Procès du Musée juif : " En l'absence de preuve matérielle, je vous demande d'acquitter mon client " (Me Blot)

« Nous nous inclinons devant la douleur des victimes ». L’avocat de Nacer Bendrer fait tout de suite retomber la tension d’hier. Tout en contraste avec la défense agressive, ironique et gesticulante de Me Courtoy, le conseil de Mehdi Nemmouche, Me Blot est posé, calme, fait preuve d’empathie, et tente d’installer une connivence avec le jury qu’il remercie pour son attention et ses sourires.

Le pénaliste se démarque de son collègue, et il entend aussi mettre Mehdi Nemmouche à distance de son client. Nacer Bendrer est accusé d’avoir fourni à Mehdi Nemmouche les armes qui ont servi lors de la fusillade au Musée juif. Réponse de Me Blot : « Il s’en foutait et de Nemmouche et de l’arme ! Pardonnez-moi l’expression, mais il s’en foutait comme de sa première chaussette ! ». Il revient sur sa ligne de défense, déjà connue : Nacer Bendrer ne cherche pas d’arme, il a autre chose à faire, il passe son permis de conduire ! Et il insiste : il n’y a pas de preuve tangible qui établisse un lien entre les armes et son client : « Il n’y a ni ADN ni empreinte digitale. C’est un élément matériel indiscutable ! »

Il n’a aucun intérêt à se lier avec un mec sans-le-sou du nord de la France.

Pour la défense, et contrairement à ce que précise un rapport, les deux hommes ne se sont même pas côtoyés à la prison de Salon-de-Provence : « Pourquoi voulez-vous que Nacer se mette avec lui ? Il n’a aucun intérêt à se lier avec un mec sans-le-sou du nord de la France ».

C’est le portrait que l’avocat marseillais essaie de dresser : Nacer Bendrer, l’homme du sud, issu d’une ville où juifs et musulmans vivent en harmonie. Un homme qui aime la fête, le foot, le soleil. Un homme sensible, qui se serait inquiété de voir sa mère venir à la barre et pleurer lors de son témoignage : « Les filles Riva n’ont pas pleuré. Et si ma mère pleure ? », cite l’avocatLe conseil reconnaît tout de même : il a quelques problèmes avec l’administration pénitentiaire, « on est d’accord, ce n’est pas un mec sérieux ! » Il est peu sérieux et peu respectueux des règles mais c’est un homme normal. « La Syrie ? Il ne sait même pas où c’est. »

La radicalisation de Bendrer ? Une fadaise !

D’ailleurs, selon l’avocat, il ne s’est jamais radicalisé, ce n’est qu’une supposition, une erreur qui lui colle à la peau, « une fadaise ! » s’exclame le Marseillais. L’ancien directeur de la prison de Salon-de-Provence dit qu’il a été transféré dans une autre prison à cause de sa radicalisation. Mais, dans sa déposition, un membre de la prison chargé du renseignement dit que Nacer Bendrer n’est pas radicalisé. Et en passant en revue le dossier pénitentiaire de Nacer Bendrer, Me Blot démontre qu’il n’y a pas eu de transfert.

Pour le conseil, les mensonges sont donc dans le camp de l’accusation, pas de son client, pourtant accusé par le parquet de mentir sans arrêt. « Il a voulu dire la vérité et il l’a dite. Il arrive en Belgique et même pas un mois plus tard, il s’exprime ! Il dit la vérité et explique pourquoi il a menti : "les policiers ont dit que j’avais trompé ma copine" Ça le dépasse complètement ce qu’il s’est passé. C’est tellement grave que, pour une fois, il veut collaborer et se place du côté de la justice ».

Concernant les nombreux appels téléphoniques entre les deux hommes, Me Blot souligne qu’ils ne se faisaient que dans un sens : de Mehdi Nemmouche vers Nacer Bendrer. Nacer Bendrer commande un billet de train pour Bruxelles quelques minutes après avoir parlé au téléphone avec Mehdi Nemmouche? L’avocat admet que son client avait sans doute l’intention d’y faire des affaires (acheter des voitures), et il ajoute : « Opportunité ? Ou inscription dans un mouvement terroriste ? Moi, j’y vois une simple opportunité. S’il était dans la préparation d’une infraction terroriste ou même d’une simple infraction, pensez-vous vraiment qu’il aurait utilisé son propre nom pour commander son ticket de train ? Et en plus, il paie avec la carte de sa copine ! ». Et si Nacer Bendrer change constamment de numéro au milieu de ses conversations téléphoniques avec Mehdi Nemmouche, c’est pour laisser son frère jouer à des jeux vidéo…

La piste de Nice

Me Blot revient sur le passage de Mehdi Nemmouche à Marseille. Nacer Bendrer a toujours affirmé qu’il n’était pas au courant de cette visite. « Nemmouche reste pendant 5 jours. Si Bendrer avait vraiment les armes et devait juste les livrer à Nemmouche, ça aurait pris moins de temps que ça ! »

Le pénaliste évoque alors une autre piste, que les enquêteurs auraient mieux fait, selon lui, d’approfondir. La téléphonie montre qu’il est possible que Mehdi Nemmouche ait fait un aller-retour à Nice pendant son séjour à Marseille. Pour Me Blot, il a sans doute été y voir le cousin d’un de ses amis, connu pour des faits de prosélytisme. Il a sans doute été y chercher des armes.

En même temps, l’avocat soutient que Mehdi Nemmouche est probablement revenu bredouille de Marseille, et qu’il était tout à fait capable de trouver les armes à Bruxelles. « On vous dit que Mehdi Nemmouche est seul et isolé à Bruxelles. C’est faux », insiste-t-il. Mehdi Nemmouche avait rencontré Najim Laachraoui (l’un des kamikazes du 22 mars 2016) en Syrie, il aurait pu le contacter, estime Me Blot. Ce dernier évoque alors la piste abandonnée d’un homme qui aurait parlé à Nemmouche quand celui-ci achetait son billet pour Marseille. Il n’apporte aucun élément nouveau, aucune explication : il tente d’instiguer le doute. 

Son client est accusé d’être le coauteur de quatre assassinats à caractère terroriste, le parquet a toutefois requis la complicité à son encontre, une prévention punie moins sévèrement. Mais Me Blot finit sa plaidoirie en demandant l’acquittement : « Vous pouvez répondre à non à toutes les questions. Il n’a pas fourni les armes. Il n’a pas fourni les armes dans un contexte terroriste. Il n’est pas le complice d’un acte terroriste et il n’a pas financé un acte terrorisme. En l’absence de preuve matérielle d’une quelconque fourniture d’armes, je vous demande l’acquittement de mon client ! »

Relisez notre direct commenté ici 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK