Prendre l'apéro, un rituel vieux comme le monde: d'où vient en fait cette tradition?

L'apéro, un moment de convivialité depuis des générations.
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L'apéro, un moment de convivialité depuis des générations. - © Tous droits réservés

À l'heure où le soleil descend dans le ciel et où les travailleurs se pressent hors des bureaux, les terrasses se remplissent et enfin il peut commencer. "Il", c'est le fameux apéro. Celui qu'on ne connait que trop bien et qui rythme autant les hivers que les étés. Entre amis, avant le repas de famille ou sans autre prétexte que celui de décompresser, l'apéro se veut une tradition depuis des générations voire depuis que le monde est monde. Retour sur l'histoire de celui qu'on affectionne, chacun à notre manière. 

L'origine du mot "apéritif" nous vient du latin "apertivus" dérivé de "aperire" qui veut dire "ouvrir". Au départ, pas question de chanter et danser la vie, mais bien de s'ouvrir les voies d'évacuations naturelles (bon appétit) et de se donner faim avant le repas.

Retour vers le passé

Il faut remonter loin, très loin, pour trouver les premiers humains qui prennent l'apéro. Déjà à l'époque de l'Égypte antique, les populations avaient pour habitude de partager quelques dattes et fruits secs en dégustant une bière tiède : la heneqet (pur hasard si une grande marque de bière a un nom similaire). 

Les Grecs de l'Antiquité avaient eux aussi leurs petites habitudes bibitives. Les "symposions", comprenez "les réunions de buveurs", étaient organisés en deux parties, d'un côté la nourriture et de l'autres les boissons. À l'époque, pas encore de grisini à l'olive plantés dans le humus ou de saucisson aux noix, mais l'idée était sensiblement la même. À l'exception près qu'on y célébrait les divinités comme Dionysos, dieu de la vigne et de l'ivresse. 

Très fiers de leurs coutumes, les artistes de l'Antiquité n'hésitaient pas à représenter les scènes d'apéro :

Trinquer pour ne pas mourir

Au Moyen-Âge par contre, pas question de déguster l'apéro si on fait partie du petit peuple. Aussi, les serfs de l'époque avaient trouvé la bonne excuse : l'alcool est un remède, on boit pour une raison médicale et le tout se fait avec le respect strict de la hiérarchie. 

Loin du gin tonic ou du cidre, les hautes sphères optent plutôt pour des vins à base de plantes connues pour aider à la digestion et stimuler l'appétit. Pour lutter contre le froid et réchauffer les cœurs, certains choisissent plutôt des liqueurs comme le genièvre. 

C'est aussi à cette époque qu'apparaît le fait de trinquer avant de manger. Affolés par l'idée de mourir empoisonnés, les seigneurs "tchinaient" à deux reprises avec leurs hôtes pour que tous les contenus se mélangent et que, si quelqu'un avait l'idée de mettre du poison dans un verre, il finirait par en avoir dans le sien. Plus tard, on prendra également l'habitude de dire "tchin tchin" en trinquant. Expression qui vient des Britanniques qui se trouvaient en Chine et qui ont rapporté avec eux une dérive de "tsing tsing" qui veut dire "salut".

L'indémodable verre de vin

Bond dans le temps et arrêt au 16e siècle quand la Renaissance bat son plein. Davantage de raffinement et, de ce fait, de choix dans les breuvages. Le vin garde la meilleure des places aux tables de la noblesse. Le cognac rejoint aussi les boissons favorites des personnes de l'époque. Autre fait marquant : la tapenade fait son entrée et devient, depuis lors, un incontournable des apéros. 

Le 19e siècle marque, lui, le début des inquiétudes et une prise de conscience de la maladie qu'est l'alcoolisme. Il faut dire qu'à l'époque on n'hésite pas à multiplier les pubs pour promouvoir alcool et tabac à tel point que l'Église finit par s'en mêler et commence à lutter contre le phénomène. L'occasion de rappeler que prendre un verre entre amis, oui, mais avec modération surtout. 

Fin du même siècle, l'apéritif cesse de désigner une boisson pour plutôt qualifier un moment particulier et convivial bien plus proche de ce que l'on connait aujourd'hui. Révolution industrielle oblige, une importante classe ouvrière se développe friande de créer du lien loin de sa campagne natale et de partager un moment tous ensemble. 

Après la Seconde Guerre mondiale, l'apéro se démocratise et les boissons sont encore des incontournables aujourd'hui : cocktails en tous genres, pastis et autres vins divers et variés. Plus de raisons médicales erronées ou de divinités à célébrer, on passe à l'apéritif qui se transforme en repas qui devient même un concept : l'apéro dînatoire.

Extrait de "L’îlot sacré" en 1974 :

Le reste de l'histoire est plus connue. Dès qu'un rayon de soleil pointe le bout de son nez, les terrasses sont envahies par les profiteurs du beau temps. Entre les concours du meilleur cocktail, les after work entre collègues et les moult inventions bibitives (alcoolisées ou non, les variétés de thés glacés se comptent sur les doigts de dizaines de mains) l'apéro a encore de longues années devant lui. 


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