"Prévoir 15 jours entre deux phases de déconfinement aurait été plus sûr"

CQFD, Ce Qui Fait Débat, en mode grand entretien : 25 minutes quotidiennes avec un spécialiste, pour vous aider à mieux comprendre/vivre la crise du coronavirus, mais aussi pour vous permettre de poser VOS questions (via l’adresse mail cqfdrtbf@rtbf.be). Notre invitée, ce mardi: Catherine Linard, géographe de la santé à l'UNamur.

100 000 morts si on n'avait pas confiné

Des universitaires ont modélisé l'expansion du virus. Ils affirment que si la Belgique n'avait pas confiné dès le 14 mars dernier, on décompterait aujourd'hui plus de 100 000 morts. L'épidémie aurait échappé à tout contrôle, selon leur modèle qui prédit aussi que si on avait attendu 4 jours de plus pour confiner, les hôpitaux auraient été saturés dès le début du mois d'avril, et on n'aurait pas parlé déconfinement avant juin voire juillet.

"On se base sur des modèles mathématiques qui estiment une part de la population susceptible d'être contaminée, une part infectée, et une part guérie ou décédée. Avec toute une série de paramètres permettant de passer d'une modèle à l'autre. Le taux de reproduction de base (RO) est à cet égard très important", explique Catherine Linard. 

Pourquoi certains pays s'en sortent mieux?

La Suède est souvent citée en exemple, un pays qui a moins strictement confiné sa population que le nôtre et s'en sort avec des chiffres plus encourageants (moins de 3000 morts à ce stade). Mais il ne faut pas comparer des pommes avec des poires, tempère la chercheuse:

15 jours de retard dans l'évaluation de l'impact

Depuis Pâques, un "net relâchement" a été constaté dans le respect des mesures de protection ou de distanciation par la population. "On a très peu de moyen de quantifier ce relâchement, les données de téléphonie mobile ont montré les flux entre les communes, ce qui est intéressant c'est de pouvoir comparer avant et après confinement, comment on a réduit notre mobilité et comment elle va évoluer", observe Catherine Linard.

L'impact de la mobilité sur le nombre d'hospitalisations a aussi été évalué, "des analyses exploratoires qui montrent une corrélation entre l'augmentation de la mobilité à un temps T et le nombre d'hospitalisations 14 jours plus tard, ce qui correspond à la période d'incubation du virus", ajoute la géographe. Cela veut donc dire que l'impact de la réouverture des commerces prévue le 11 mai ne pourra être évalué qu'après celle des écoles prévue le 18 mai.

"On a effectivement toujours 15 jours de retard dans l'évaluation de l'impact des mesures, et oui quand on ouvrira les écoles, on ne connaîtra pas encore l'impact de l'ouverture des commerces [...] Il aurait été préférable d'avoir ces 15 jours", concède-t-elle. 

 

CQFD, Ce Qui Fait Débat, en mode grand entretien, chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h45 sur La Trois. L'entièreté de l'émission ci-dessous:

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