Procès des hébergeurs: "Concentrons-nous sur les vrais responsables, les trafiquants d'êtres humains"

Procès des hébergeurs: "Concentrons-nous sur les vrais responsables, les trafiquants d’êtres humains"
Procès des hébergeurs: "Concentrons-nous sur les vrais responsables, les trafiquants d’êtres humains" - © Tous droits réservés

Un certain nombre de personnes sont jugées depuis hier à Bruxelles pour trafic d’êtres humains et participation à une organisation criminelle. Ce sont des hébergeurs, des bénévoles du parc Maximilien ou des hébergés qui risquent la prison. Un collectif dénonce ce qu’il appelle un procès de la solidarité. Thomas Prédour, membre du collectif "Solidarity is not a crime", a répondu à nos questions sur ce sujet.

Pourquoi parler d’un procès de la solidarité?

Nous estimons effectivement que c’est un procès qui n’est pas juste parce que des personnes ont été arrêtées simplement, selon nous, parce qu’elles ont aidé des personnes qui étaient dans la difficulté, des personnes qu’on appelle des migrants, mais qui sont avant tout des êtres humains, et qui ont voulu trouver un peu d’espoir et une vie meilleure en quittant leur pays, parfois dans des conditions très difficiles, des pays d’Afrique. Ces personnes ont essayé de trouver une vie meilleure et ont été aidées et hébergées simplement, comme vous l’avez dit, par des citoyennes et des citoyens. Et aujourd’hui, l’État et la justice leur reprochent éventuellement d’avoir fait un trafic d’êtres humains. On utilise des mots très forts — association de malfaiteurs, trafic d’êtres humains — simplement pour avoir aidé ces personnes en extrême difficulté.

Vous estimez inacceptable de criminaliser ces aides?

Nous pensons que c’est une volonté de faire peur. En fait, vous l’avez dit, il y a un élan formidable de solidarité autour de la plateforme d’hébergement citoyen depuis plus d’un an. Il y a en tout cas plus de 40.000 personnes qui soutiennent sur les réseaux sociaux cette initiative et il y a des centaines de personnes qui accueillent chez elles. Nous pensons que ce genre de procès est fait pour faire peur et peut-être que les gens qui hésitent ne le feront pas, peut-être que les gens qui le font de temps en temps vont arrêter en se disant : " Si je le fais, je risque la prison ", et c’est pour ça que nous dénonçons ce procès. Nous pensons qu’aider quelqu’un est quelque chose de simple. On l’a par exemple vu avec le projet de loi sur les visites domiciliaires il y a quelques mois. On nous dit qu’il n’y a pas de souci et en même temps, finalement, on retire ce projet de loi, en tout cas, il n’est toujours pas passé. Ça montre donc bien qu’il y a une volonté de criminaliser et de faire peur.

Vous parlez de personnes qui ont le cœur sur la main et qui sont là pour aider, mais qu’est-ce qui vous garantit que parmi l’ensemble des personnes qui sont devant la justice depuis hier et pour ces deux-trois jours, il n’y a pas des gens qui sont justement plutôt dans ces filières de trafic d’êtres humains ou autres, qui se font de l’enrichissement personnel sur la misère d’autres personnes?

Effectivement. Nous, notre collectif est d’abord né autour d’une personne qui s’appelle Walid, qui est Tunisien, qui vit en Belgique depuis 18 ans et qui a fait huit mois de préventive dans le cadre de ce procès. Ce qu’on lui reproche dans les faits exacts, c’est d’avoir effectivement hébergé quelqu’un. Hier, lors des audiences, on lui a reproché d’avoir effectivement fait un enrichissement personnel, mais il y a d’autres personnes dans ce cas-là. Et là, on a aussi des migrants, des personnes qui à un moment donné auraient pu gagner un peu d’argent en aidant des gens. Il a été même reconnu hier lors des plaidoiries, parce qu’on est en plein procès, qu’on n’avait vraisemblablement pas des têtes de pont, des gens qui dirigent ces trafics. Nous pensons qu’il vaut mieux mettre notre énergie et nos moyens sur les vrais responsables de ces trafics d’êtres humains. La loi, en fait, n’est pas claire. Elle ne définit pas la distinction entre un passeur et un trafiquant d’êtres humains. Est-ce que vous pensez que quand on demande 50 euros ou 150 euros — ce sont des chiffres d’hier — c’est un scandale et qu’on mérite d’aller en prison ?

Ce que vous dites, en gros, c’est : " Ne tirez pas sur les lampistes, tirez sur les cerveaux "?

Tout à fait. Concentrons-nous sur les vrais responsables de cette misère, sur les trafiquants d’êtres humains. Souvent, le gros problème dans ces cas-là, et on le voit dans les migrations, c’est que c’est nous, ce sont nos pays qui sont responsables de ces migrations. On le voit bien dans l’actualité récente avec le dégel des fonds libyens. On parle de trois à cinq milliards d’euros qui ont disparu dans la nature, qui seraient retournés en Libye pour éventuellement du commerce d’armes, pour créer de la misère. Ces gens doivent quitter leur pays et quand ils arrivent ici, on leur dit de retourner chez eux. Peut-être que nous devons nous interroger sur notre manière de pratiquer les relations internationales et d’utiliser notre argent.

Vous évoquiez le découragement de certains, ou peut-être la peur de certains, de continuer à héberger ou à aider. Vous le sentez aujourd’hui, ou pas encore ?

Effectivement, sur les réseaux sociaux et tous ces groupes de citoyens, c’est une formidable solidarité qu’il faut vraiment continuer à soutenir. On voit que les gens s’inquiètent et s’interrogent et nous-mêmes, là où j’habite, on s’est posé des questions à un moment donné. Parce que sur cette affaire aussi, ce qu’il faut savoir et que les gens entendent, c’est qu’on se base uniquement sur des écoutes. Donc, on n’a pas trouvé d’argent, il n’y a pas de faits, il n’y a pas d’armes... On se base sur des écoutes de personnes et de citoyens, et donc on se dit à un moment donné : " Peut-être que je suis sur écoute ". On héberge des gens simplement et on se dit qu’à un moment donné, peut-être qu’on va nous culpabiliser et nous accuser simplement parce qu’on a aidé quelqu’un. La personne dit : "Je vais au travail", et donc si elle dit qu’elle va au travail, effectivement elle va gagner de l’argent. Nous, là où j’habite, les gens qui tentent leur chance disent juste : "I go to chance". Ils ne disent pas : "Je vais tenter ma chance pour passer en Angleterre". On en est donc à accuser des gens aussi sur des mots qu’on interprète.

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