que, lors du procès dit "de la rue du Dries", dans lequel étaient prévenus Salah Abdeslam et Sofien Ayari, le tribunal avait déclaré irrecevable la constitution de partie civile d'une association d'aide aux victimes du terrorisme.

"La question du droit de ma cliente à se constituer partie civile dans ce procès est une question qu'on ne peut pas traiter comme ça en deux minutes sur un coin de table", s'était inquiété Me Guillaume Lys, l'avocat de l'Association française des victimes du terrorisme. Pas deux minutes, mais trois heures plus tard - l'audience a été suspendue vers 10h30 -, la cour a finalement décidé de laisser cette association prendre part au procès comme partie civile.

Un juré absent

La journée de ce jeudi avait débuté par le remplacement d'un juré qui ne s'est pas présenté devant la cour d'assises de Bruxelles. Un des douze réservistes s'est donc installé dans le jury chargé de juger les deux accusés au terme de sept à huit semaines de procès.

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