Des revendications de la tuerie du Musée juif dans l'ordinateur de Nemmouche, selon l'acte d'accusation

Vue de la salle d'audience de la cour d'assises
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Vue de la salle d'audience de la cour d'assises - © POOL - BELGA

La lecture de l'acte d'accusation s'est poursuivie ce vendredi au procès de la tuerie du Musée juif de Belgique. Il a d'abord été question des auditions des directeurs des prisons par lesquelles Mehdi Nemmouche est passé. Nacer Bendrer, Mounir Attallah et Mehdi Nemmouche ont été détenus dans le même bâtiment de la prison de Salon-de-Provence. Le directeur de cet établissement s'est inquiété de la présence d'un "pôle de prosélytes". Il a dessiné un schéma, au sommet de la pyramide, il y avait le nom de Nemmouche. Juste en dessous, celui de Bendrer. Le nom de Mounir Attallah n’apparaît pas. Le directeur de la prison déclare que Bendrer semble sous la coupe de Nemmouche, qu'il a plus le profil d'un voyou classique, mais tout de même avec une vision islamiste. Selon le directeur, les deux accusés ne se sont pas convertis en prison, mais s'y sont radicalisés. 


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Lors des auditions de Bendrer en Belgique, celui-ci reconnait enfin connaitre Nemmouche. Il dit n'avoir jamais parlé du djihad avec Nemmouche : "Le djihad, c'est de la merde, c’est des jeunes, des moutons qui se font embobiner par leur berger qui les détourne".

Élément surprenant : Mehdi Nemmouche a acheté un ordinateur deux heures après son retour de Marseille. Et qu'a-t-il fait avec cet ordinateur? Une recherche sur l'adresse du Musée Juif de Belgique. 


>>> Retour sur la première journée de lecture de l'acte d'accusation


Lors de ses auditions, Mounir Attallah décrit Nemmouche comme quelqu'un de posé et gentil. Quant à Bendrer, c'est un ami d'enfance, ils se sont déjà retrouvés en prison. Les trois hommes y auraient partagé des activités sportives ensemble, ils n'auraient jamais parlé de religion ensemble. 

"Un musulman garde sa barbe à vie"

Nemmouche et Attalah se sont vus à Marseille. Lorsque Mounir Attallah a vu Nemmouche en avril 2014, il dit avoir été surpris par le fait que l’intéressé avait coupé sa barbe car "un musulman garde sa barbe à vie". Selon Attallah, Nemmouche avait l'air inquiet, il n’arrêtait pas de regarder autour de lui. Il a aussi retiré la puce et la batterie de son téléphone. Selon Attallah : "Si quelqu’un fait ça chez nous, c’est qu’il est cramé, qu’il ne veut pas borner". 

Les enquêteurs ont aussi mis à jour près de 10 contacts téléphoniques entre Attallah et Bendrer le jour où Nemmouche était présent à Marseille. Il semble clair que les trois hommes ont multipliés les échanges téléphoniques lorsque Nemmouche est venu à Marseille le 24 avril 2014. 

Dans l'ordinateur de Mehdi Nemmouche, les enquêteurs ont retrouvé des vidéos. Sept d’entre elles sont des vidéos de revendication de la fusillade réalisée au Musée Juif de Bruxelles. Les objets filmés dans ces vidéos sont identiques aux objets retrouvés en possession de Nemmouche lors de son arrestation à Marseille. 

Mehdi Nemmouche a refusé catégoriquement de se soumettre à une analyse de sa voix. Cette analyse aurait pu permettre de comparer la voix de Nemmouche avec celle qu'on entend dans les vidéos. L'expert a donc réalisé des comparaisons avec la voix de Nemmouche enregistrée lors de ses interrogatoires. L'expert conclut à une identité de voix. Les ex-otages français ont également reconnu la voix de Nemmouche. 

L'analyse du contenu de l'ordinateur

L'analyse de l'ordinateur portable et d'autres appareils numériques trouvés sur Mehdi Nemmouche lors de son arrestation le 30 mai 2014 laisse apparaître de très nombreux éléments défavorables à l'accusé. 

Dans l'ordinateur de Nemmouche, les enquêteurs ont retrouvé des photos. Une des images s’avère être la reproduction d’un plan des rues et semble provenir du site Google Maps. Ce plan représente l’emplacement de la rue des Minimes, la rue du Musée Juif.

Les enquêteurs ont aussi retrouvé les sites visités par l'utilisateur de l'ordinateur de Nemmouche. À partir du 27 mai, de nombreuses visites sont effectuées vers des sites d'information belges. Beaucoup d'articles sur l'attentat contre le Musée juif sont consultés.

Un rôle de geôlier en Syrie? 

Mehdi Nemmouche aurait été chargé de surveiller 4 journalistes français, ces derniers ont reconnu sa voix sur la vidéo de revendications et 3 d'entre eux reconnaissent formellement Nemmouche sur photo. Selon eux, Nemmouche est une personne très agressive et menaçante, tenant des propos antisémites. Deux ex otages expliquent qu'il idolâtrait Mohammed Merah, comme étant "le plus grand mec que le France ait connu".  Il disait aussi qu'il avait envie de se "fumer une petite juive de 4 ans". 

Les 4 journalistes français ont aussi reconnu Najim Laachraoui (l'un des kamikazes de l'aéroport de Zaventem le 22 mars 2016) comme étant un autre de leur geôlier. Il devait donc connaître et côtoyer Nemmouche. 

Correspondance entre l'homme de la vidéo et Nemmouche

Les images de vidéosurveillance du Musée Juif ont été réanalysées par les enquêteurs. Ils repèrent un homme qui semble faire un repérage la veille de l'attentat, le 23 mai 2014. 

Après comparaison, les enquêteurs montrent qu'il existe "une correspondance" (taille, corpulence, proportions corporelles) entre l’homme au costume du 23 mai 2014 et l’auteur des faits visible sur les images du 24 mai. 

Sur les images de surveillance on peut voir un homme avec un costume noir et une cravate avec des rayures claires et sombres. Lors de son arrestation, Nemmouche portait la même chose. Même constat avec les chaussures de l'homme sur la vidéo, identiques en termes de marque, de couleur et de forme à celles que portait Nemmouche à Marseille. 

25 impacts balistiques

A la reprise de l'audience est abordée la partie de l'acte d'accusation qui concerne les rapports des experts. Le rapport balistique établit que 25 impacts balistiques ont été relevés dans le local d’accueil du Musée. La localisation de ces impacts révèle que le tireur se trouvait à l’entrée du local et qu’il a dirigé ses tirs tant à droite, qu’au centre et à gauche. En tout, il y a eu 13 tirs : 

  •  5 émanant d’un revolver 
  •  8 d’un fusil mitrailleur type Kalachnikov

L'expert n'a pas trouvé d'empreinte complète de Mehdi Nemmouche sur la porte du local d’accueil du Musée Juif. Cette absence a déjà été soulevée par la défense.  

Expertise psychiatrique

Mehdi Nemmouche a refusé de se soumettre à une expertise psychiatrique. Selon une expertise plus ancienne, datant de 2006, il ne présentait aucune anomalie mentale ou psychique. Il est décrit comme un garçon intelligent, calme, qui dit tenir sa sérénité du fait qu’il n’est coupable de rien. L’expertise soulignait aussi le fait qu’il maitrise bien son anxiété et qu’il a un caractère bien trempé

Quant à Nacer Bendrer, le rapport dit : "Ce type de personnalité privilégie le passage à l’acte au raisonnement, ce qui peut avoir pour conséquence un abaissement du seuil de décharge de l’agressivité, des difficultés à tirer un enseignement des expériences vécues, et une tendance à fournir des justifications singulières pour expliquer un comportement à l’origine d’un conflit".

Ensuite l'acte d'accusation décrit le parcours de Mehdi Nemmouche: son placement en famille d'accueil à l'âge de 3 mois, les nombreuses condamnations pour vols ou infractions de roulages au cours de son adolescence. Son rapport à la religion est abordé : Nemmouche a vécu un choc des cultures pendant sa jeunesse. Chez ses parents d'accueil, il baignait dans la culture catholique alors que chez sa grand-mère c'était une culture musulmane. 

Le casier judiciaire français de Nacer Bendrer est plutôt fourni. Le premier vol mis à sa charge date de la période où il avait 12 ans. Bendrer a aussi été condamné pour des vols, des infractions de roulage, des faits de violence volontaire et des faits d'outrage. L'acte d'accusation rappelle que Mehdi Nemmouche est inculpé d’assassinats dans un contexte terroriste. Nacer Bendrer, quant à lui, est inculpé de complicité d’assassinats dans un contexte terroriste. 

Après la lecture de l'acte d'accusation par les magistrats fédéraux Yves Moreau et Bernard Michel, Me Vanderbeck, avocat de Nacer Bendrer souhaite s'adresser directement aux jurés. Il précise que l'acte d'accusation représente la perception des procureurs fédéraux de ce dossier. Selon lui, il n'y aurait que des éléments à charge dans ce document. Et ajoute qu'il ne partage pas cette vision. 

Le procès reprendra mardi matin avec la lecture de l'acte de défense par les avocats de Mehdi Nemmouche, avant l'interrogatoire des deux accusés.

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