Procès Kim de Gelder: dernier jour des plaidoiries des parties civiles

De jour en jour, au fil des plaidoiries, c'est le profil d'un homme perturbé mais surtout  profondément manipulateur qui se dessine. 

Coupable et non malade

Ce sont les derniers avocats des parties civiles qui, en début d'après-midi, vont plaider. Tous, sans exception aucune, ont estimé jusqu'ici que Kim De Gelder était coupable et pas malade. Ils ont expliqué les blessures et les traumatismes dont souffrent encore aujourd'hui leurs clients. Et les séquelles psychologiques profondes qui, sans doute, ne disparaîtront jamais.

Le responsable de tout cela est, selon eux, l'accusé, Kim De Gelder. Tous ont estimé que le jury devait répondre "oui" aux questions portant sur la culpabilité et la responsabilité. Des discours sur lesquels embrayera cet après-midi, l'avocat général. Lui aussi tentera sans doute de convaincre les 12 jurés de la culpabilité de Kim De Gelder. Il s'appuiera sur les rapports du Collège d'experts, qu'il avait désignés. Autant de psychiatres et de psychologues qui, on s'en souvient, avaient conclu après l'avoir examiné 26 fois, que Kim De Gelder était effectivement quelqu'un au cerveau dérangé mais qu'il n'était pas le malade mental qui se devait d'être interné.

Programme modifié et délibérations vendredi

L'avocat de Kim De Gelder, Jaak Haentjens, plaidera jeudi, tandis que l'après-midi de mercredi sera consacrée aux dernières plaidoiries des parties civiles, puis au réquisitoire de l'avocat général Yves Van Den Berge.

A l'origine, l'ensemble des plaidoiries et réquisitoire devaient être bouclés en fin de journée mercredi, afin que le jury entre en délibération jeudi midi après les répliques. Mais le président de la cour d'assises a remanié le planning des derniers jours, après que les plaidoiries des parties civiles se sont prolongées. Jaak Haentjens était remplacé par son fils Frederik mercredi matin, ce qui lui permettait de préparer sa plaidoirie lors des dernières interventions des parties civiles.

Deux avocats des parties civiles doivent encore prendre la parole mercredi après-midi. L'avocat général prononcera ensuite son réquisitoire sur la culpabilité. Jaak Haentjens plaidera jeudi toute la matinée, avant les répliques dans l'après-midi. Kim De Gelder pourra ponctuer la journée par une dernière déclaration. Les jurés entreront en délibération vendredi vers 10h00. Le but est toujours de clore l'affaire vendredi, a indiqué le magistrat de presse Martin Minnaert.

Trop délirant pour être schizophrène ou psychotique

Kim De Gelder a changé trop souvent de délires pour être vraiment schizophrène ou psychotique, a estimé mercredi Nina Van Eeckhaut, l'une des avocates des parties civiles. Refusant de prononcer "trop souvent son nom, car il en jouit, sinon", elle a dénoncé un accusé "accro à l'attention", qui est "trop lâche pour se pendre".

"Parmi mes clients, j'ai plusieurs patients internés. Ils présentent toujours des délires conséquents, selon une certaine logique. Ils vivent un système délirant, une réalité, une vérité. L'accusé, lui, a donné plusieurs versions de ses délires. Cela prouve qu'il n'est pas vraiment schizophrène ou psychotique", a expliqué l'avocate.

"Son père est venu expliquer à la barre que la maladie s'était insinuée dans leur vie. 'Insinuer', il l'a dit deux fois. Or, la schizophrénie ne s'insinue pas, elle explose soudainement", a poursuivi Nina Van Eeckhaut.

Trop lâche pour se pendre

Pour elle, même si l'accusé était confronté à un instinct de tuer, il aurait dû combattre cette tendance. "Cela doit être comme un code moral. Et lui, son code moral, c'est quoi? Les femmes et les enfants d'abord", a-t-elle constaté. "Lâche! Vous êtes même trop lâche pour vous pendre."

"Sa personnalité de base est mauvaise", a-t-elle également asséné, estimant que "l'amour que ses parents lui portent les rend aveugles" à cette réalité. Kim De Gelder est un enfant-roi qui jouit de l'attention de ses parents. "Il a refusé de prendre des antidépresseurs, parce que ça allait le rendre plus heureux, et qu'il ne voulait pas perdre cette attention", s'est indignée l'avocate. "Il y a chez lui un noyau de pure méchanceté. Il crachait sur ses parents qui l'adoraient."

Kim De Gelder "veut être Hannibal Lecter

Cet amour indéfectible et incommensurable a fait de l'accusé une personne à l'ego surdimensionné, se croyant tout permis. "Et le monde devait être puni puisqu'il ne comprenait pas son génie, sa grandeur." Pour Nina Van Eeckhaut, Kim De Gelder "veut être Hannibal Lecter, mais il n'est pas assez intelligent pour ça".

L'avocate a mis en balance l'enfance dorée et privilégiée de l'accusé avec celle de sa cliente, l'une des puéricultrices de la crèche. "Ma cliente a perdu son père à un an, sa grand-mère à douze ans, sa mère après une brève lutte contre un cancer, son compagnon. Elle n'allait pas aux sports d'hiver avec sa famille, ou ne pouvait pas choisir ses hobbys, comme lui le faisait. Tous ces drames familiaux, elle a pu leur donner une place, parce que ça fait partie de la vie. Mais les faits horribles dont elle a été témoin le 23 janvier 2009, ce n'est pas logique."

L'avocate a conclu en rappelant qu'il n'y avait dans ce procès ni gagnants ni perdants. "Tout le monde est perdant. Mais faites éclater la vérité et ne laissez pas ce lâche s'en tirer."


Roland Bruneel avec Belga

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