Prendre le volant la nuit pour partir en vacances : est-ce vraiment une bonne idée ?

Pas si simple de rouler la nuit.
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Pas si simple de rouler la nuit. - © JOHANNES EISELE - AFP

Vu les chaleurs actuelles, et pour permettre aux enfants de dormir durant le voyage, certains vacanciers préfèrent rouler de nuit. La circulation est d’autant plus fluide que le trafic de nuit ne représente que 10% de la circulation totale d’une journée. Mais la conduite nocturne est-elle plus sûre pour autant et somme-nous faits pour rouler la nuit durant de longues heures ?

Pour le professeur Daniel Neu (ULB), expert en médecine du sommeil, la réponse est catégorique : non. Notre rythme circadien assigne la période nocturne à une activité précise : dormir. Il existe pourtant des profils qui résistent mieux que d’autres à la pression du sommeil au volant.

"Si vous avez un rythme de vie stable, avec des horaires de travail et de sommeil réguliers, prendre le volant la nuit est contre-nature. Le conducteur est face à un défi, celui de ses rythmes physiologiques. Le niveau circadien va à l’encontre de notre horloge interne et notre volonté de nous maintenir en éveil en conduisant augmente la pression de la somnolence. Une pression du sommeil d’autant plus forte que le conducteur reste physiquement immobile sur son siège. Lutter contre le sommeil est plus facile lorsque l’on est en mouvement." L’individu habitué à des horaires décalés alternant le travail de jour et de nuit est, a contrario, mieux préparé à la conduite nocturne.

Certains sont mieux préparés que d’autres

Pour le professeur Neu, certains sont aussi plus aptes que d’autres à subir la pression du sommeil lors d’une longue conduite nocturne. Ce sont les mêmes qui supportent le mieux le décalage horaire en avion. "Il y a aussi des préférences qui varient selon que les individus que l’on dit 'du soir' ou 'du matin'. La conduite nocturne apparaîtra plus confortable au premier, mais sans pouvoir leur assurer une bonne maîtrise de la conduite durant de longues heures."

Le rôle de l’âge

Un autre critère susceptible d’influencer la capacité à rouler la nuit est vieillissement, argumente le médecin : "Plus nous vieillissons, plus la souplesse de l’horloge interne diminue. Ce qui réduit la capacité à lutter contre la somnolence. Dans le même temps, l’acuité visuelle diminue vers 45 ans, réduisant la qualité de la vision nocturne."

L’obscurité intervient, elle aussi, dans notre résistance au sommeil. Une nuit d’hiver n’est pas une nuit d’été. L’obscurité accentue les effets circadiens qui rythment notre notion de la journée. L’avantage des vacances d’été est que la période nocturne est courte, ce qui n’est pas le cas pour les vacances de Noël.

Dormir avant de partir : une bonne idée ?

Pour Daniel Neu, faire une grosse sieste avant de s’engager dans une échappée nocturne permet "d’évacuer un peu de pression de sommeil. Mais à condition de ne surtout pas prendre de somnifère pour parvenir à dormir en journée".

3 à 5 heures du mat : la zone rouge de la somnolence

Même une longue sieste préparatoire à la conduite de nuit ne permet pas de lutter contre notre rythme circadien. Notre organisme est programmé pour dormir la nuit. La bonne préparation du voyage empêche rarement de passer dans une phase de somnolence au milieu de la nuit. Pour le Docteur Neu, "la zone de danger se situe entre 3h et 5h du matin". Benoit Godart, porte-parole de Vias, conseille pour sa part d’éviter de rouler pendant les heures les plus propices à l’assoupissement : entre 14h et 16h et entre 2h et 6h du matin. A titre d’exemple, le risque d’assoupissement est 3 fois plus élevé à 16 h qu’à 10 h.

Aux premiers signes (clignement des yeux, repositionnements fréquents sur son siège), un arrêt s’impose pour prendre l’air, boire un café et marcher un peu. Cela suffit parfois à évacuer cette période critique. A moins d’opter pour une sieste de 20 minutes. Pas plus.

Important l’éclairage ?

Dans certains pays, dont la France, pays de vacances par excellence, les routes rapides ne sont pas ou peu éclairées. Ce n’est pas un problème si le marquage au sol est bien entretenu. La combinaison des catadioptres, des lignes blanches et des phares dessinent une trajectoire virtuelle parfaitement efficace. Ce que ne permettent malheureusement pas les routes et autoroutes belges aux marquages souvent déficients.

Les feux de route, quand c’est possible

Sur les routes non éclairées, il est toujours agréable d’utiliser les " grands phares " qui améliorent la visibilité latérale. Mais cela exige de passer régulièrement en feux de croisement pour ne pas aveugler les véhicules qui roulent en sens inverse ou ceux qui vous précèdent. Si vous êtes vous-même victime d’un chauffeur roulant en sens inverse, feux de route allumés, déportez votre regard vers la ligne blanche du côté droit de la chaussée. Cela vous permettra de maintenir votre trajectoire un cours instant.

Les prémices de la voiture autonomes

Si la voiture sans conducteur n’est pas attendue avant 2035, certaines fonctions utiles sont déjà disponibles sur les véhicules récents. Et notamment l’aide à la conduite longitudinale qui émet une alarme si vous chevauchez une bande blanche sans mettre votre clignotant. Ce qui peut aussi réveiller un automobiliste en prise avec un début de somnolence. Si les alarmes sonores sont répétées, il est plus que prudent de passer le volent à quelqu’un d’autre. La véritable alarme à la somnolence ne sera pas accessible à tous avant quelques années.

Les lunettes jaunes, c’est utile ?

Si vous êtes porteur de lunettes, optez pour des lunettes antireflet. Elles polarisent la lumière et atténuer l’éblouissement. Il existe des lunettes et des appliques spéciales pour la conduite. Ce sont des lunettes aux verres jaunes. Elles ne permettent pas d’améliorer la vision nocturne, mais d’augmenter les contrastes. Concernant l’éblouissement, c’est un peu plus subjectif. Les lunettes jaunes ont leurs adeptes et leurs détracteurs.

Avec ou sans lunette, il est indispensable de placer son rétroviseur intérieur en position nocturne. Elle vous évitera les éblouissements provoqués par les véhicules qui vous suivent. Et singulièrement les camions.

Chéri, c’est normal un chevreuil sur la route ?

C’est la nuit que les panneaux mettant en garde contre les animaux errants prennent tout leur sens. La nuit leur appartient et en cas d’impact contre un sanglier, un chevreuil ou même un chien, les dégâts peuvent être importants. Ces animaux se repèrent souvent à leurs yeux qui renvoient la lumière des phares.

Tout pour la musique

Eviter les musiques trop douces. Pour faire simple, mieux vaut éviter d’écouter du Brassens ou du Léo Ferré lors de longues virées nocturnes. Mais de là à opter pour du Hard Rock durant plusieurs heures, il y a une marge. Alors préparer une playlist variée et quelques podcasts de vos émissions favorites. Et songez aux goûts musicaux de vos passagers. Si l’un d’entre eux est éveillé, il pourra entretenir la conversation qui fait oublier le temps et maintient l’attention en éveil.

Trucs et astuces pour tenir la distance

-Si faire une nuit blanche n’est bon pour personne, les trucs pour gagner du temps sur le trajet consiste à démarrer le voyage de nuit avec un conducteur dont le chronotype est nocturne et de le remplacer au volant, en fin de nuit, par un chronotype matinal.

-Ce n’est pas une légende, la caféine peut aider à tenir le coup. Ce n’est pas une amphétamine, précise le spécialiste du sommeil. " Le café va retarder efficacement certains éléments qui sous-tendent la somnolence. La caféine bloque -un peu et partiellement- le sommeil, mais le degré d’efficacité du café diffère chez chaque individu ".

-Gardez la vision mobile. Ne conduisez pas en regardant seulement la ligne blanche de la route. Le champ de vision en serait réduit et un effet légèrement hypnotique peut en découler. Balayer plutôt la route du regard et contrôlez souvent vos rétroviseurs pour avoir une bonne connaissance des dangers potentiels.

3 secondes pour la sécurité " Même si le trafic est moins dense la nuit, il est nécessaire de respecter la distance de sécurité entre deux véhicules, soit 3 secondes.

Entre 11h et 2h, lorsque vous saisirez le volant, prenez garde aux fêtards qui rentrent chez eux, Ivres ou fatigués. Surtout les vendredis et samedi.

Et un petit dernier pour la route ?

Surtout, insiste Benoit Godart, ne faites pas l’impasse sur une halte sous prétexte que vous êtes bientôt arrivé : il se passe 4 fois plus d’accidents dans les 100 derniers kilomètres. Et si les accidents sont moins nombreux la nuit, ils sont généralement plus graves.

 

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