Procès du Musée juif: la défense de Mehdi Nemmouche met en garde le jury face à un risque d'erreur judiciaire

Procès du Musée juif : une témoin pointe Mehdi Nemmouche, une affabulatrice pour la défense
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Procès du Musée juif : une témoin pointe Mehdi Nemmouche, une affabulatrice pour la défense - © Tous droits réservés

Plusieurs témoins visuels de l’attentat du Musée juif de Bruxelles sont entendus devant la cour d’assise aujourd’hui. D’autres témoins présents le jour des faits sont déjà venus témoigner. Parmi eux, seule une  témoin a reconnu formellement Mehdi Nemmouche comme étant le tireur du Musée Juif.

Aujourd’hui, une autre témoin l’a reconnu. Pour elle, c’est bien l’homme qu’elle a vu le 24 mai 2014 dans la cour de l’école Sint-Jan Berchmans, où elle était pour assister à la fancy fair de ses petits-enfants. Quand  le procureur général lui demande : "est-ce que vous pensez que la personne que vous avez vu le jour des faits est un des deux qui est dans le box des accusés ?", elle répond : "il me semble, oui, mais il n’avait pas de barbe", et elle pointe Mehdi Nemmouche, dans le box des accusés. Elle se rappelle que l’homme s’est arrêté devant l’école et semblait observer ce qui se passait dans la cour. "Il portait des vêtements sombres, une casquette, un sac à dos et un sac à main", ajoute-t-elle.

"La témoin vedette de l’accusation, une affabulatrice"

Me Courtoy, l’un des conseils de Mehdi Nemmouche, s’est attaché à montrer les variations entre les propos de la témoin lors de son audition à l’époque, dans la presse, et devant la cour d’assise aujourd’hui. En 2014, elle dit que l’homme est rentré dans l’école et y est resté 5 minutes. Aujourd’hui, elle dit que ça a duré quelques secondes et que l’homme n’est pas rentré dans la cour. Dans une interview, elle dit que l’homme a été découragé par les gardes du Roi [Sint-Jan Berchmans est l'école de certains enfants de la famille royale]. La témoin jure aujourd'hui n'avoir jamais dit ça. Avec beaucoup d’ironie dans la voix, il qualifie cette " témoin vedette de l’accusation " d’ " affabulatrice ". Le procureur général tempère : "c'est ça la procédure orale. Parfois les témoins disent des choses en plus, parfois ils disent des choses en moins". 

Me Courtoy demande aussi à la témoin à quelle heure elle a vu l’homme passer devant l’école. Réponse : Il était 16h-16h15. " Pour rappel, les premiers coups de feu au Musée juif sont entendus à 15h50, et l’ordinateur de Mehdi Nemmouche s’allume à 16h17, le timing est donc serré. Me Courtoy, après avoir ironisé sur la témoin, décrète qu’elle fournit un alibi à son client : s’il est dans la cour de l’école à 16h15, il ne peut pas être en même temps chez lui, devant son ordinateur, comme le soutient l’accusation.

Un échange musclé entre Me Courtoy et le procureur général

Le responsable de la sécurité du Musée juif de Bruxelles est aussi venu témoigner ce matin. C’est lui qui, après les faits, a fourni aux autorités les vidéos des 5 caméras de surveillance du musée. Il est formel, il n’y a eu aucun problème lors du transfert des données, et les fichiers n’ont subi aucune autre manipulation qu’une simple copie. Il détaille ensuite le système de sécurité du musée : une alarme anti-intrusion pour la nuit, un bouton dans le bureau d’accueil pour ouvrir la porte vitrée du Musée, un autre pour prévenir le 4e étage en cas de problème et un 3e bouton, portable celui-là, qui servait à joindre le service de sécurité ou la police. Le procureur général conclut : "Nous savons enfin ce que faisait Dominique Sabrier, elle tentait d'atteindre le bouton d'alerte mobile".

À la suite de ce témoignage, la cour a assisté à un échange musclé entre Me Courtoy et le procureur général. Me Courtoy, qui a utilisé l'expression "accusateur public", est tancé par la présidente : "on n'est plus à l'époque du Moyen Âge". Me Courtoy réplique : "Vous ne croyez pas si bien dire, le procureur général a la guillotine sous le bras !".  Le procureur général se lève et s'énerve : "C'est profondément scandaleux ! Madame la présidente, je demande des excuses à Me Courtoy !". Me Courtoy lance : "Vous pouvez les attendre jusqu'à ma retraite !".

Medhi Nemmouche aurait-il prémédité sa fuite vers Marseille ?

Le couple propriétaire de l’immeuble habité par Medhi Nemmouche à Molenbeek prête serment avant de déclarer : "[Mehdi Nemmouche] était poli, correct. On n’a rien à dire sur son comportement. On n’a pas eu de souci. […] On n’a rien vu dans son attitude qui pouvait montrer qu’il était radicalisé".

Lorsque le nom de Mehdi Nemmouche est diffusé dans la presse après son arrestation à Marseille, le couple reconnaît son locataire et contacte le numéro d’urgence. La propriétaire a croisé Mehdi Nemmouche le jour de l’attentat : "Il était bien habillé comme des jeunes qui ont un examen et il avait des sacs. Le soir, mon mari m'a dit qu'il voulait partir en voyage, je me suis dit que c'était la raison pour laquelle il avait des sacs". Dans la soirée, le propriétaire se rappelle avoir essayé d’aider Mehdi Nemmouche à réserver un billet de bus.

Le procureur général Yves Moreau souligne une confusion dans le témoignage du propriétaire. "Vous avez déclaré que vous n'avez plus eu de contact avec Mehdi Nemmouche après le 24 mai 2014 et la tentative de réservation d'un billet de bus. C'est ce jour-là aussi qu'il vous a demandé le code du Wifi ?". La témoin confirme. Pourtant, l'ordinateur de Mehdi Nemmouche s'est connecté à internet dès le 23 mai, la veille du jour où il obtient supposément le code wifi. Le procureur demande donc au témoin s'il est possible que la réservation du billet de bus se soit plutôt déroulé le 23 mai. "Juste, juste", répond le témoin. Le procureur général cherche ainsi à démontrer que la fuite vers Marseille était préméditée, que Medhi Nemmouche savait déjà qu’il allait devoir quitter Bruxelles. Me Courtoy a, lui, une autre lecture du témoignage : le propriétaire a bien aidé Mehdi Nemmouche et lui a bien communiqué le code du Wifi le 24, quelqu’un d’autre a donc utilisé l’ordinateur de l’accusé la veille, le 23 mai 2014.

Le risque d’une erreur judiciaire ?

L’après-midi était consacré à la projection de la fin des auditions filmées de Mehdi Nemmouche en France, en juin 2014, et en Belgique le 29 juillet 2014. La liste des questions des enquêteurs est longue, mais d’une audition à l’autre, les réponses ne varient pas : DAS – Droit au silence. Mehdi Nemmouche le dit lui-même : "Je réponds DAS à 99% de vos questions". 

Le procureur général, Yves Moreau, a, une fois de plus, souligné "l’attitude Club Med" de l’accusé lors de son interrogatoire à Paris. Réplique de Me Courtoy, l'avocat de Mehdi Nemmouche : "On va condamner quelqu'un parce qu'il met ses pieds sur la table, on voit le niveau !".

Les tensions entre les deux hommes ont émaillé cette journée. Le conseil de Mehdi Nemmouche évoque des personnes victimes d’erreur judiciaire (dont Patrick Dils acquitté après 15 ans de prison) et conclut : "Quand on vous demande de vous fier à l'attitude d'un accusé, c'est qu'on a un mauvais dossier avec peu de preuves. C'est aussi le meilleur moyen de commettre un erreur judiciaire !".

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