Prison : "Il faut réconcilier les détenus avec la société !"

Sur le tournage
Sur le tournage - © aldr

Rencontre avec François Troukens, un cinéaste pas comme les autres. Avant d’embrasser le métier de réalisateur, il a passé plusieurs années en prison. Condamné pour divers braquages, il a connu de près la réalité du monde carcéral. Aujourd’hui, il tient à sensibiliser la société à la nécessite de changer la prison.

Braine-le-Comte, un après-midi froid et ensoleillé d’hiver. Nous sommes sur le tournage des " Caïds ", un moyen métrage. Les yeux rivés sur son combo, le réalisateur donne des consignes à sa première assistante. Depuis 2010, François Troukens bénéficie d’une libération conditionnelle. Il a passé 10 ans de sa vie en prison pour de multiples braquages de fourgons. Au terme d’une cavale de 8 ans, il se retrouvait derrière les barreaux. " J’ai fait dix ans de prison. Essentiellement pour des braquages de fourgons. J’ai aussi blessé un policier à la jambe lors d’une fusillade. Je me suis évadé plusieurs fois. A un moment je me suis rendu compte que j’étais papa, qu’il fallait que je change ma vie. J’avais trois solutions. Soit je m’évadais. Je risquais alors de me faire tuer et de ne plus voir mon fils. Soit accepter la prison et faire des études. Soit me suicider. J’ai choisi la troisième option "nous confie-t-il. Résultat : une licence en Lettres modernes et une agrégation en pédagogie.

Un film à vocation pédagogique

Son film s’inspire de ce qu’il a vécu dans une autre vie. C’est l’histoire d’un braqueur aguerri qui tente d’entraîner des plus jeunes dans sa délinquance. Une fusillade éclate et l’un des jeunes meurt. Une expérience tragique dont il veut faire aujourd’hui un outil pédagogique : " L’idée, c’est de faire comprendre que la violence peut mener à la mort. C’est l’histoire d’un ami qui est mort à l’occasion d’une attaque de fourgons. Un peu comme quand on perd un ami qui a bu et meurt sur la route. C’est là qu’on prend conscience qu’entre boire et conduire, il faut choisir… ".

Du braquage sans violence au banditisme

Transporteur de fonds, François Troukens avait 22 ans lorsqu’il vola le contenu de son propre fourgon. Il connait alors sa première détention. Pour lui, c’est en prison qu’il va basculer vers le grand banditisme.

En prison, vous sortez en promenade et vous avez une centaine de gars qui vous disent : " Génial, ce que vous avez fait ! ". J’ai rencontré des vieux truands qui m’ont recruté. Je suis entré dans le banditisme par contamination ".

Pour une prison moins inhumaine

François Troukens plaide donc pour des remises de peines conditionnées à la poursuite d’études et à la réussite d’examens. Loin de la prison actuelle qui, à ses yeux, transforme les hommes en animaux : "Quand on place des personnes à 3 ou 4 dans 9 mètres carré. Elles ont deux douches par semaine. En promenade, on trouve 20 centimètres d'eau. Elles ont 40 minutes de promenade. Elles restent 23 heures sur 24 en cellule. Est-ce que ca sert à quelque chose de transformer un être humain en animal ? ".

La place de la drogue

Autre plaie de la prison à ces yeux, la circulation massive de drogues. Nombreux seraient ceux qui chavirent dans l’addiction au sein même de la prison : " Ce sont des gens qui deviennent des drogués en prison. Ils commencent à toucher au cannabis et ensuite aux drogues dures. Il y a aussi pas mal de médicaments. Quand les détenus sont drogués, il n’y a plus de travail possible. Ils passent leur temps à rien faire ".

Des radicalisations

Radicalisation religieuse entre autres. Pour François Troukens, les prisons belges sont des fabriques à terroristes : " C’est en prison que ça commence. On voit le parcours : prison, haine de la société, radicalisation et après certains partent s’entraîner à l’étranger mais c’est en prison que l’on crée des terroristes. Donc c’est ici qu’il faut mettre les moyens ! ".

Le cinéaste milite donc en faveur de programmes de réinsertion dès les premiers jours passés en détention En 2014, il a créé l’association Krysalibre qui vise à faire entrer la culture en prison, question de faire de son passé une arme au service, cette fois, de la réinsertion.

 

 

 

Alain Dremiere

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