Procès du Carlton de Lille: DSK & Co, un casting presque parfait

Procès du Carlton de Lille: DSK & Co, un casting presque parfait
Procès du Carlton de Lille: DSK & Co, un casting presque parfait - © KENZO TRIBOUILLARD - BELGAIMAGE

Dominique Strauss-Kahn devant ses juges : l’ancien patron du FMI est poursuivi pour proxénétisme aggravé. Le procès du Carlton de Lille va dévoiler sa vie intime. Mais aussi les soirées libertines organisées et financées pour lui. Le "roi de la fête", comme 13 autres prévenus, sera jugé à Lille pendant au moins trois semaines. Il risque 10 ans de prison.

Sexe. Argent. Pouvoir. Tous les ingrédients d’un bon film sont réunis. A un détail près, c’est qu’il ne s’agit pas d’une fiction mais bien d’une réalité. Celle d’un scandale sexuel qui éclate il y a quatre ans. Une réalité qui mêle des hommes d’affaires, des personnalités politiques, des proxénètes professionnels et des prostituées… Un cocktail détonant qui aboutit sur un procès "hors normes". Retour sur l’affaire du Carlton.

Mai 2011. New York. Dominique Strauss-Kahn est arrêté, accusé de viol sur une femme de chambre. Un an et demi plus tard, il réglera une transaction financière avec Nafissatou Diallo, contre l’abandon des charges qui pèsent contre lui. Mais son image est ternie, sa carrière politique brisée. Lui, le favori de l’élection présidentielle de 2012, voit ses rêves présidentiels s’éloigner. A jamais.

Pourtant, le procès du Carlton n’a rien à voir avec cette histoire. L’affaire commence bien plus tôt.

"Soirées libertines"

En 2006, DSK fait la connaissance de Fabrice Paszkowski, un petit entrepreneur du Pas-de-Calais. Les hommes se revoient et ont visiblement d’autres points en commun que la politique. Paszkowski explique d’ailleurs à La Voix du Nord : "La première fois que Dominique Strauss-Kahn m'a invité à une soirée libertine, c'était à Lille. C'est même pour cela qu'il m'y a invité, sans doute. Je n'étais pas spécialement pour ces choses-là, mais je ne suis pas un père-la-morale non plus, n'est-ce pas ? Je me suis aperçu qu'on rigolait bien. Et je me suis senti redevable de l'invitation. Je ne pouvais pas faire ça chez moi, alors j'ai cherché un endroit. Je connaissais le Murano, à Paris, où j'étais déjà allé. Et puis, un copain m'a parlé de ce studio d'enregistrement à Bruxelles, qui convenait parfaitement."

Paszkowski fréquente également un autre entrepreneur nordique : David Roquet. "A force de nous fréquenter, nous sommes devenus amis et c'est ainsi que je lui ai proposé de venir avec moi, de m'accompagner dans certaines sorties. Mais pour lui comme pour tout le monde, le principe est de venir accompagné. Or, manifestement, il ne connaissait personne qui soit tenté par ce genre de soirées. La passerelle malheureuse entre ces deux histoires vient uniquement de David Roquet - qui lui connaît M. Kojfer depuis très longtemps et qui pour se faire accompagner à une soirée libertine commet l’imprudence d’avoir recours à ce dernier. C’est là que le bât blesse."

Car René Kojfer, c’est l’ancien chargé des relations publiques du Carlton de Lille. Il aurait pris l'habitude d'amener des prostituées pour satisfaire quelques clients de l’hôtel.

"Dodo", le détonateur

Des écoutes téléphoniques permettent de relier Dominique Alderweireld avec René Kojfer. Pour la justice, c’est Dominique Alderweireld qui fournissait certaines filles au Carlton et peut-être par ailleurs pour les soirées de DSK à Paris ou à l’étranger.

"Et en dehors de la délégation, des copines ?"

Les écoutes révèlent également que Fabrice Paszkowski et David Roquet organisaient et finançaient ces soirées... Avec toujours le même bénéficiaire, celui que ses amis surnomment "le roi de la fête", Dominique Strauss-Kahn.

Des parties fines organisées à Lille, à Paris, à Bruxelles, mais aussi à Washington. A l'époque, les SMS qu'il envoie sont on ne peut plus explicites :

- "J'emmène une petite faire les boîtes à Vienne. Ça te dit de venir avec une demoiselle ?" (SMS du 21 avril 2009)

- "Et en dehors de la délégation, des copines ?" (SMS du 7 janvier 2010)

Les 210 pages de l'ordonnance de renvoi sont d'ailleurs extrêmement précises. Les rapports d’audition des filles sont sans appel. Elles se nomment Jade, Marion ou encore Inès. Leurs témoignages dépeignent un homme "sans sentiment", elles parlent de "boucherie" et évoquent des séances "d’abattage" pendant lesquelles l’ancien patron du FMI paraissait incontrôlable.

"Proxénétisme aggravé en réunion"

L’enquête se poursuit et le 11 juillet 2013, le parquet de Lille requiert un non-lieu contre DSK, faute de charges suffisantes. Mais le 26 juillet 2013, les juges d’instruction revoient Strauss-Kahn et 13 autres personnes en correctionnelle pour "proxénétisme aggravé en réunion".

Mais l’enjeu de tout ce procès, c'est de savoir s'il existait un réseau de prostitution organisé autour de la personne de Dominique Strauss-Kahn. Autre question : s'il a toujours assuré participer à des soirées libertines, était-il oui ou non proxénète ? En était-il l’instigateur ?

L’ignorance

L’ignorance. Elle sera peut-être le système de défense pour Dominique Strauss-Kahn. Une stratégie pour rester hors du "système", organisé et financé en sa faveur. Car si le libertinage n’est pas punissable, le proxénétisme peut entraîner une peine d’emprisonnement. Le proxénétisme est une activité consistant à tirer profit de la prostitution d'autrui ou à la favoriser.

Son avocat, Maître Henri Leclerc résume les choses ainsi au micro de Europe 1 : "Dominique Strauss-Kahn pouvait ignorer que ces filles étaient payées. Dans ces soirées, on n’est pas forcément habillés. Je vous défie de distinguer une prostituée nue, d’une femme du monde nue."

Un argument qui amuse "Dodo la Saumure". Pour lui, c’est clair, DSK aurait pu, ou aurait dû, se douter qu'il s'agissait de prostituées : "A priori, un monsieur d’un âge certain doit penser que ce n’est pas par ses valeurs de séduction que ce genre de femmes viennent vers vous. Dominique Strauss-Kahn n’était pas dans la séduction parce qu’il ne les rencontrait que 15 ou 30 minutes avant d’avoir des rapports entre-deux. Mais il est possible qu’il ait pensé qu’à la vue de sa notoriété, il ait pensé que cela se fasse gratuitement."

Ce procès se déroulera à partir de ce lundi jusqu’au 20 février prochain. La sécurité sera renforcée aux alentours du palais de justice de Lille. Certaines rues seront fermées à la circulation. Les 14 prévenus seront défendus par 24 avocats. Des prévenus qui risquent tous 10 années de prison et plus d’un million d’euros d’amende.

Quentin Warlop

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