Procès du Musée juif : pour les parties civiles, la défense de Mehdi Nemmouche se base sur des arguments tarte à la crème

Procès du Musée juif : La plaidoirie de la défense ? « De l’enfumage », « rocambolesque », « vulgaire », selon les parties civiles
Procès du Musée juif : La plaidoirie de la défense ? « De l’enfumage », « rocambolesque », « vulgaire », selon les parties civiles - © POOL FREDERIC SIERAKOWSKI - BELGA

Les répliques : le terme est plus adapté que jamais tant la plaidoirie de Me Courtoy, conseil de Mehdi Nemmouche dans le procès de l’attentat au Musée juif de Belgique, a fait l’effet d’un petit séisme, sous la coupole du Palais de justice de Bruxelles. Toutes les parties ont donc l’occasion ce lundi de "répliquer", de faire leurs derniers commentaires avant que leur jury ne parte en délibération. Et personne n’a épargné l’avocat du principal accusé qui, lors de sa plaidoirie, avait lui-même attaqué victimes, témoins, procureurs et avocats, tout en soutenant une thèse, celle d’un complot (organisé par les services de renseignements iraniens venus exécuter des agents du Mossad), sans y apporter aucune preuve.

Me Dalne, avocat de la mère d’Alexandre Strens, une des quatre victimes, n’a jamais vu un "déchaînement aussi violent, aussi haineux en 30 ans de carrière. Ce n’est pas anodin, c’est même interdit". Me Hirsch, conseil du CCOJB (Comité de coordination des organisations juives de Belgique), estime que Me Courtoy et son client partagent la même idéologie : "celle du complotisme, de la haine des Juifs, de la haine de nos valeurs, de la justice, du système". Me Masset, avocat du Musée juif, qualifie la plaidoirie de Me Courtoy de "vulgaire, grossière et sans rigueur". Le procureur fédéral Yves Moreau souligne quant à lui l’indécence, voire le mépris dont Me Courtoy a fait preuve, puisqu’il n’a pas même daigné assister aux plaidoiries des parties civiles ou au réquisitoire.

Du "terrorisme intellectuel"

L’attitude de la défense scandalise et ses arguments ne convainquent pas. Me Dalne s’emporte : "C’est de l’enfumage. Votre scénario est rocambolesque. […] Selon vous, les films des caméras de surveillance ont été truqués. Toujours selon vous, les experts ont bidouillé les rapports. Ce n’est plus un dossier, c’est le Nemmouche Gate !". En s’adressant au jury, il prévient : "Ne vous trompez pas et ne vous laissez pas séduire par ce pseudo-doute qu’on tente d’insuffler, ne vous laissez pas intimider par ce terrorisme intellectuel et par ces affabulations qui sortent sans le moindre élément de preuve".

Chacun à leur tour, avocats et procureurs prennent le temps de déconstruire la thèse de la défense, d’abattre ses arguments. Yves Moreau revient, par exemple, sur cet élément : Me Courtoy affirme que c'est un groupe d'inconnus qui a effectué des recherches avec l'ordinateur de Mehdi Nemmouche pour le piéger. Or, toutes ces recherches ont été effectuées en français. Cela colle difficilement avec le réseau libano-iranien.

De la poudre aux yeux

Pour étayer sa théorie du complot, la défense de Mehdi Nemmouche a souligné la double identité d’Alexandre Strens. Les conseils de la famille Strens tiennent à repréciser pourquoi il se faisait aussi appeler Alexandre Lider (notamment sur les réseaux sociaux). Rien à voir avec l’espionnage. C’était simplement une manière de préserver son jardin secret. Il n’assumait pas son homosexualité, perçue comme tabou dans sa famille. Seule sa maman était au courant.

Me Libert, un des avocats de la famille Riva, souhaite lui aussi répondre aux accusations de la défense. Non, Emmanuel et Miriam Riva ne sont pas des agents du Mossad. Miriam Riva a travaillé au service comptabilité non opérationnel du Mossad. Elle a voulu changer de métier et a passé le concours d’agent immobilier. Emmanuel Riva est fonctionnaire au service NATIV, un bureau d’immigration pour les Juifs de l’ex-URSS qui veulent revenir en Israël. Le couple était à Bruxelles pour fêter ses 18 ans de mariage. Point.

Me Koning, conseil de la famille de Dominique Sabrier, la quatrième victime, rappelle une des promesses de la défense : elle allait démontrer, à l’aide de Photoshop, que les photos utilisées pour l’appel à témoins avaient été truquées par les enquêteurs. "Où est cette démonstration ?, demande Me Koning, c’est de la poudre aux yeux !". Me Lurquin, avocat d’une rescapée, demande lui aussi des comptes : la défense disait détenir 40 preuves de l’innocence de son client, "où sont ces preuves ?".

Un preuve incontestable de la culpabilité de Mehdi Nemmouche

Me Koning rappelle également un autre élément apporté par Me Courtoy : les caméras de l’hôtel des Riva étaient désactivées, l’alarme du Musée était aussi défectueuse. Me Koning poursuit : "Alors on crie au complot ! Mais si les services secrets ont désactivé les alarmes et les caméras, pourquoi n’ont-ils pas aussi désactivé les caméras de surveillance du Musée ?". Après avoir démonté d’autres arguments de la défense, il conclut : "Monsieur Nemmouche a donc fait partie d’un groupe libano-iranien qui l’a manipulé. La défense nous a donc démontré que, dans un cas comme dans l’autre, Mehdi Nemmouche est coupable. C’est formidable !". Pour l’avocat, il y a de toute façon une preuve incontestable de la culpabilité de Mehdi Nemmouche : l’enregistrement du kamikaze des attentats de Bruxelles Najim Laachraoui qui émet l’idée de kidnapper des personnalités pour demander la libération de "frères qui ont travaillé comme Nemmouche".

Le procureur Yves Moreau résume finalement : la plaidoirie de la défense, c’est "du vent, beaucoup de vent". Un souffle qui, comme dans l’histoire des 3 petits cochons, n’aura pas ébranlé le mur de 23 briques (23 preuves) dressé par Bernard Michel, l’autre procureur, lors du réquisitoire. "Vous aviez annoncé une farandole de preuves. La montagne a accouché d’une souris, on n’a pas dansé !", conclut ce dernier.

Les arguments "tarte à la crème" de la défense de Nacer Bendrer

La défense de Nacer Bendrer est moins attaquée. Il faut dire qu’elle s’est battue "à la loyale". Mais elle n’a pas plus convaincu le parquet. Yves Moreau précise notamment que contrairement à ce qu’affirme Me Blot et Me Vanderbeck, les avocats du Marseillais, leur client n’est pas un homme normal. Un expert psychiatre l’a situé entre la névrose et la folie. Sa personnalité implique la possibilité d’un passage à l’acte.

Le procureur dénonce d’autres "arguments tarte à la crème". Me Koning, avocat des parties civiles, ne croit pas non plus en l’innocence du coaccusé. Il rappelle que lorsqu’il est interrogé sur la raison pour laquelle Mehdi Nemmouche lui demande une kalachnikov, Nacer Bendrer répond : "Je me suis dit qu’il allait braquer, faire un truc comme ça". "Quand il y a des morts, le braquage, c’est puni aussi sévèrement qu’un attentat", précise l’avocat.
 
Les jurés ont maintenant tous les éléments en main pour prendre leur décision. Ils entreront en délibérations demain. Avant cela, Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer pourront s’adresser à eux une dernière fois : c’est toujours aux accusés que revient le dernier mot dans un procès d’assises. Mehdi Nemmouche en profitera-t-il pour sortir de son silence ? Ce sera en tous cas sa dernière occasion.

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