Procès musée juif : Eclats de rire et droit au silence, les ingrédients des premières auditions de Nemmouche

Procès musée juif : Eclats de rire et droit au silence, les ingrédients des premières auditions de Nemmouche
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Procès musée juif : Eclats de rire et droit au silence, les ingrédients des premières auditions de Nemmouche - © IGOR PREYS - BELGA

Le procès de l’attentat contre le Musée juif de Belgique continue aujourd’hui. Près de huit heures de vidéos des auditions filmées de Mehdi Nemmouche lors de sa garde à vue en France devraient être diffusées, à la demande des procureurs généraux.

Avant la diffusion des vidéos, l’enquêteur français a rappelé le contexte sécuritaire de l’époque. La crainte qu’il y ait de nouveaux attentats était bien présente. Il a également exposé la stratégie d’interrogatoire. « On a tout essayé, mais sans beaucoup de résultat », a-t-il prévenu.

Droit au silence

La première audition visionnée débute à 3h00, quelques heures après l’arrestation du suspect, dans les locaux de la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI). « Je ne répondrai à aucune question », affirme-t-il d’emblée. Il avait cependant demandé l’assistance d’un avocat commis d’office.

Mehdi Nemmouche accepte néanmoins de décliner son identité, sa date de naissance, les noms de ses parents, sa double nationalité française et algérienne, son état civil, sa situation familiale et évoque le placement dont il a fait l’objet dans sa jeunesse. Il déclare également être sans domicile depuis sa sortie de prison et ne disposer d’aucun téléphone ni d’adresse e-mail.

Interrogé sur ses déplacements à l’étranger, l’accusé invite les enquêteurs à consulter son passeport. Il indique n’avoir rien à déclarer sur les armes retrouvées en sa possession.

Mehdi Nemmouche ne paraît pas du tout impressionné par la situation, il est même par moments souriant. Le suspect articulant peu et le son des enregistrements étant de mauvaise qualité, certaines réponses sont peu compréhensibles.

Je m’exprimerai le moment venu.

Le soir même de cette première audition, vers 22h00, Mehdi Nemmouche est à nouveau interrogé, à Paris cette fois. Le principal accusé rigole à force de répéter « je ne répondrai à aucune question ». L’enquêteur lui demande notamment d’où il détient ses armes et s’il confirme les avoir volées. « Je m’en expliquerai le moment venu. Pour le moment, j’en suis incapable », répète-t-il. Une promesse restée lettre morte depuis plus de quatre ans et demi.

Après son transfert de Marseille à Paris, lors duquel il avait spontanément évoqué avec les enquêteurs certains de ses centres d’intérêt comme les sports de combat ou la chanson française, Mehdi Nemmouche s’est à nouveau muré dans le silence.

Lors de sa deuxième audition, le 31 mai 2014 vers 22h15, il se met d’ailleurs plusieurs fois à rire à force de répéter qu’il exerce ce droit. « Est-ce une attitude cohérente pour une personne accusée 'à tort' selon lui de quatre assassinats à caractère terroriste ? », a interrogé l’avocat général Yves Moreau.

Quelle que soit l’attitude de Mehdi Nemmouche, ce sera « toujours interprété à sa charge par le procureur et les parties civiles », a répondu l’avocat de l’accusé, Me Laquay.

Aucun complice

Dans une troisième audition remontant à juin 2014, Mehdi Nemmouche répond systématiquement, en riant, « droit au silence » aux questions posées, résumant même cette réponse en acronyme : D.A.S. Il n’attend même plus la fin des questions pour répondre et souligne qu’il n’a pas à justifier son recours à ce droit.

La seule réponse qu’il donne survient à la question de savoir s’il a bénéficié de complicités pour obtenir ces armes. « Aucune », dit-il dans un sourire. « La réponse est cent pour cent sincère. Je n’ai pas de complice. »

« Les médias, par définition, ne disent que des conneries », réagit-il, interpellé par les enquêteurs sur le fait que son nom était évoqué dans la presse comme suspect de la fusillade. « Ils pourraient même dire que je suis Hitler, si c’est un média qui le dit, cela ne me dérange pas. Une connerie de plus ou de moinssi quelqu’un prend pour agent comptant ce que disent les médias, c’est qu’il est suffisamment con », ajoute-t-il.

DAS

Lors de la quatrième audition, le suspect sera confronté aux vidéos de revendication de l’attaque. Il y opposera, comme à chaque autre question, son systématique « DAS ». Malgré son apparente aversion pour les médias, à la fin de l’entretien, il demandera par le biais de son avocat à obtenir des coupures de presse le concernant.

Les éclats de rire de l’accusé cadrent très mal avec sa ligne de défense, ont souligné le ministère public et les parties civiles.

Mehdi Nemmouche fait preuve d’une « grande maîtrise » et est très détendu alors qu’il est accusé – à tort selon lui – de quatre assassinats terroristes, a fait remarquer l’avocat général Yves Moreau.

« Lorsqu’on est innocent, on se justifie et on apporte des preuves pour démonter les charges à son encontre, on ne répond pas 'DAS' », a fustigé l’avocat du Musée juif, Me Masset.

La défense de Mehdi Nemmouche, de son côté, estime que les rires de l’accusé sont suscités par l’attitude des enquêteurs. Dans le box, ce dernier est le plus souvent tête baissée, occupé à se gratter le front. Il s’entretient également plus que d’habitude avec son conseil Me Courtoy.
 


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