Procès Charlie Hebdo : pourquoi les dessinateurs étaient visés

Le 7 janvier 2015, vers 11h30, les frères Chérif et Saïd Kouachi attaquent la rédaction de Charlie Hebdo. Ni le lieu, ni le moment ne sont choisis au hasard par les terroristes, dont le raid fera 12 victimes.

L’origine : les caricatures de Mahomet

Le 8 février 2006, Charlie Hebdo sort un numéro spécial, intitulé "Mahomet débordé par les intégristes". En Une, un dessin de Cabu, où l’on voit Mahomet pleurer et déplorer "C’est dur d’être aimé par des cons…". A l’intérieur de ce numéro spécial, 12 caricatures de Mahomet réalisées quelques mois plus tôt par des dessinateurs danois et publié par le quotidien danois Jyllands-Posten.

La publication de ces caricatures avait poussé plusieurs dizaines de milliers de musulmans à protester un peu partout sur la planète, estimant ces dessins provocants et arrogants. La polémique était rapidement devenue internationale, politique et diplomatique, plusieurs gouvernements arabo-musulmans faisant même pression sur le Danemark, pour que les caricaturistes soient condamnés.

C’est donc pour soutenir ces dessinateurs danois, dont certains étaient menacés de mort, que la rédaction de Charlie Hebdo avait décidé, comme d’autres médias (Libération, Le Soir, France Soir), de relayer ces caricatures.

Procès et premières attaques

Ce numéro spécial de Charlie Hebdo vaudra d’abord un procès au journal : la Grande Mosquée de Paris, l’Union des organisations islamiques de France et la Ligue islamique mondiale poursuivent la rédaction pour "injure envers un groupe de personnes en raison de sa religion". Le procès sera gagné par Charlie Hebdo.

La publication de ces caricatures vaudra aussi à Charlie Hebdo une alerte à la bombe, des menaces persistantes, une rédaction et un rédacteur en chef surveillé 24 heures sur 24 par la police.

Cela ne fera en rien vaciller la ligne éditoriale du média qui sort, en novembre 2011, un nouveau numéro spécial piquant, intitulé "Charia Hebdo". Au moment de sa publication, plusieurs cocktails Molotov incendieront les bâtiments de Charlie Hebdo et la page d’accueil du site internet sera hackée et remplacée par une photo de la Mecque et des versets du Coran.

Les victimes

Onze personnes ont perdu la vie lors du raid mené par les frères Kouachi :

  • Frédéric Boisseau, un agent de maintenance de la société Sodexo. C’était son premier jour de travail au siège de l’hebdomadaire.
  • Michel Renaud, cofondateur du festival Rendez-vous du carnet de voyage. Il venait ce jour-là à la rédaction pour rendre des dessins à Cabu, qui l’avait invité à la réunion de rédaction.
  • La psychanalyste Elsa Cayat et l’économiste Bernard Maris, qui était des collaborateurs réguliers de Charlie Hebdo.
  • Mustapha Ourrad, correcteur pour Charlie Hebdo.
  • Franck Brinsolaro, un policier qui assurait la protection de Charb depuis 2014.
  • Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski, tous dessinateurs pour l’hebdomadaire.

A ces onze victimes, tuées au sein du bâtiment, il faut ajouter Ahmed Merabet, gardien de la paix blessé puis assassiné sur la voie publique après avoir tenté d’empêcher la fuite des tueurs.

Reportage et duplex depuis Paris dans notre 19h30 de ce 1er septembre :

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