Procès du Musée juif: "La vie continue", lance Mehdi Nemmouche

Procès du Musée juif: "La vie continue", lance Mehdi Nemmouche
Procès du Musée juif: "La vie continue", lance Mehdi Nemmouche - © IGOR PREYS - BELGA

"À la demande de Mehdi Nemmouche, nous ne comptons pas plaider sur la peine" a déclaré Me Courtoy, son avocat, avant de laisser la parole aux accusés pour un dernier mot. Mehdi Nemmouche lance un laconique "La vie continue !". Quant à Nacer Bendrer,  il s'exprime plus longuement, dans le langage qui est le sien : "Je suis un être humain comme tout le monde. Je ne sais même pas quoi vous dire. J'accepte, mais j'ai honte d'être là. J'ai sali le nom de mon père et de ma mère. J'aimerais faire ma vie un jour, être père de famille, me marier, faire ma vie. Je ne sais pas quoi vous dire, mon destin est entre vos mains. J'ai vraiment honte d'avoir croisé ce mec. Ce n'est même pas un mec, c'est un monstre. Il ne me fait ni chaud ni froid, un fils de pute né."

La défense de Nacer Bendrer a, elle, plaidé. Elle demande au jury de prononcer une peine de maximum 15 ans à l’égard de son client. Ce lundi matin, le parquet a requis la prison à perpétuité contre Mehdi Nemmouche et minimum 30 ans de prison contre Nacer Bendrer, des peines assorties dans les deux cas d’une mise à disposition du tribunal d’application des peines pendant 15 ans. Les avocats du coauteur du quadruple assassinat à caractère terroriste au Musée juif de Belgique ont donc tenté de convaincre le jury d’être plus clément.

« Je plaidais pour un innocent la semaine dernière. Je ne vais pas plaider pour un monstre aujourd’hui », annonce Me Blot, l’avocat marseillais de Nacer Bendrer. Il se dit surpris de la décision du jury et l’alerte : « Quand vous dites que Bendrer s’est rendu à Bruxelles pour remettre un acompte ou une des deux armes, je trouve que vous êtes allés très loin parce que c’est éminemment subjectif. Et ça me fait peur ». Il analyse : « Vous avez peut-être laissé trop de place à cette pression sécuritaire. On dit parfois que l’opinion publique, c’est une prostituée qui tire le juge par la manche ».

Comme lors de sa plaidoirie sur la culpabilité, Me Vanderbeck, l’autre conseil de Nacer Bendrer, essaie de marquer la différence entre son client et Mehdi Nemmouche. A l’en croire, l’un est à des milliers de kilomètres de l’autre. Me Vanderbeck s’adresse au jury : « Est-ce que l’on peut véritablement comparer ces deux hommes qui ont été condamnés pour la même chose ? Votre verdict le dit, mais est-ce que vous les mettez tous les deux dans le même panier ? J’ai la faiblesse de croire que non. J’espère que vous saurez faire la différence ».

Si différent de Mehdi Nemmouche

L’avocat se lance alors dans l’énumération des différences entre les deux hommes. Nacer Bendrer a une famille aimante, Mehdi Nemmouche n’en a pas. Nacer Bendrer est jovial et social, Mehdi Nemmouche est cynique et froid. Nacer Bendrer est en couple depuis 7 ans, Mehdi Nemmouche n’a aucune relation affective connue. L’un a participé au procès, l’autre s’est tu. L’un ne se soucie pas de religion, l’autre s’est radicalisé. L’un est tolérant, l’autre est antisémite.

Nacer Bendrer n’est donc pas Mehdi Nemmouche, et il a des circonstances atténuantes, plaident ses avocats. Les procureurs généraux n’ont pas réussi à lui en trouver. Pour Me Blot, elles sont évidentes : son client est capable de se réinsérer dans la société, sa famille sera là à sa sortie pour l’aider et, lors de sa libération en 2016, il a trouvé un travail. Il n’a pas fait de propagande djihadiste. Il n’a commis aucune action violente durant les quelques mois qui se sont écoulés entre l’arrestation de Mehdi Nemmouche et son arrestation à lui.

Ne lui faites pas payer le prix fort

« On est des avocats, on est des mendiants d’humanité », dit Me Blot. Face aux jurés, Me Vanderbeck mendie : « Ne lui faites pas payer le prix fort, au-delà de toute raison, au-delà de tout espoir. Il n’était pas sur place, il n’a pas encouragé Mehdi Nemmouche à commettre ces quatre assassinats. Il était négligent, gravement et extrêmement négligent, mais il n’a pas voulu ça et il le condamne encore aujourd’hui ! » « Si la peine est trop lourde, poursuit-il, elle sera destructrice et contre-productive. Elle le cassera. »

Rappelant que deux autres dossiers attendent encore Nacer Bendrer en France, le pénaliste demande au jury de ne pas dépasser, pour son client, une peine de 15 ans. « Cela veut dire qu’il en fera au moins 10. Il sortira à 41 ans. S’il a ce message-là, il aura la force nécessaire pour devenir un autre homme et mettre ce temps en prison à profit. »

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