Comment résoudre les problèmes des prisons? Un criminologue livre des pistes

Illustration: la prison de Namur
Illustration: la prison de Namur - © Archive RTBF

Les problèmes sont nombreux dans les prisons belges: surpopulation, vétusté, violences entre prisonniers ou envers les gardiens. Pour Michaël Dantinne, criminologue à l’université de Liège, il faut "travailler en parallèle sur la prison comme institution et sur l'emprisonnement comme peine", afin de résoudre ces problèmes.

Deux prisonniers considérés comme dangereux se sont évadés vendredi soir de la prison d'Arlon, après avoir pris deux agents pénitentiaires en otage. Les gardiens attendent du pouvoir politique qu’il trouve une solution aux nombreux problèmes des prisons belges : surpopulation, vétusté, violences entre prisonniers ou envers les gardiens.

Michaël Dantinne, chargé de cours en criminologie à l’université de Liège souligne que "le monde de la prison est un univers violent, tous ceux qui y travaillent le soulignent. Le taux de récidive post-carcéral, bien que difficile à mesurer, est généralement admis comme étant compris entre 50% et 60%".

Le criminologue pointe "deux causes à la surpopulation pénitentiaire : une proportion importante de prévenus (en préventive), déterminée par un recours assez lourd à la détention préventive (parfois au mépris de l'esprit de la loi). Deuxième cause: l'allongement des peines, constatée depuis plus de 10 ans".

Renforcer les peines alternatives

La Belgique loue jusque fin 2012 la prison de Tilburg, aux Pays-Bas, afin de résoudre temporairement la surpopulation carcérale, Michaël Dantinne fait remarquer que "quand la Belgique a loué l'établissement de Tilburg, peu ont posé la question des raisons qui font que les Pays-Bas ont des prisons ‘vides’. En réalité, la politique criminelle des néerlandais est beaucoup moins appuyée sur le recours à l'emprisonnement. Et, grâce à cette politique, ils ont réduit leur population carcérale de manière très sensible. Ils utilisent fortement différents types d'alternatives. Les chiffres de la criminalité aux Pays-Bas sont dans la moyenne. Ces ‘alternatives’ recouvrent une palette assez large de dispositifs et on retrouve les mêmes dans la majorité des pays: les peine de travail (+/- 11 000 peines de travail par an en Belgique), les médiations, les dispositifs conduisant à des prise en charge thérapeutique mais aussi toutes les sanctions d'argent. Aux Pays-Bas, on peut noter une forte tendance à confier le pouvoir d'infliger des sanctions à des autorités administratives (non judiciaires). Donc, nous disposons en Belgique déjà de beaucoup de ces dispositifs et c'est plutôt au niveau de l'utilisation que le bât blesse".

Privatiser les prisons?

On constate dans beaucoup d’Etats une tendance à privatiser les prisons, constate Michaël Dantinne : "La privatisation peut être totale ou partielle (limitée à certains services). Au rayon des avantages, cela peut conduire à des économies et à une facilité de ne plus devoir gérer ce secteur comme secteur ‘public’. Pour les inconvénients, il y a évidemment le fait que le principe que c'est l'abandon d'une des fonctions régaliennes de l'état, les risques de dérive et les difficultés de contrôle. On s'éloigne un peu du principe de la séparation des pouvoirs de Montesquieu mais je pense qu'il faut avoir une vision nuancée de la question".

Michaël Dantinne termine en concluant qu’il faudrait "remettre l'ensemble de la problématique carcérale à plat. A mon avis, il faut travailler en parallèle sur la prison comme institution et sur l'emprisonnement comme peine. On a trop longtemps lié les deux débats (qui sont liés) mais ça a paralysé toutes les avancées".

A. L.

Relisez ci-dessous le chat avec Michaël Dantinne, chargé de cours en criminologie à l'université de Liège.

Relisez les réponses du criminologue Michaël Dantinne (Ulg)

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