Procès du Musée juif : pour le procureur, M. Nemmouche mérite la prison à vie

Procès du Musée juif : pour le procureur, M. Nemmouche mérite la prison à vie
Procès du Musée juif : pour le procureur, M. Nemmouche mérite la prison à vie - © THIERRY ROGE - BELGA

Le parquet requiert la perpétuité contre Mehdi Nemmouche, et minimum 30 ans de prison contre Nacer Bendrer, des peines assorties dans les deux cas d’une mise à disposition du tribunal d’application des peines pendant 15 ans. Accorder une circonstance atténuante au premier serait « indécent », s’exclame le procureur général Yves Moreau, dans sa plaidoirie sur les peines. Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer ont été reconnus coupables sur toute la ligne jeudi dernier, devant la cour d’assises de Bruxelles. Coupables de quatre assassinats à caractère terroriste le 24 mai 2014 au Musée juif de Belgique, l’un comme auteur, l’autre comme coauteur. Reste donc à déterminer de quelle peine ils écoperont.

Pour le procureur, Mehdi Nemmouche mérite la prison à vie. « Si la réclusion à la perpétuité doit être réservée aux cas les plus graves, on doit pouvoir se dire parfois qu’on a atteint le plus grave. […] La faute commise est tellement énorme que le dictionnaire de la langue française ne contient aucun mot pour qualifier cette faute. » Aucune circonstance atténuante ne peut venir réduire sa peine. « Mehdi Nemmouche a tué froidement 4 innocents. Tout est dit en matière de circonstances atténuantes. Le droit à la vie est un droit absolu qui appartient à chacun d’entre nous, on ne peut pas ergoter une seule seconde ! ».

Le procureur estime que les jurés devront prendre en compte la lâcheté de Mehdi Nemmouche, qui tue quatre personnes « parce que ça [lui] fait plaisir » mais qui « n’est même pas capable d’assumer [ses] actes ». Yves Moreau souligne la froideur de Mehdi Nemmouche et son absence de remords, ainsi que son attitude pendant le procès : « c’était de la provocation ».

S’il sort de prison, il se remettra à tuer

Yves Moreau l’a rappelé, une peine a quatre fonctions : elle doit punir, elle doit traduire symboliquement la gravité de la faute, mais elle doit aussi servir d’exemple (pour éviter que d’autres ne commettent un acte similaire) et enfin protéger la société. En l’occurrence, il estime que Mehdi Nemmouche est dangereux pour la société. Evoquant une des vidéos de revendication, où on entend la phrase « Pour Allah, jusqu’à la mort, pas de trêve, pas de réconciliation », le procureur prévient : « S’il sort de prison, il repartira en croisade et se remettra à tuer ». Pour le procureur, Mehdi Nemmouche sait qu’il est dangereux et c’est pour cette raison qu’il a refusé l’expertise psychiatrique.

C’est presque devenu une tradition pendant ce procès : le parquet n’a pas manqué de tacler la défense de Mehdi Nemmouche. « Ils ont essayé de vous faire avaler n’importe quoi avec la manière en prime, dit-il en s’adressant au jury. Aujourd’hui, ils vont essayer de vous amadouer comme de braves toutous, comme si de rien n’était. J’espère qu’il n’y en a pas de trop parmi vous qui sont naïfs ou influençables ».

Il n’y a rien à mettre dans le plateau en faveur de Mehdi Nemmouche

Yves Moreau insiste : la défense soulignera l’enfance malheureuse de Mehdi Nemmouche, mais rien ne prouve qu’il a été battu par son père d’accueil, comme le prétendent ses avocats. Et quand bien même, dit le procureur : « Quel est le rapport entre un enfant battu et un attentat terroriste ? J’ai beau chercher, je ne trouve pas de lien ». Quant aux derniers mots de Mehdi Nemmouche avant les délibérations sur la culpabilité, « Si c’était à changer, je changerais tout », Yves Moreau s’interroge : « S’il a été piégé, pourquoi a-t-il prononcé cette phrase ? Et s’il regrette, pourquoi n’a-t-il pas avoué ? ».

Pour le parquet, il n’y a donc « rien à mettre dans le plateau en faveur de Mehdi Nemmouche ». S’adressant au jury, Yves Moreau prévient : « je suis conscient que ça peut être difficile d’envoyer quelqu’un en prison. Vous avez entamé un travail jeudi passé, il faut le continuer. Ce travail ne peut pas se conjuguer avec des peines clémentes. Personne ne le comprendrait ! ».

« Fabriquer » une circonstance atténuante pour Nacer Bendrer

Concernant Nacer Bendrer, le parquet se dit « partagé », mais estime que la différence entre son rôle et celui de Mehdi Nemmouche doit se traduire dans les peines : « Les faits sont d’une gravité plus qu’extrême. Nacer Bendrer n’est » que « celui qui a apporté une aide, même si cette aide a été indispensable. Nemmouche, lui, est l’organisateur et l’instigateur. L’objectivité nous fait donc dire que cette différence de rôle doit se traduire dans les peines ».

Yves Moreau peine pourtant à trouver des circonstances atténuantes au coauteur des quatre assassinats : Nacer Bendrer a un casier « long comme un bras », il a vécu dans une famille aimante, et le parquet estime qu’il n’a pas vraiment collaboré à l’enquête car « il a menti énormément dans cette affaire, et il ment toujours ». Le portrait dressé par le psychiatre ne plaide pas en sa faveur non plus : on ne peut pas dire qu’il ne représente aucun danger pour la société.

Pourtant, pour distinguer malgré tout les deux hommes, le procureur propose de fabriquer une circonstance atténuante : « Il n’a pas le sang des victimes sur ses mains. Il est éclaboussé de la tête aux pieds, mais ce n’est pas lui qui a tiré ». Pour Nacer Bendrer, il requiert donc, non la perpétuité, mais une peine d’emprisonnement de 30 ans minimum.

Une mise à disposition du tribunal d’application des peines pendant 15 ans

Le parquet requiert, contre les deux condamnés, une peine complémentaire : la mise à disposition du tribunal d’application des peines pendant 15 ans. Il s’agit d’une peine complémentaire qui vient s’ajouter à la peine principale. Elle se justifie par le fait qu’il y avait des infractions tellement odieuses et qui dénotent d’une telle dangerosité, qu’il est nécessaire de s’armer pour éviter tout risque de récidive dans le futur.

La défense de Nacer Bendrer et celle de Mehdi Nemmouche vont plaider sur les peines à leur tour, puis le jury se retirera pour délibérer.

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