Prix Nobel : au-delà du prestige, à quoi ça sert ?

Au bout du fil, les lauréats, surpris, prennent régulièrement la nouvelle pour une blague. Attribués pour la première fois en 1901, les prix Nobel représentent aujourd’hui l’une des reconnaissances internationales les plus prestigieuses, et ce malgré les polémiques qui entourent la fondation suédoise.

Remis de leurs émotions après les communications publiques de cette semaine, les gagnants 2020 ne pourront cependant pas profiter de l’habituelle cérémonie officielle, organisée en décembre à Stockholm. Cette année, point de conférences ni de petits fours au programme, le coronavirus oblige à une remise de prix virtuelle. C’est la première fois depuis 1944 que la cérémonie physique est annulée.

En guise de consolation, la récompense financière allouée à chaque lauréat (ou binôme/trinôme, en cas de prix partagé) a été gonflée pour atteindre dix millions de couronnes, soit environ un million d’euros. Mais au-delà du prestige et d’un chèque conséquent, quelles sont les répercussions d’un prix Nobel pour les gagnants ?

Des ventes qui s’envolent pour les prix Nobel de littérature

Récompensée ce jeudi par le prix Nobel de littérature, la poétesse américaine Louise Glück risque bien de voir les ventes de ses recueils bondir. Le phénomène se confirme au fil des années : dans la semaine suivant l’annonce, les chiffres s’emballent. "Les prix ont un impact de manière général sur les ventes, c’est une certitude", confirme Gaëlle Charon, directrice du syndicat des librairies francophones de Belgique. "Ce qui est intéressant, c'est que le Nobel récompense l'ensemble d'une œuvre et permet donc aux libraires de mettre en avant tout le travail de l'écrivain", souligne le propriétaire de la librairie Point Virgule à Namur.

L’impact varie cependant en fonction de la notoriété de l’auteur, de la nature de son œuvre et des éventuelles traductions proposées. En 2014 par exemple, lorsque le français Patrick Modiano obtient le prix Nobel de littérature, l’éditeur Gallimard relance illico l’impression de 100.000 exemplaires de son dernier ouvrage, "Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier". En moins de 24 heures, un autre de ses romans, "Rue des Boutiques obscures", remonte à la 3ème place des meilleures ventes d’ouvrage sur Amazon, alors qu’il plafonnait la veille à la 76.199ème place, relève le compte Twitter du prix Nobel.

"Des Nobel comme Modiano, Le Clezio ou Vargas Llosa ont eu un très grand retentissement sur les ventes en librairie. Mais certaines années, comme en 2019, les auteurs sont plus confidentiels et les ventes sont donc plus mesurées", nuance la librairie namuroise. "D’une manière générale, c’est surtout sur la longueur qu’un prix Nobel exerce son influence : il garantit la notoriété pour des dizaines d’années", observe la librairie louviéroise l’Ecrivain Public.

Une visibilité pour la recherche… qui arrive souvent très tard

Les prix Nobel de chimie, physique et médecine permettent quant à eux de mettre en lumière les avancées de la recherche. Dernier Belge récompensé par un Nobel, le physicien François Englert a ainsi été primé en 2013, en duo avec Robert Brout, pour leurs travaux concernant la physique des particules élémentaires. "Pour lui, le Nobel n’a pas eu d’impact direct car il est arrivé beaucoup trop tard", pointe le professeur à l’ULB Jean-Marie Frère, qui a travaillé avec François Englert. L’homme a 80 ans quand il est primé, 49 ans après sa découverte. "Ce décalage est courant". Selon une étude publiée dans la revue Scientometrics, il se passe une moyenne de 22,3 ans entre la découverte d'un chercheur et sa nomination au Nobel. Cette année, le Nobel de physique, qui récompense notamment Andrea Ghez, âgée de 55 ans, fait office d’exception. "C’est jeune dans le milieu ! A ce moment-là, le Nobel peut avoir un réel impact direct pour le chercheur".

Concernant le Nobel de François Englert, Jean-Marie Frère pointe également l’absence de soutien de la part des autorités belges. "Aucune chaire n’a été créée et il n’y a pas eu de soutien pour une ouverture de poste. Seule la région bruxelloise nous a proposé de mettre un centre à disposition pour nos recherches, mais il n’est pas encore ouvert. Dans d’autres pays, par contre, un prix Nobel peut ouvrir des tas de portes".

Quant au prix Nobel de la paix, qui sera décerné ce vendredi 9 octobre, l’impact est surtout symbolique. Il peut parfois cependant devenir polémique, à l’image récemment d’Aung San Suu Kyi, lauréate en 1991 et aujourd’hui décriée pour son silence face aux crimes commis envers les Rohingyas dans son pays.

Archives : Journal télévisé 08/10/2013

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK