Procès du Musée juif: "Mehdi Nemmouche n'a pas pu réprimer son sourire", constate Nicolas Hénin

Les journalistes français Nicolas Hénin et Didier François n'ont "absolument aucun doute" quant au fait que Mehdi Nemmouche était leur geôlier lorsqu'ils étaient otages en Syrie, ont-ils répété avec force, jeudi matin, devant la cour d'assises de Bruxelles, dans le cadre du procès du Musée juif. 


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L'accusé avait par ailleurs "prévu ce jour", a souligné Didier François en se tournant vers le box où est assis Mehdi Nemmouche. Ce dernier "a construit son personnage en Syrie en vue d'un futur procès", a ajouté Nicolas Hénin. "Il nous parlait des grandes affaires criminelles, d'avocats ou encore du rapt d'Ingrid Bettencourt."

Ah mon petit Didier

"Il était démonstratif, provocateur. Il voulait assumer le rôle qu'il voulait jouer", a poursuivi Didier François. Il avait une manière de s'annoncer quand il passait dans le couloir, il disait: "Mon petit Didier". À cette remarque, Mehdi Nemmouche a souri. L'ex-otage l'a remarqué et déclaré: "Il s'en souvient puisqu'il en sourit". 

De son côté, Nicolas Hénin utilise trois adjectifs: "Sadique, ludique et narcissique".  Et ajoute: "Son narcissisme était assorti d'une certaine lâcheté. Il nous frappait pendant les tournées toilettes parce qu'on avait les yeux bandés. Sa lâcheté m'a particulièrement marqué". 

Ces gants, je les ai achetés pour toi, pour te frapper

Nicolas Hénin se souvient d'une autre phrase prononcée par Abou Omar alias Mehdi Nemmouche. Nicolas Hénin ressort d'une séance de violence, son nez est cassé, ses vêtements sont ensanglantés, ses côtes sont fracturées. Lorsqu'il se débarbouille aux toilettes, raconte Nicolas Hénin, Abou Omar fait un geste de boxeur, en faisant craquer ses doigts, il se vante de ses gants: 'Ces gants, je les ai achetés pour toi, pour te frapper'. 

Pendant ces auditions, Nemmouche regarde les journalistes et ne peut refréner un sourire à plusieurs reprises.

Nicolas Hénin a déclaré que Abou Omar était un électron libre. Il confirme : "C'était un élément atypique. Il voulait venir vers nous, il voulait passer de longs moments avec nous alors que les autres faisaient attention d'en révéler le moins possible sur eux. Il avait aussi un côté fantasque. Je ne l'ai jamais entendu faire la moindre référence religieuse" complète l'ex-otage. "Beaucoup de nos geôliers ponctuaient leurs phrases d'invocations divines, ce n'était pas du tout son cas."

La présidente demande si Abou Omar alias Mehdi Nemmouche donnait l'impression d'être gauche avec une arme. "Il ne donne jamais l'impression d'être gauche, il savait ce qu'il faisait", répond Didier François.

Il n'a pas pu réprimer son sourire

A la sortie de l'audience, Nicolas Hénin a déclaré: "Cela fait plus de cinq ans que je n'avais pas vu Medhi Nemmouche et il m'a semblé tel que je l'ai connu. A plusieurs reprises, nos regards se sont croisés. Il a eu un petit air narquois, un petit air de défiance à mon encontre. Ce que je retiens en particulier c'est ce moment où il n'a pas pu réprimer son sourire quand on a raconté la façon dont il se présentait quand il venait nous voir en disant 'Ah mon petit Didier', ça l'a fait vraiment rigoler'. A ce moment-là, il s'est trahi lui-même et le visage, qui restait impassible depuis le début du procès, a parlé pour lui. (...) A mon sens, il a avoué avec ce sourire."

"Mehdi Nemmouche est un homme à la fois sadique, rempli de haine et en particulier contre les juifs et les chiites", a-t-il ajouté. 

Quelques jours après l'arrestation de Mehdi Nemmouche à Marseille et la publication de sa photo, Nicolas Hénin a pris contact avec la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI), certain de reconnaître en lui son geôlier. 

Procès Nemmouche : interview de Nicolas Henin, ex-otage en Syrie

"Une autre affaire" pour l'avocat de Nemmouche

De son côté, l'avocat de Mehdi Nemmouche Me Laquay admet que ce dernier "est effectivement allé en Syrie". Mais selon lui, il s'agit d'"une autre affaire. Ce sera une affaire qui sera examinée par les tribunaux français et qui n'a rien à voir avec l'affaire qui nous occupe ici en Belgique. D'ailleurs, nous n'avons pas la totalité du dossier, nous en avons qu'une petite partie et ce n'est pas à la cour d'assises d'examiner cette affaire."

A ce procès à Bruxelles, le jihadiste de 33 ans est accusé d'avoir abattu de sang-froid, le 24 mai 2014 au musée juif, un couple de touristes israéliens, une bénévole française et un jeune employé belge du site. Il nie les faits.

Me Laquay, à propos de l'audition des journalistes ex-otages en Syrie

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