Procès De Gelder: "Je serai en prison jusqu'à la fin de mes jours"

Le président de la cour d'assises de Flandre orientale Koen Defoort a déploré au début de l'audience de ce vendredi que des personnes devant encore venir témoigner devant la cour se soient déjà exprimées dans la presse. Il n'a nommé personne, mais les parents de Kim De Gelder ont donné une interview au Nieuwsblad et au Standaard.

Les parents disent dans l'interview que leur fils est en train de mentir, parce qu'il ne veut pas être malade. "Mais le problème, c'est qu'il n'a aucune conscience de la maladie", déclarent-ils. Kim De Gelder avait lui-même déclaré jeudi qu'il n'est pas malade. "Nous assistons actuellement à la même chose que ce que nous disons depuis des années", affirme la maman. Les parents ne sont actuellement pas autorisés à assister au procès.

La matinée a ensuite été entièrement consacrée aux auditions du gestionnaire du dossier Luc Cocquereaux et à l'analyste Peter D'Hondt. Luc Cocquereaux détaille les résultats de l'équipe d'enquêteurs. "L'équipe a par exemple dû vérifier si De Gelder avait agi seul. Je peux être très bref, il n'y avait pas de complice. C'est ce qui est ressorti de la perquisition, de l'examen de son ordinateur portable et de la téléphonie. (...) Il est important de préciser que les victimes ont été choisies totalement au hasard. Cela pouvait être n'importe qui ou n'importe où."

L'équipe a aussi indiqué qu'un témoin avait vu Kim De Gelder dans le jardin de la crèche Fabeltjesland, dans la dernière phase des faits. "Marchant résolument entre les enfants en agitant la main droite en direction des enfants" et "donnant des coups de pied dans la tête d'un enfant (comme si c'était un ballon de foot)", a résumé Luc Cocquereaux.

Une personne "glaciale au visage impassible"

Le gestionnaire du dossier a aussi rapporté comment un des témoins lui avait décrit le comportement de Kim De Gelder lors de son passage à la crèche Fabeltjesland à Termonde : une personne "glaciale au visage impassible". Selon d’autres témoins, Kim De Gelder avait "un regard fixe" et ses expressions faciales ne changeaient pas tandis qu'il frappait les enfants. "Il avait un regard de mort", a déclaré un témoin. Il n'y avait pas de colère: "Il était glacial et calme", a indiqué un autre témoin. "J'avais l'impression qu'il savait très bien ce qu'il faisait", ont relevé les enquêteurs dans les témoignages.

Luc Cocquereaux a également montré le résultat des perquisitions dans l'appartement de Kim De Gelder et chez ses parents. Chez ceux-ci, des textes manuscrits portant la date du 8 juin 2007 ont été retrouvés. Les parents y demandent d'accepter leur fils en observation dans une institution psychiatrique parce qu'ils craignent qu'il attente à sa vie. Une proposition manuscrite de prise en charge médicale, probablement écrite par l'oncle médecin de Kim De Gelder, a également été retrouvée.

L'équipe d'intervention a ensuite raconté la reconstitution des faits survenus à la crèche Fabeltjesland de Termonde, à laquelle Kim De Gelder a refusé de collaborer. "Je ne pourrai pas supporter la confrontation avec cet endroit", avait alors motivé Kim De Gelder.

Une reconstitution sans l'inculpé n'est pas pratique, a souligné Luc Cocquereaux. "Le juge d'instruction a décidé que la reconstitution se ferait car il y avait beaucoup de témoins et de victimes des faits."

L'analyste Peter D'Hondt a donné plus de détails à propos de la reconstitution à la crèche. Kim De Gelder était d'un "calme glacial" au moment des faits selon une puéricultrice. "Il les a égorgés et poignardés un par un", a témoigné Peter D'Hondt à propos des enfants victimes de Kim De Gelder. Il a finalement blessé six des dix enfants présents.

La villa du prince Laurent sur la liste

Peter D'hondt a expliqué que Kim De Gelder voulait procéder de manière "évolutive" dans ses assassinats, en choisissant une cible à chaque fois plus difficile. "Sur la liste des cibles se trouvaient la villa du prince Laurent à Tervuren, une crèche, le cabinet d'un médecin, quelqu'un de la noblesse. Pour terminer par un death-run, où il aurait tué tout le monde autour de lui."

Kim De Gelder a déclaré dans d'autres auditions que certains de ses plans n'étaient pas réels, comme l'assassinat du roi. "C'était de la vantardise de ma part et totalement exagéré", avait-il déclaré devant la cour d'assises.

Le choix de l'arme est également un élément spécial, a souligné l'expert. "Kim De Gelder a choisi un couteau parce qu'une arme à feu peut s'enrayer. 'Un couteau, pas', dit-il. Avec un couteau, on ressent aussi le contact avec la victime."

"Explique-le, s'il te plaît, Kim"

"Explique-le, s'il te plaît, Kim. Je demande que tu dises la vérité. Je vis avec cela depuis quatre ans. Dis-le à ces personnes; elles le méritent", a déclaré alors l'avocat de la défense Jaak Haentjens à son client, après que Kim De Gelder eut indiqué qu'il voulait parler de ses motivations.

L'avocat Jef Vermassen avait demandé à l'enquêteur si le fait pour Kim De Gelder de se lever pendant une audition était "un élément de show". "C'est très difficile de se placer dans la tête de quelqu'un. Je n'ai jamais eu l'impression que Kim De Gelder faisait le show, mais bien qu'il est manipulateur. Il essaie de diriger les choses, mais dire que c'est du show, c'est exagéré", a répondu Luc Cocquereaux.

Longue préparation

Dans l’après-midi, des enquêteurs de la police judiciaire fédérale (PJF) de Termonde sont venus retracer les préparatifs de l'accusé. Kim De Gelder avait commencé à préparer longtemps à l'avance les faits des 14, 16 et 23 janvier 2009.

Kim De Gelder dit lui-même que des sentiments de vengeance lui sont apparus après sa tentative de suicide ratée. "Les premiers préparatifs" ont alors commencé. La préparation matérielle est survenue après son emménagement dans son propre appartement en octobre 2008, ont expliqué les enquêteurs. Les autres préparatifs se sont ensuite succédés.

Les agents ont énuméré les étapes de Kim De Gelder jour par jour. Ils ont commencé par le premier jour de travail de l'accusé, le 1er juillet 2008, dans une entreprise de Belsele, où il gagnait 1.200 euros nets. Le même mois, il avait acheté une montre et un ordinateur portable sous un faux nom. Le 9 août, il signait le contrat de bail pour son appartement, avant de déménager le 6 octobre.

Ils ont aussi décrit les achats effectués progressivement en vue de commettre ses crimes: des couteaux, une imprimante, un second GSM ou des T-Shirts pour peaufiner son déguisement de contrôleur des eaux, ...

Le 9 janvier, Kim De Gelder avait fait des recherches sur Google Maps pour trouver son itinéraire jusqu'à Vrasene, où il a tué Elza Van Raemdonck le 16 janvier 2009.

Après cet assassinat, Kim De Gelder a recherché des informations sur le "contract killing" sur internet et a scruté les articles concernant la mort de la vieille dame. Le 20 janvier, il a dressé un itinéraire reprenant les crèches qu'il voulait prendre pour "cibles".

L'avocat de Kim De Gelder, Jaak Haentjens, a remarqué après l'exposé qu'il existe un "hiatus" entre le 22 décembre et le 5 janvier. "Durant ces journées où tout le monde fait la fête, lui reste isolé dans son appartement", a-t-il souligné. "Pourquoi n'y a-t-il pas eu d'enquête sur la façon dont il a occupé ces journées-là? " L'agent de la PJF a répondu qu'une série de choses n'ont pas pu être situées dans le temps. Il a confirmé que Kim De Gelder n'avait eu aucun contact avec le monde extérieur.

"Je serai en prison jusqu'à la fin de mes jours"

Quelques extraits vidéo des auditions de Kim De Gelder ont été diffusés. Au début, il refusait de parler des faits, s'intéressant plutôt au potager de l'enquêteur. Il a aussi déclaré vouloir rester en prison pour le restant de ses jours.

Un extrait d'une audition réalisée le jour des faits, le 23 janvier 2009, à Termonde, montre un Kim De Gelder qui ne bronche pas. Les policiers avaient pourtant bien remarqué qu'il entendait ce qu'ils lui disaient. Ils lui ont par exemple demandé de se pencher en avant pour lui enlever les menottes, ce qu'il a fait sans hésiter. Et lorsque les enquêteurs ont quitté le local, il a fait quelques mouvements de relâchement des muscles de la nuque.

Le 25 janvier, il s'est montré disposé à parler. Il a présenté ses excuses pour son attitude des trois jours précédents, expliquant qu'il avait peur. Le lendemain, une audition vidéo s'est déroulée difficilement. Kim De Gelder ne donnait que de courtes réponses et qui ne concernaient pas les événements de Termonde. Il prétendait ne pas pouvoir se souvenir. Il a déclaré se rappeler avoir ouvert les yeux et découvert la police autour de lui.

Les enquêteurs ont aussi noté que l'accusé prenait parfois l'initiative lorsque le sujet ne le concernait pas. Les policiers ont ainsi diffusé ce vendredi un extrait dans lequel l'accusé pose plusieurs questions au sujet du potager cultivé par un enquêteur. "Quels légumes cultivez-vous? ", "Sont-ils bons? ", "Meilleurs qu'au magasin ? ", "Le jardin est grand? ", "Employez-vous des produits à pulvériser ? ", demande ainsi Kim De Gelder.

A un certain moment, Kim De Gelder prétend savoir ce que sera sa peine. "Je sais que je passerai le reste de ma vie en prison. J'accepte cette sentence", l'entend-on déclarer. "Je ne veux plus retourner dans la société. Je sais que tout le monde me déteste et que je n'y ai plus ma place."

"Cette colère en moi était si forte"

"Je ne voulais pas continuer mais cette colère en moi était si forte", a indiqué Kim De Gelder lors de la troisième audition vidéo d'une durée de 9 heures, dans laquelle il donne pour la première fois des détails sur les faits commis à Vrasene et Termonde, ainsi que sur leurs préparatifs.

Lors de cette audition réalisée le 2 mars 2009, Kim De Gelder relate pour la première fois les faits dans leur totalité, ont expliqué les enquêteurs Hans Neubourg et Julie Sarre.

A propos des voix qu'il dit entendre, l'accusé déclarait alors: "Je voulais en fait essayer de me faire interner. C'est pour cette raison que j'ai dit que j'entendais des voix. Je l'ai dit à un gardien et à un médecin mais ils ne m'ont pas cru."

De Gelder a également détaillé ses premiers plans d'action. "Je voulais tuer le plus de monde possible parce que c'est la chose la plus grave que l'on puisse faire. (..) Mon premier plan était de tuer un maximum de personnes habitant la même rue. Je suis parti une première fois en repérage. La deuxième fois, j'avais l'intention de tuer. Je ne voulais pas continuer mais cette colère en moi était si forte. (..) La troisième fois, c'est là que tout est arrivé et que les choses ont commencé chez Elza Van Raemdonck."

D'après Belga

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