Procès De Gelder: son petit frère veut changer de nom

La voix de M. De Gelder s'est brisée quand il a décrit le moment où il a vu, au soir du 23 janvier 2009, la photo de son fils comme auteur potentiel de la tuerie de la crèche, qui a fait trois morts, dont deux bébés. "Nous avons vu sa photo, la photo de notre Kim", a-t-il dit en pleurant.

"Nous ressentions une énorme culpabilité, surtout envers les enfants. On se sent impuissant", a poursuivi le papa. "Je continue à soutenir mon fils. Toute personne aimant son enfant continuerait à le soutenir", même si on lui colle l'étiquette de "monstre", a-t-il asséné.

Le couple De Gelder rend régulièrement visite à son fils en prison. "A Bruges, il était content du régime spécial, car il se sentait protégé", a relevé le papa. A Audenarde, par contre, son fils régresse, soutient-il.

Il a dit "trouver très dommage" que les psychiatres ne l'ait pas pris au sérieux quand il demandait de l'aide pour son fils. Alors que Kim De Gelder avait 18 ans, ses parents l'avaient fait examiner par des psychiatres en vue d'une prise en charge. "Après un entretien avec notre fils, le psychiatre a dit que la prise en charge n'était pas nécessaire. Mon fils venait de me dire qu'il voulait être sniper ou tueur à gages! Quand j'ai demandé si, avec tous les éléments que je leur avais présentés, ils ne trouvaient pas que mon fils est un danger pour la société, ils m'ont répondu 'chaque adolescent est un danger pour lui-même'."

"Un gentil garçon"

Après avoir été un "gentil garçon", bon élève, sportif et musicien, Kim De Gelder avait multiplié les comportements bizarres, s'enfermant dans sa chambre, parlant tout seul ou tournant inlassablement autour de la table du living, a expliqué le père. Il avait progressivement abandonné ses hobbies (le karaté, le saxophone, l'équitation, le ski) et coupé tout contact avec sa famille. "Nous ne savions même pas où il travaillait", a relaté son père. "Heureusement, de temps en temps, nous voyions arriver une lettre de l'agence d'intérim!"

Des voisins de l'appartement de Kim De Gelder, une fois qu'il fut parti du domicile familial, avaient alerté ses parents sur le fait que les fenêtres étaient sans cesse occultées. "Une personne normale ne fait pas ça", a commenté le papa.

Celui-ci a rappelé que dans son enfance, il avait fait face à la schizophrénie de sa mère et de son oncle. Il a précisé s'être débarrassé d'un long rifle, pour lequel il avait pourtant un permis, de peur que son fils ne retourne l'arme contre lui-même. Il a également indiqué n'avoir compris qu'a posteriori que Kim De Gelder avait tenté de se suicider en novembre 2006, après avoir fait le lien avec un épisode où l'accusé avait légué ses possessions à son frère et à sa sœur.

"Des bestioles dans ma tête"

Témoignant ensuite, la mère de Kim De Gelder a également regretté l'attitude des psychiatres. "Madame, je pense que le problème est chez vous!", s'est-elle entendu répondre d'un psychiatre auquel elle et son mari demandaient l'internement de leur fils. Elle a énuméré les comportements bizarres de son fils. "Il apparaissait soudainement au pied du lit en pleine nuit, ça vous réveille!" Kim De Gelder surgissait en criant, mentait à tout bout de champ, partait sans prévenir et manifestait son opposition à la présence obligatoire au dîner familial en tournant le dos à la table.

"Maman, il y a des bestioles dans ma tête, c'est pour ça que je ne peux pas étudier", lui avait-il aussi déclaré. "Pour ses 18 ans, sa grand-mère, qui est aussi sa marraine, lui avait organisé une fête. Il est resté apathique, la tête penchée, a fait la tête et a refusé de manger", a raconté la maman.

Plusieurs psychiatres consultés ont situé le problème de Kim De Gelder chez sa mère. "On m'a conseillé de lui laisser plus d'air, mais c'était déjà le cas! Il ne demandait jamais rien, comment aurais-je pu être trop présente?", s'est-elle interrogée.

"A écarter de la société"

L'avocat de la partie civile, Kris Luyckx, a demandé au père comment il évaluait la "dangerosité sociale" de son fils. "Nous avons essayé de maintenir Kim à l'écart de la société dans sa dix-huitième année, mais ils ont trouvé cela surfait. Et je trouve que Kim, actuellement, avec son syndrome, doit également être maintenu à l'écart", explique le père.

"Je sais qu'on dit que les parents vont tout faire pour le faire déclarer irresponsable" de façon à ce qu'il puisse être libéré. "Mais si vous le déclarez responsable, et si la loi Lejeune est appliquée, alors il pourra sortir dans 20 ans...", commente le père.

"Nous n'allons pas nous engager là-dessus maintenant", a interrompu le président Koen Defoort.

L'avocat de l'accusé, Jaak Haentjens, qui plaide en faveur de l'irresponsabilité, a interrogé le père sur les attentes futures du fils, étant donné que les parents vont souvent le visiter en prison. L'accusé pense qu'il pourra aller à l'étranger après son procès, peut-être une semaine ou deux après et éventuellement sous surveillance électronique, selon son père qui estime que son fils ne plaisante pas quand il dit ça. Pour Me Haentjens, ces déclarations de Kim De Gelder prouvent qu'il n'a aucune conscience de la réalité.

Le petit frère veut changer de nom

Le petit frère de Kim De Gelder était également entendu ce mercredi. L'homme, un an et demi plus jeune que Kim De Gelder, a raconté que son frère et lui avaient joué ensemble jusqu'à ce que Kim De Gelder ait 13 ou 14 ans et change de comportement. "Vers 13-14 ans, il a très fort changé: il s'est renfermé envers moi, et envers tout le monde, en fait."

Malgré les tentatives de la famille de garder le contact, Kim De Gelder a évité tout lien avec elle après son déménagement. "Quand Kim est parti, il m'a serré la main et m'a dit 'adieu à jamais'."

Le 23 janvier 2009, le jeune homme n'en a pas cru ses oreilles quand un policier est venu annoncer à la famille ce que Kim De Gelder avait fait. "Je venais d'obtenir un emploi en tant qu'éducateur. Quand je leur ai dit que Kim De Gelder était mon frère, ils m'ont licencié", a commenté le frère de l'accusé.

Il a fini par trouver de petits boulots, mais plus dans le domaine des soins aux personnes. "Pour le moment, je cumule un mi-temps en journée et un mi-temps de nuit."

La maman avait indiqué en fin de matinée que son plus jeune fils souhaitait changer de nom.

Belga

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