Un prêtre brugeois condamné à un mois de prison avec sursis suite au suicide d'un fidèle

Une pièce majeure manquait au dossier
Une pièce majeure manquait au dossier - © GAELLE PONSELET - BELGA

Le secret de la confession est-il total ? La question était au centre d'un procès dont le jugement a été rendu ce matin à Bruges.

Alexander S., un prêtre de 57 ans se retrouvait devant le tribunal ce lundi matin car il était soupçonné de négligence coupable.

Le prêtre est condamné à un mois de prison avec sursis et au paiement d'un euro symbolique en faveur de la veuve de la victime. Le tribunal s'est basé sur les SMS et appels reçus par le prêtre pour notifier son jugement. En tout, sept échanges dans les quatre dernières heures. Et un message en particulier où la victime indique qu'elle "va en finir". Auquel le prêtre répond : "Je vais prier pour vous". 

La défense avait demandé la condamnation du prêtre à un euro symbolique pour que "cela ne se reproduise plus". Le prêtre, condamné pour négligence coupable, a annoncé qu'il allait faire appel de sa condamnation, a déclaré son avocat.

Rappel des faits

En octobre 2015, un homme de 54 ans originaire de Gistel (Flandre occidentale) a livré son intention de se suicider à un prêtre de Bruges. Le prêtre a reçu trois coups de fil et plusieurs SMS avant que l'homme, souffrant d'une dépression, ne passe à l'acte dans sa voiture. Alexander S. n'a averti ni les secours ni la police.

Lorsque la femme du défunt a pris connaissance des échanges que son mari avait eus avec le prêtre avant de commettre l'irréparable, elle a porté plainte auprès d'un juge d'instruction.

Selon la partie civile, après ces coups de fils alarmants, le prêtre aurait dû aller chercher de l'aide. Le ministère public est également d'avis que le prévenu ne peut se retrancher derrière le secret confessionnel.

"Le prêtre aurait dû aller chercher de l'aide"

"Il est du devoir de chacun d'aider une personne dans le besoin. Un point c'est tout", a plaidé Me Patrick Bernard Martens, représentant de la partie civile. Le ministère public avait également estimé que le prévenu ne peut se retrancher derrière le secret confessionnel.

De son côté, la défense a fait valoir lors de sa plaidoirie qu'Alexander S. a tenté de changer les idées de la victime. Me Jan Leysen a comparé la situation avec le travail de la ligne téléphonique de prévention au suicide. Il a demandé l'acquittement de son client.

Quant au secret de la confession, le président du tribunal a rappelé que son institution n'était pas concernée par le droit canon. La défense a à peine plaidé autour de cette notion, Me Leysen se contentant de rappeler que son client faisait face à un grand dilemme en raison de ce secret. "Si vous ne considérez pas important mon secret confessionnel, alors on peut en dire de même de l'indépendance de ce tribunal. Je suis entre deux chaises. C'est à vous de juger", a indiqué Alexander S. dans sa dernière déclaration. 

Un débat sur le statut de la confession qui n'est pas clos

Dans son jugement lundi, le tribunal correctionnel de Bruges a estimé que le secret de la confession s'apparentait au secret professionnel. Celui-ci n'est pas absolu si une personne a besoin d'assistance. "La sentence est claire", a réagi Me Jan Leysen pour la défense. "Le tribunal a tranché en tenant compte d'une certaine interprétation, mais nous en défendons une autre."

Le conseil d'Alexander S. avait déjà annoncé qu'il ferait appel d'une éventuelle condamnation. "Il s'agit un problème qui mérite d'être débattu et ce jugement peut créer un important précédent", a conclu l'avocat qui fera donc appel de la décision prononcée ce lundi matin à Bruges.

Archive : JT 14/11/2017

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