Procès de la fusillade de Forest: le vice de procédure évoqué (relisez notre direct)

Le procès de la fusillade rue du Dries à Forest s'est déroulé ce jeudi devant la 90ème chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles. L'audience s'est ouverte vers 8h45. Sofien Ayari comparaît seul à l'audience, puisque Salah Abdeslam a fait savoir qu'il ne se présenterait pas. Les principaux débats se sont terminés vers 17h20.

Le dossier a néanmoins été mis en continuation au 29 mars prochain afin d'examiner la constitution de partie civile de l'association de victimes d'attentats V-Europe. Sofien Ayari a déclaré à l'issue du procès qu'il ne souhaitait pas être présent à la prochaine audience.

Après s'être montré énigmatique à son arrivée au palais de justice de Bruxelles, l'avocat de Salah Abdeslam, Me Sven Mary, a entamé sa plaidoirie ce jeudi après-midi en se demandant pourquoi encore plaider alors que Salah Abdeslam a déclaré qu'Allah était son "seul juge"

Tout simplement parce qu'il estime que "le plus beau bras d'honneur à faire aux barbares, qui veulent détruire l'état de droit, est de leur montrer que cet état de droit reste debout et respecte encore et toujours la procédure".      

Me Sven Mary a poursuivi en mettant en avant un élément de procédure sur l'emploi des langues qui rendrait les poursuites irrecevables. Autrement dit, l'avocat de Salah Abdeslam évoque un vice de procédure. 

"L'acte terroriste n'est pas établi"

Par ailleurs, il estime que "l'acte terroriste n'est pas établi" : "Est-ce qu'une fusillade contre des policiers est de nature à déstabiliser l’État Belgique ?".

Si Sven Mary dit ne pas cautionner le fait de tirer sur des policiers, "c'est d'une gravité extrême", il estime que cela ne peut être considéré comme un acte terroriste. 

"Le but d'un acte terroriste est de détruire les structures d'un pays. Le but de Salah d'échapper à son interpellation n'a rien à voir avec une quelconque volonté de détruire les structure d'un pays", précise-t-il.

Autrement dit, "la prévention d'acte terroriste ne tient pas". Et d'ajouter : "Pour les attentats de Paris, il y aura un procès en 2020. D'ici là, ils ont droit à la présomption d'innocence".

"Selon moi, il n'y a qu'une seule personne qui a tiré, c'est Mohamed Belkaid"

Pour Sven Mary, Salah Abdeslam n'a pas tiré. Pour se justifier, il lit les PV d'audition des policiers et souligne que les témoins n'ont vu qu'un seul tireur ce jour-là, "une personne inconnue de leur service". Or, "le 15 mars, le visage de Salah Abdeslam était connu de tous".

Lors du deuxième tir, "les policiers voient à nouveau une seule personne ou plutôt des pieds et des chevilles. Ils n'entendent qu'une seule voix".

Donc selon lui, "il n'y a qu'une seule personne qui a tiré, c'est Mohamed Belkaid". 

Pour Sven Mary, "les témoignages des policiers, les preuves ADN, les éléments balistiques et même le témoignage d'Ayari, tout cela démontre qu'une seule personne a tiré avec deux armes différentes, une pour chaque phase de tir".

Par ailleurs, l'avocat a déclaré avoir été "gêné" et qu'il avait trouvé ça "très grave" quand Salah Abdeslam ne s'est pas levé devant la cour lundi matin.

"Ils s'enfuient uniquement parce qu'ils ont d'autres projets"

Après la longue plaidoirie de l'avocat de Salah Abdeslam, la procureure fédérale a tenu à insister sur plusieurs points. La première est que le défense, s'il elle conteste l'acte terroriste, ne conteste pas la détention d'armes.

Deuxièmement, elle rappelle qu'ils étaient en train de rassembler des armes en vue de projets d'attentats terroristes. "Donc ils s'enfuient uniquement parce qu'ils ont d'autres projets. Des projets qui sont dans le dossier et non pas dans la presse".

Par ailleurs, la procureure fédérale rappelle qu'ils s'enfuient seulement après la première salve de tirs (pas tout de suite) et qu'en plus, "ils partent avec une arme et des chargeurs".

"Le contexte terroriste est plus qu'établi"

Après Me Sven Mary et la procureure fédérale, la parole a, de nouveau, été donnée aux avocats des parties civiles ce jeudi après-midi.

Pour Me Maryse Alié, avocate de 5 policiers, "le contexte terroriste est plus qu'établi". Pour elle, s'ils se sont enfuis, "s'ils ne meurent pas en martyr, c'est par lâcheté. S'il se retranche derrière la religion, c'est une fois de plus par lâcheté".

Selon l'avocat de l'État belge, "les scénarios catastrophes que l'on a entendus dans la plaidoirie de Me Gultaslar ne sont qu'une parade pour masquer ce pour quoi les deux fuyards s'étaient préparés, à savoir d'autres projets terroristes. La fuite d'Ayari et Abdeslam, c'était tout simplement parce que leur heure n'était pas encore venue. L'argument de la fuite n'est donc absolument pas convainquant pour dire qu'Ayari et Abdeslam n'avaient pas de visée terroriste".

"L'argumentation sur l'emploi des langues ne tient pas pour les dossiers terrorisme"

Me Bauwens, l'avocat de deux membres des Forces Spéciales, est également revenu sur le problème de procédure soulevé par la défense concernant l'emploi des langues. Pour Me Bauwens, "l'argumentation sur l'emploi des langues ne tient pas pour les dossiers terrorisme".

"Ayari et Abdeslam ne sont pas des enfants de chœur"

Ce jeudi matin, la parole a d'abord été donnée aux parties civiles qui ont rappelé le contexte de cette affaire et le rôle de chaque prévenu.

Pour Me Lefèvre, conseil des unités spéciales, c'est clair, "Ayari et Abdeslam ne sont pas des enfants de chœur". Ils appartiennent à la même mouvance terroriste que ceux qui ont préparé les attentats de Paris et de Bruxelles. "L'objectif est clair : intimider la population et déstabiliser les structures de notre pays".

Il a aussi été question de l'état psychologique du policier qui est entré en premier dans l'habitation de la rue du Dries. Un policier qui est toujours en période d'incapacité totale jusqu'au 3 mars 2018. "Pourtant, l'homme a tenté de reprendre son travail après les faits, mais son état de santé ne le lui permet pas", a précisé son avocate.

Une seule arme, un seul tireur pour la défense

Après une petite pause, l'avocate de Sofien Ayari a pris la parole. Me Severin ne conteste pas la possession d'arme. Reste que son client continue à nier le fait d'avoir tiré alors que ses empreintes et son ADN ont été retrouvés sur l'arme. 

L'avocate précise que dans les PV d'audition de policiers, on ne parle que d'une arme ou d'un auteur de coup de feu. Elle estime aussi qu'il n'y a pas eu de projet mûrement réfléchi, "ils ont réagi sur le moment""S'il y avait réellement une intention de tirer, pourquoi est-ce que les policiers n'ont pas trouvé deux tireurs en faisant tomber la porte ?".  

Concernant la personnalité de Sofian Ayari, l'avocate affirme qu'il aurait été particulièrement marqué par l'immolation de ce vendeur ambulant en Tunisie en 2011 (qui a déclenché une révolte populaire, la première du Printemps arabe, ndlr), explique Me Severin. Le jeune homme aurait ensuite été manipulé, selon sa maman dont l'avocate a lu une lettre.  

"Sofien Ayari ne voulait pas mourir"

Pour le deuxième avocat de Sofien Ayari, Me Gultaslar, "si la volonté de monsieur Ayari était de mourir en martyr, le statut le plus convoité, il y aurait eu plein de possibilités de le faire. Or une chose est sûre Ayari ne voulait pas mourir, ni faire un carnage encore plus effroyable".

Rappelons que le parquet a requis lundi 20 ans de prison à l'encontre des prévenus, qui sont poursuivis pour tentatives d'assassinats et port d'armes prohibé dans un contexte terroriste. 

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