Prix des transports: ce n'est pas le train qui est trop cher, c'est l'avion qui est trop avantagé

Le train trop cher ou l'avion pas assez ?
Le train trop cher ou l'avion pas assez ? - © BELGA & Pixabay

Lorsqu’on interroge les jeunes lors des manifestations pour le climat et qu’on leur demande quelles mesures concrètes ils sont prêts à prendre pour le climat, figure souvent la volonté de changer de moyen de transport pour les vacances par exemple. Partir en train semble alors la meilleure option. Mais qu’en est-il du coût? L'idée la plus répandue est que le train est plus cher que l’avion. Est-ce réellement le cas?

Un premier test, qui nous servira d’exemple, montre qu’effectivement le train est plus cher que l’avion. Nous désirons partir à Madrid en partant de Bruxelles. Renseignement pris auprès de la SNCB, pour un départ le lendemain matin. Le coût du voyage est de 375 €. Un rapide tour sur le site de Brussels Airlines nous permet de trouver un billet pour 173 €. Une compagnie à bas coût nous proposera 62 €. Le meilleur prix est celui d’un voyage en bus pour un peu moins de 44 €. L’exemple vaut ce qu’il vaut, nous cherchons à comprendre.

Ne pas comparer des pommes et des poires

D’abord, pour Henri-Jean Gathon, professeur d’économie des transports à l’université de Liège, voyager en train ne permet pas d'aussi longs parcours que l'avion. Il existe aussi des clichés, liés aux campagnes publicitaires d’un certain nombre de compagnies à bas coût qui mettent sur le marché des billets très bon marché, à partir de 5€ par exemple, plus frais. Un prix qui selon cet expert, est loin de représenter le prix moyen payé par les passagers aériens. Seule une minorité a pu profiter de tels tarifs.

Les compagnies ferroviaires qui proposent des voyages internationaux et les compagnies aériennes ont à peu près les mêmes modèles de tarification, précise-t-il. Concrètement, cela veut dire que dans les deux cas les voyageurs paieront plus cher leurs billets s’ils voyagent le vendredi soir, le dimanche soir ou encore en été. Ce sera aussi plus cher dans le cas d’une réservation de dernière minute en comparaison avec une réservation faite à l’avance. " En moyenne, contrairement aux idées reçues, les compagnies low cost au moment où il y a beaucoup de demandes ne sont pas si bon marché que ce qu’on imagine. En résumé et hormis les campagnes promotionnelles avec des prix très bas, les tarifs sont semblables ".

Les coûts de production

Un autre point dont il faut tenir compte, selon ce spécialiste, est le coût de production. Pour les avions, l’infrastructure se résume aux aéroports alors que dans le cas du train, il y a les gares, mais aussi l’infrastructure des voies pour lesquelles il faut aussi payer. Lorsque l’on tient compte de tout cela, les coûts de production du mode ferroviaire seraient plus importants que pour le mode aérien.

Et le kérosène?

Le kérosène est un carburant utilisé pour le transport international. Et ces carburants sont souvent détaxés. C’est le cas du kérosène ou encore du fioul utilisé par la marine marchande. Pour Henri-Jean Gathon, cette détaxation pose certainement des problèmes tant d’un point de vue économique que du point de vue environnemental.

Comment rendre le train plus attractif?

Pour rendre le train plus attractif, au niveau international notamment, le financement des infrastructures doit être prioritaire dans le chef des gouvernements. " Il faut que les pouvoirs publics financent mieux les infrastructures ferroviaires. Cela permettrait de baisser le coût des péages transnationaux et ainsi aux compagnies ferroviaires de réduire leurs coûts".

Et mon voyage à Madrid alors?

En réservant suffisamment à l’avance, probablement aurions-nous obtenu un meilleur tarif pour notre voyage à Madrid. Mais pour Henri-Jean Gathon : "Il faut toujours être conscient que le transport consomme des ressources et ce qu’il faudrait, ce n’est pas nécessairement abaisser le coût du transport ferroviaire, mais plutôt faire en sorte que le mode aérien paye sa part dans ce qu’on appelle les coûts externes qu’il génère. Notamment, tous les coûts environnementaux". Pour ce spécialiste, il faut réfléchir à un renchérissement du prix du transport aérien et non pas à un alignement à la baisse du prix du transport international.

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