Le prix du bois ne fait que monter: "Du jamais vu, en 20 ans de carrière"

Sapin, chêne, OSB, laine de bois, multiplex... Les prix grimpent non-stop, depuis plusieurs semaines. Toute la filière en ressent les effets, mais c'est le consommateur final qui assume la majeure partie des surcoûts. Que se passe-t-il? Et combien de temps encore cela risque-t-il de durer? 

"Avant, ma liste de prix, elle était valable 6 mois. Actuellement, en un mois, je suis à mon 7ème changement de prix". L'homme qui nous dit ça s'appelle Frederic Moens, il est commercial chez Van Steenberge, un gros importateur de bois. Tous les jours, il se trouve face à des questions insolubles, des casse-têtes à résoudre. "Je commande du MDF. J'apprends que je le reçois sans doute en septembre. Je dis quoi à mes clients? Les panneaux Ellioti en provenance du Brésil, on ne sait pas en avoir avant juillet. On arrête d'en vendre? Problème ausi sur le marché des multiplex, des agglomérés...Il faut que ça se sache, ce qu'on vit! Que les gens comprennent, car sinon on passe pour des menteurs, des profiteurs! Et les marchands de matériaux se font harceler parce qu'ils ne savent pas fournir en temps et en heure tel ou tel bois!

Que se passe-t-il exactement?

C'est un problème mondial qui concerne le bois, mais aussi d'autres matières premières comme l'acier, le PVC. Pendant le premier confinement, de nombreuses entreprises ont fermé leurs portes. Tout tournait au ralenti, la construction y compris.

Après le lockdown, il y a eu la reprise. L'économie asiatique a redémarré, et aspiré une large partie des matières premières et produits semi-finis. Aux Etats-Unis, une taxe, décidée par Donald Trump, est venue frapper les bois canadiens.

Les Américains sont venus à leur tour s'approvisionner chez nous. Au moment où la demande reprenait "en force", sur le continent européen.

 

Quelles conséquences?

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Prix du bois : "Du jamais vu, en 20 ans de carrière" © Tous droits réservés

Des pressions sur le marché, et, on y revient toujours: la loi de l'offre et la demande. "Les USA et la Chine paient plus cher aux scieries européennes", résume Frédéric Moens. "Ils raflent tout le stock. Si tu n'acceptes pas de payer très cher, les délais s'allongent énormément".

Nous avons rendez-vous avec un entrepreneur à Jurbise. Dominique Votron est spécialisé dans les ossatures bois. Pour lui aussi, la situation est intenable. "Comment remettre prix? Etre sûr de pouvoir tenir des devis, pour des projets qui seront concrétisés dans 6 mois? Les prix des matériaux changent tous les jours!". Alors il stocke, tout ce qu'il peut. Ce qui est acheté, au moins, il sait le prix qu'il l'a payé, et le prix qu'il pourra facturer à ses clients.

Certains prix ont triplé en deux mois

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Dominique Votron © C Legrand

Dans son entrepôt, il nous montre des palettes d'OSB, de laine de bois. Un peu de chêne, un peu de bois exotique. Des bois de charpente. Il reste choqué de certaines augmentations tarifaires. "Pour un bois d'un certain type, on me demandait 250 euros du mètre cube, il y a deux mois. Puis c'est passé à 400 euros. Il y a une semaine, j'apprends que c'est 600!"

Il tente pour l'instant de rester "dans ses prix", en rognant sur ses marges et en stockant un maximum. "Mais qu'est-ce que ça va donner, dans 3, 4, 6 mois? On ne peut pas demander aux clients de payer, à l'avance, 50% du devis, pour pouvoir acheter tous les matériaux! Personne ne va accepter... Sans parler des délais de réalisation. Pour certains matériaux, on ne nous donne aucune date!". 

Le syndrome du papier WC

Jusqu'à quand cela risque-t-il de durer? C'est la question que tout le monde se pose. Et que nous posons à la Confédération nationale de la construction. Là-bas, on espère une accalmie d'ici deux mois, le temps que le transport, par conteneurs surtout, se soit (?) un peu stabilisé. La confédération veut aussi calmer les esprits. "Lorsqu'on regarde la mercuriale des prix, qui est une sorte de baromètre des moyennes officielles, le prix du bois a augmenté entre novembre et février de 14 à 30%".

La confédération met en garde contre une réaction "de panique", qui ne ferait que renforcer encore la pénurie. Un peu comme se ruer sur le papier WC, au début d'un confinement... Quelles solutions, alors? Faire preuve de créativité dans le choix des matériaux, c'est une première piste.

Ce n'est pas toujours possible, mais des matériaux alternatifs, moins pris d'assaut, permettront parfois de concrétiser un projet sans exploser le budget (ou sans attendre six mois). Autre conseil donné par les fédérations aux entrepreneurs: libeller correctement les devis, en signalant que les prix sont valables sur une courte période, avec une clause de "revoyure".

"Et si la bulle se dégonfle?"

C'est une question qui se pose, aussi, dans le secteur. Y a-t-il de la spéculation? Certains en profitent-ils? "Oui, je pense", glisse Thierry Lecomte, marchand de matériaux à Boussu. "Comme souvent, quand des hausses de prix sont possibles, et qu'il y a des clients qui les acceptent, certains tirent leur épingle du jeu".

"Nous les importateurs on se demande s'il faut encore acheter certains matériaux, vu leur prix annoncé, et vu les délais de livraison. Si ça arrive dans 3 mois, et que ça se dégonfle d'ici là, qu'est-ce qu'on va faire de ces produits, avec des prix surfaits? On n'ose plus", ajoute Frédéric Moens.

"En tout cas, en 20 ans de métier, je n'ai jamais connu une situation pareille. Et je plains les jeunes couples qui ont un budget serré pour rénover une maison, ou construire, actuellement."

Meubles fabriqués avec le bois de la forêt de Soignes: JT 21/03/2021

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