Le Belge Metin Karasular au procès de l'attentat de Charlie Hebdo: "Il a conscience de la gravité de ses actes"

Procès de l'attentat de Charlie Hebdo et Hyper Cacher : interrogatoire du Belge Metin Karasular
Procès de l'attentat de Charlie Hebdo et Hyper Cacher : interrogatoire du Belge Metin Karasular - © Palix

Le procès des attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher entre dans sa huitième semaine. L’audience s’est ouverte sur une tonalité particulière après l’assassinat de Samuel Paty, un enseignant d’histoire et géographie de Conflans-Saint-Honorine. L’audience s’est poursuivie avec l’interrogatoire de Metin Karasular, un des deux Belges sur le banc des accusés.

Des hommages se sont succédé tant de la part du président de la cour d'assises spécialement composée que des avocats des parties civiles et de la défense. Ce sont les notions de liberté de pensée et de liberté d’expression qui ont été brandies au tribunal.

Déclarations confuses et peu précises

L’interrogatoire de Metin Karasalur a ensuite commencé. Il a rapidement pris la parole : "Je sais que je ne suis pas parfait, je faisais du business, des jeux, je buvais, j’ai toujours trompé ma femme, mais tuer des gens innocents ? Je ne mange pas de ce pain-là !", affirme-t-il.

Pendant trois heures, les questions du premier assesseur se sont enchaînées, basées notamment sur les comptes rendus d’audition. Les réponses de Metin Karasular sont souvent confuses et peu précises. Tout particulièrement sur tout ce qui a un rapport avec des dates ou des chiffres. Dans ces moments-là, ses déclarations varient des précédentes auditions.

Metin Karasular tente de se défendre, mais parfois maladroitement. Il a souvent des pertes de mémoire qu'il explique par sa consommation de stupéfiants : "Je fumais 5g par jour". L'assesseur lui demande de préciser : "C'était de l'Amnesia, de l'herbe. Et avec ça, on oublie tout. Je ne l'ai pas dit parce que je suis gêné. Je suis quand même père de famille, j'ai six enfants !".

L'homme admet aussi avoir menti à plusieurs reprises lors de ses auditions et à propos de ses coaccusés. "Je disais ça pour les mettre dans la merde. Ils ont menti sur moi, je mens sur eux. Mettez-vous à ma place ! Je suis tombé dans la mer, j’ai vu un serpent pour remonter à la surface", explique-t-il de manière assez imagée.

Je n’aime pas ces gens !

Le Carolo digresse souvent dans ses réponses, mais s’il y a bien élément sur lequel il reste constant, c’est bien sur son ignorance des projets d’Amedy Coulibaly. Sur les terroristes de janvier 2015, mais aussi sur l’homme qui a tué Samuel Paty, ce professeur d’histoire-géo, il est sans appel : "Je n’aime pas ces gens, je les déteste. Tuer des gens ? Pourquoi ? Ils sont musulmans ces gens-là ? Ce sont des chiens !", assène-t-il.

Plus tard, il ajoute : "Monsieur, vous croyez que je savais ce qu’allaient faire ces fils de pute ? Mais jamais, je vais autoriser quelque chose comme ça".

Quant à sa pratique religieuse, il précise "ne rien connaître. Je ne me suis pas trop intéressé à ma religion". Et il précise : "À ma sortie de prison en 2015, j’ai posé la même question à trois imams, que faire face aux caricatures du prophète ? Ils m’ont tous les trois répondu la même chose : il faut soit l’ignorer soit la déchirer. Mais pas tuer !", conclut-il.

Expertise psychiatrique

L'après-midi a été consacré aux auditions de témoins, mais aussi d'experts pour dresser le profil psychiatrique et psychologique de Metin Karasular. Un trait de caractère ressort à plusieurs reprise, la manipulation. Metin Karasular aurait tendance à manipuler de manière consciente et assumée. Il serait donc très difficile de discerner le vrai du faux dans ses propos tant il a tendance à tantôt dramatiser, tantôt banaliser ses actes.

Metin Karasular présente aussi une addiction pathologique aux jeux. Selon l'expert psychiatre, il serait d'ailleurs prêt à commettre des délits pour obtenir des fonds pour jouer. Une consommation excessive d’alcool est aussi présente dans le chef de l'accusé.

Le psychiatre le décrit comme un homme intelligent, capable de répondre aux questions avec aisance. "Il voudrait se faire passer pour un bon père de famille qui n’aurait pas eu de chance. Selon lui, il serait victime d’une erreur judiciaire", avance le docteur Froissart.

Finalement, le psychiatre remarque que Metin Karasular ne présente aucune psychose, n’est pas dans l’impulsivité, mais toujours dans le calcul avant d’agir.

Chance de réinsertion

Le profil psychologique de Metin Karasular a aussi été détaillé. L'accusé fonctionnerait à l'opportunité. Si cela peut lui rapporter quelque chose rapidement, le passage à l'acte est tout à fait envisagé. "Il n'a pas de réflexion sur les conséquences que ses actes peuvent avoir à long terme ou sur d'autres personnes", a précisé la psychologue Lamia Battikh.

L'avocat français de Metin Karasular, Jean Chevais, a demandé à l'experte quelles étaient les chances d'une réinsertion réussie pour son client. Celle-ci a précisé que, pour cela, une attention particulière était laissée au degré de conscience de la gravité des actes.

"Monsieur Karasular a pris conscience de la gravité des actes qui lui sont reprochés, des perspectives positives s’ouvrent à lui. Dans sa pensée, il y a un début de restructuration des priorités qui est en train de s’opérer", a déclaré la psychologue Lamia Battikh.

Metin Karasular risque 20 ans de prison pour association de malfaiteur terroriste.

Procès Charlie Hebdo: un Belge devant les juges: JT du 19/10/2020

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK