Procès du Musée juif : "Pourquoi Mehdi Nemmouche a-t-il été incapable de regarder les filles Riva?"

Procès du Musée juif : « Pourquoi Mehdi Nemmouche a-t-il été incapable de regarder les filles Riva ? »
Procès du Musée juif : « Pourquoi Mehdi Nemmouche a-t-il été incapable de regarder les filles Riva ? » - © POOL JOHN THYS - BELGA

Après Me Libert et Me Ramet, c’est au tour de l’avocat Vincent Bodson de se présenter à la barre de la cour d’assises de Bruxelles pour représenter la famille du couple Riva, victime de l’attaque du Musée juif. Evoquant les deux filles de ce couple (Shira, 21 ans, et Ayalet, 19 ans), il charge, lui aussi, Mehdi Nemmouche : « Je revois Ayalet témoigner devant vous avec le corps qui se referme, comme si elle avait arrêté de grandir. On a volé leur enfance. [] Ces deux jeunes filles ont eu le courage de se présenter devant vous pour témoigner sans haine. Ces deux jeunes filles, Mehdi Nemmouche n’a pas eu le courage de les regarder en face. Ce qu’elles veulent, c’est qu’on arrête de salir leurs parents et que justice soit faite. »

On n’a pas été jusqu’à vérifier la piste du Cardinal Daneels

Me Bodson descend en flammes la théorie de l’assassinat ciblé. Pour la défense, Miriam et Emanuel Riva n’étaient pas un simple couple de touristes israéliens, mais des agents du Mossad. L’attaque du Musée juif ne serait pas un attentat terroriste mais un attentat ciblé qui les visait eux. Pour l’avocat des parties civiles, le comportement de Mehdi Nemmouche n’est pas celui d’un tueur à gage professionnel. « Si c’était vraiment un assassinat ciblé, pourquoi Monsieur Nemmouche a-t-il été la seule personne incapable de regarder les filles Riva lorsqu’elles sont venues témoigner ici ? »

Autre théorie défendue par la défense : les enquêteurs ont truqué des images de vidéosurveillance pour faire ressembler le tueur à leur client. L’enquête aurait été menée à charge. Réponse de Vincent Bodson : « Pas une seule personne ayant travaillé sur ce dossier n’avait intérêt à voir condamner un innocent. Toutes les vérifications mènent à Mehdi Nemmouche. Ses avocats le savent et ils essaient d’instiguer le doute. Ils insinuent mais ils ne prouvent rien en espérant que cela suffise à convaincre. » Me Bodson souligne à quel point les enquêteurs ont été loin dans leurs investigations, explorant jusqu’au bout la moindre piste. « On n’a pas été jusqu’à vérifier la piste du Cardinal Danneels qui a aussi été cité », ironise-t-il.

Utiliser une kalachnikov, c’est pour terroriser

Hier, deux autres conseils de la famille Riva ont plaidé. Me Libert s’est attaché à démontrer le lien entre Medhi Nemmouche et l’organisation terroriste Etat Islamique. « Al Qaida recrutait des hommes âgés d’une trentaine d’années, venant de familles musulmanes. Mais l’EI a eu l’intelligence d’élargir son recrutement à toute personne se disant musulmane, ce qui explique qu’on y retrouve des hommes très jeunes en mal-être, venant de familles déstructurées, qui cherchent à donner un sens à leur révolte et à leur haine, des délinquants d’habitude et des psychopathes », comme l’est Mehdi Nemmouche, a soutenu l’avocat. « L’EI a islamisé la radicalité plutôt que radicalisé l’islamisme », a résumé Marc Libert.

Me Libert a également évoqué la théorie de l’attentat ciblé : « A-t-on jamais vu un tueur à gage tuer avec une kalachnikov ? Utiliser une kalachnikov, c’est pour terroriser. Le but a été atteint : les Riva, la communauté juive, la Belgique entière sont traumatisés. »

Me Ramet a, lui, dénoncé la « burlesque théorie du complot » soutenue par la défense : « Il y a deux types de complotistes : les paranoïaques et ceux qui savent que ça n’existe pas mais qui l’utilisent pour un motif judiciaire ou politique, ce qui est évidemment le cas ici. »

S'adressant au jury, l'avocat a conclu : « J’ai confiance en vous. En ce que vous ne laisserez pas gagner l’obscurantisme, […] en ce que vous condamnerez Mehdi Nemmouche, qui n’est même pas capable d’assumer ses actes. »

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