Printemps des Sciences : "La Science n’est pas une affaire d’opinion"

Cette semaine débute le printemps des Sciences sur le thème : "Et demain ?". Ce lundi soir, un débat interactif est organisé par le magazine Imagine Demain le monde et Sciences.be sur la science à l’ère du soupçon. René Rezsohazy, professeur d’embryologie et biologie moléculaire à l’UCLouvain y participera, il était l'invité de Matin Première.

À l’heure où le monde a besoin des Sciences pour vaincre l’épidémie de Covid-19, on remarque un scepticisme de plus en plus important au sein de nos sociétés à l’égard des Sciences. Pour René Rezsohazy, sciences et réseaux sociaux ne font pas bon ménage : "De tout temps, la Science a été remise en cause par les scientifiques d’abord, mais aussi par le grand public. Il s’avère qu’avec les réseaux sociaux, il y a vraiment une caisse de résonance énorme qui est donnée à des propos, des allégations qui ne sont pas scientifiques, qui remettent en doute la science, mais de manière non scientifique. C’est cela que nous voulons finalement discuter ce soir. Bien sûr, la science est une entreprise humaine, je le disais, qui est toujours remise en question. Mais elle est remise en question de manière scientifique, c’est-à-dire avec une méthodologie qui lui est propre", explique le scientifique.

Éveiller à l'esprit critique

Le scientifique pointe du doigt le scepticisme qui règne sur les réseaux sociaux à l’égard des Sciences : "Il faut faire une distinction entre le doute méthodologique qui correspond à remettre en cause de manière scientifique des connaissances scientifiques, puis une sorte de scepticisme ou de doute radical qui dit "moi, je ne crois pas en ceci ou je ne crois pas cela". En fait, la science n’est pas une affaire d’opinion. Il faut pouvoir dire de manière scientifique pour quelles raisons on pense que ceci est vrai ou ceci est faux. Donc, je pense qu’il faut éveiller un peu plus encore toutes les générations à la culture, à l’esprit critique qui permettent effectivement d’avoir une relation saine, rationnelle à (l’adresse) de la science. Et dire "Je ne crois pas dans le coronavirus ou je crois que la terre est plate". Il faut pouvoir étayer ses propos là de manière critique et scientifique. Bien sûr, l’objectif du débat sera de faire la part belle à ce qu’est la construction d’un savoir scientifique.

Le doute scientifique

Cette remise en question des certitudes scientifiques intervient aussi dans un contexte que certains considèrent comme paradoxal. On a besoin de la Science pour répondre aux défis contemporains. Pourtant, on parle aussi très souvent des contradictions entre scientifiques pour y répondre, entre un épidémiologiste et un microbiologiste ou encore un infectiologue. Comment s’y retrouver là-dedans aussi ? René Rezsohazy affirme que ce ne sont pas des contradictions : "Ces contradictions ne sont pas vraiment des contradictions. Il faut aussi comprendre qu’aborder les problématiques comme justement la pandémie du coronavirus, c’est l’affaire de différentes disciplines scientifiques qui n’ont pas la même méthodologie. Donc, si je prends le biologiste moléculaire qui va essayer de comprendre comment fonctionne le virus, il va évidemment aborder cela de manière très fondamentale. L’épidémiologiste, il est aux prises avec des questions de santé publique. Et puis, le médecin est aux prises avec la singularité de chacun de ses patients. Ce sont trois approches d’une même réalité, mais qui ne fonctionnent pas nécessairement avec la même méthode, avec les mêmes approches qui permettent de valider les connaissances. Donc, ce ne sont pas seulement des contradictions. Il faut trouver les points de convergence entre les différentes disciplines scientifiques qui permettent d’aborder une question. Et on peut avoir cette approche-là pour n’importe quel défi, que ce soit la biodiversité et le climat. Il y a tellement d’entrants dans une problématique qu’il y a autant d’approches pour les aborder. Et pour bien répondre au problème, il faut essayer de faire converger les différents champs scientifiques".

Cette semaine du Printemps des Sciences se terminera le 28 mars.

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