Procès du frère Merah: "Le phénomène de terrorisme n'a pas tellement évolué"

Début du procès d'Abdelkader Merah à Paris.
Début du procès d'Abdelkader Merah à Paris. - © ERIC FEFERBERG - AFP

Le procès du frère de Mohamed Merah, Abdelkader Merah, s'ouvre ce lundi 2 octobre en France. Thomas Renard, chercheur au Royal Egmont Institute for International Relations spécialisé en contre-terrorisme, était l'invité de François Heureux dans Jour Première.

Mohamed Merah est le premier terroriste de ce qu'on pourrait appeler "une nouvelle vague" ?

"En tout cas c'est un précurseur. Nous sommes en 2012, on est juste avant les premiers départs vers la Syrie, et donc avant cette vague d'attentats liés dans un premier temps à Al-Qaïda. Avec Charlie Hebdo, il y a encore une revendication liée à ce groupe terroriste-là. Ensuite, les attentats s’accroissent d'année en année et sont de plus en plus liés à l'État islamique. Alors que les premiers départs s'enregistrent plutôt vers la fin de l'année 2012, Mohamed Merah s'est, lui, radicalisé dans des filières d'acheminement de combattants vers la Syrie les années suivantes."

C'est une nouvelle vague de terroristes plus difficiles à prévenir, plus difficiles à repérer, plus difficiles à empêcher de passer à l'acte ?

"C'est en tout cas une vague d'une ampleur sans précédent. Et donc c'est cette ampleur-là qui pose problème. Il y a eu depuis plusieurs décennies des attentats ou des activités liés au radicalisme islamiste et au terrorisme djihadiste. Et ce, déjà dans les années 90. Effectivement, en 2012, avec l'affaire Merah, c'est le premier attentat qui frappe la France depuis le milieu des années 90, et donc à ce niveau-là, c'est effectivement un retour en arrière. Un choc même s'il y avait déjà des problèmes de radicalisation et des filières d'acheminement de combattants français vers l'Afghanistan, vers l'Irak, etc."

"Mais c'est vraiment l'ampleur du phénomène de radicalisation aujourd'hui qui frappe. Le phénomène de terrorisme n'a pas tellement évolué, c'est-à-dire qu'il y a parfois certaines attaques, certains modus operandi qui sont utilisés qui sont un peu plus spectaculaires que par le passé, mais à nouveau c'est plutôt le nombre de personnes qui sont concernées par le phénomène qui pose réellement un problème."

"Les services ne peuvent pas surveiller tout le monde notamment parce que cette radicalisation s'opère dans des milieux souterrains, sur lesquels on a une vue parfois un peu limitée. Ça laisse la probabilité qu'un individu échappe à l'attention des autorités, en tout cas en partie. Si on revient sur le cas de Merah, il était connu, il avait été signalé pour radicalisation aux autorités, et malgré ça il a pu passer à l'action, ça fait écho à une série d'attentats qui ont eu lieu ces derniers temps."

Cette nouvelle forme de terrorisme, celle des loups solitaires, est-ce que c'est planifié ou bien c'est plus spontané ? Un exemple en entraîne d'autres, qui en entraîne encore d'autres ?

"Alors, la question c'est de savoir au nom de qui ces individus-là agissent. Et donc, dans le cas de Mohamed Merah, il semblerait qu'il avait été radicalisé dans des milieux toulousains connus. Il était lié aux frères Clain et Olivier Corel, en fait à tout un réseau qu'on a appelé après la filière d'Artigat, dont il est fort probable qu'il reste un certain nombre d'éléments. C'est aussi pour ça que le procès est particulièrement intéressant parce que, même si ce n'est pas ça qu'on juge aujourd'hui, ça va ré-attirer l'attention sur des éléments qui pourraient rester de ce réseau-là."

"Et d'ailleurs le frère de Mohamed Merah qui est jugé, Abdelkader Merah, on verra quel genre de rôle il a joué dans ce réseau-là. Mohamed Merah est un peu l'archétype du djihadiste moderne : il se radicalise de manière classique, en famille, entre amis, dans un milieu préexistant. Il est plus jeune que le type de terroristes auquel on a été confronté 20 ans plus tôt."

"Il est peut-être un peu moins religieux aussi puisque sa pratique de l'islam reste très superficielle et pose un certain nombre de questions. C'est un ancien délinquant, il a fait de la prison et s'est, en partie, radicalisé là-bas. Maintenant, est-ce qu'il s'est radicalisé aussi avant, ça n'est pas encore extrêmement clair."

En quoi les procédés des frères Merah sont-ils différents de ceux qu'on avait pu analyser par le passé ?

"Il y a toute une série d'éléments de biographie qui sont marquants parce qu'on y est confrontés aujourd'hui. Merah a essayé de se rendre en Afghanistan et au Pakistan, il s'y est rendu mais il est revenu très vite, sans doute un échec de rejoindre les camps d'Al Qaida. Donc il a voulu identifier sa haine, sa violence, il a voulu mettre une image, un label dessus. Sans doute qu'il a été rejeté, il est revenu et il a prétendu agir au nom d'Al Qaïda."

"En fait, ce qui est le plus nouveau dans le phénomène Merah, c'est le côté vraiment mise en scène de la violence, le fait qu'il se filme. Il y a un côté très narcissique aussi, une espèce d'ego djihad, d'ego trip de la violence. Et ça, c'est vraiment une série d'éléments qui est peut-être plus neuve parce que simplement on n'avait pas les Go Pro il y a quelques années, les médias sociaux n'étaient pas développés de la même manière, etc. Et c'est plus cet aspect-là qui est neuf à ce moment-là et qui va encore plus se développer avec l'État islamique."

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