Première sortie spatiale 100% féminine: "Il y a encore beaucoup de travail à faire"

Une première va se dérouler au-dessus de nos têtes: deux femmes, deux astronautes, Christina Koch et Jessica Meir, vont sortir de la Station spatiale internationale pour aller remplacer un système de recharge de batterie de la station. C'est un exploit technique, mais aussi symbolique puisque c’est la première fois dans l’histoire que deux femmes ensemble feront cette sortie. Interrogée sur La Première, l'astrophysicienne Yaël Nazé rappelle que cette sortie, qui était prévue au mois de mars dernier, avait dû être reportée pour une question de taille de scaphandre : "C'était absolument incroyable. La NASA a fait de grandes annonces, a martelé cette idée de sortie féminine pendant des semaines pour se rendre compte à quelques jours de la sortie qu’on n’avait finalement pas les scaphandres pour le faire. C’est un peu ridicule, mais c’est ce qu’il s’est passé et ils remettent finalement le couvert six mois plus tard, après avoir quand même envoyé un scaphandre plus petit pour pouvoir enfin réaliser la chose".

Cette sortie 100% féminine est une première dans l’histoire, poursuit Yaël Nazé : "On ne compte que 10% environ d’astronautes qui sont des femmes — astronautes, cosmonautes ou taïkonautes, vous prenez la nationalité que vous voulez. Ça ne fait donc effectivement pas longtemps qu’on en a, mais ça reste malgré tout minoritaire".

Au début de la conquête spatiale, les femmes étaient "présentes à plein de niveaux, y compris dans les salles de contrôle ou en train de faire des calculs d’orbite ou ce genre de choses. Mais on a eu des médecins qui ont essayé de voir, notamment côté américain, si les femmes ne pouvaient finalement pas être tout aussi douées que les hommes pour faire ce genre de sortie. On leur a donc fait passer une série de tests et on s’est rendu compte que les femmes étaient finalement aussi bonnes, si pas meilleures, que les hommes. En fait, elles possédaient pas mal d’avantages : elles étaient plus résistantes à plein de choses — à la solitude, à la chaleur, à la température, à la douleur, à tout ce qu’on veut — elles étaient plus petites et consommaient donc moins, et au niveau encombrement pour les premières capsules spatiales, ce n’était pas mal. Il y avait donc plein d’avantages. Mais malgré tout, on a dit : 'non, non, restez au sol'. Il a malheureusement fallu attendre très longtemps, les Américains n’ont envoyé leur première femme dans l’espace qu’au début des années 80".

Star Trek

La série Star Trek a fait avancer les choses : "C’est vrai que côté américain ça a été assez extraordinaire de voir que ce n’est pas du tout venu de la NASA ou des pilotes, mais que c’est venu des médias. Tout simplement, Gene Roddenberry, quand il a imaginé Star Trek, il a mis une femme dans le poste de pilotage. Au départ, elle avait un rôle très important, c’était la seconde après le commandant, mais la chaîne n’a pas tellement apprécié et ils ont dit : 'non, pas quand même aussi visible'. Mais il a tenu bon et il a finalement gardé un officier communication qui était une femme, et en plus une femme noire. Ça a alors quand même fait bouger les choses de voir cette femme qui était dans le cockpit tout le temps et qui savait finalement très bien se débrouiller. Et l’actrice qui a incarné cette astronaute est devenue militante et elle a commencé dans les années 70 à beaucoup tourner dans les écoles, dans les universités, un peu partout pour dire aux femmes qu'il fallait absolument qu'elles aillent dans l’espace. La NASA a donc bien été obligée de reconnaître que oui, peut-être, et elle a fini par enfin sélectionner, à la fin des années 70, ses premières femmes. Sally Ride a donc volé au début des années 80".

Malgré cela, selon Yaël Nazé, "il y a encore beaucoup de travail à faire. Par exemple, pour les scaphandres, certes on a des tailles plus petites, mais ils ne sont pas adaptés à la morphologie des femmes, cela reste des scaphandres d’hommes. Il y a énormément de choses qui ne sont pas nécessairement prévues pour les femmes. Pour le moment, elles restent une minorité et avec les vols privés qui s’annoncent, on ne pense pas que la tendance va s’inverser. Si vous prenez ceux qui peuvent se payer ces vols privés, ces vols de touristes, la majorité des milliardaires ne sont pas des femmes".

Yaël Nazé a écrit le livre L’astronomie au féminin (éditions CNRS).

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