Premier jour du procès sur la catastrophe de Buizingen

C’est ce mardi que s’est ouvert à Bruxelles le procès sur la catastrophe de Buizingen. Près de neuf ans après les faits, il est très attendu.

Les prévenus sont un conducteur de train, un habitant de Dour, soupçonné d’avoir brûlé un feu rouge, ce qu’il a toujours nié, mais également la SNCB et Infrabel, poursuivis pour négligence en matière de sécurité.

Pour rappel, le 15 février 2010 à 8 heures 28 du matin, deux trains entraient en collision à hauteur de Buizingen, faisant 19 morts et plus de 300 blessés.

Ce matin, la première audience doit permettre de régler les questions pratiques de procédure, les constitutions de parties civiles ou les demandes d’auditions d’experts. Luc Hennart, président du tribunal de première instance de Bruxelles et chef de corps du tribunal de police, a été chargé d’organiser ce procès hors norme. "Il va de soi que rien qu’en raison du nombre de personnes qui sont concernées, c’est un procès de grande ampleur. La conséquence de tout ça, c’est qu’il a fallu prendre des mesures particulières en termes d’organisation. L’option que j’ai choisie, c’est que ce procès puisse se tenir dans un palais de justice plutôt que de louer d’autres endroits. L’audience se tiendra dans la salle des audiences solennelles de la Cour d’appel et il est prévu que les débats soient également intégralement traduits."

Une première audience en néerlandais s’était déjà tenue le 5 juin dernier, mais le conducteur francophone a obtenu depuis le droit d’être jugé en français. 

Un procès qui démarre sur l’aspect non contradictoire du rapport d’expertise

Maître Chomé, avocat du conducteur, a plaidé le caractère non contradictoire des expertises du dossier. Il souhaite l’écartement du rapport d’expertise, car le conducteur n’a jamais été entendu par les experts, il n’a pas assisté aux analyses du feu rouge ou de la bande sonore du train, ni à une quelconque reconstitution de l’accident. " Pendant 6 ans, les experts ont travaillé seuls et dans leur coin " a souligné Maître Chomé. L’avocat demandera donc l’acquittement de son client car selon lui les droits de la défense n’ont pas été respectés et le tribunal ne devrait donc pas tenir compte des expertises.

Laurent Kennes, l’avocat d’Infrabel, le gestionnaire du réseau ferroviaire, estime-lui aussi que le caractère non contradictoire des expertises est un problème.

Côté partie civile, tout le monde n’est pas d’accord. Une avocate estimant que le conducteur était représenté par son employeur, la SNCB, lors des expertises.

Le parquet a souhaité que ce point fasse partie des débats de fond. C'est d'ailleurs ce qu'a décidé le juge.

Au cours de l'audience Panayotis Andronikos, un père qui a perdu son fils lors de la catastrophe prend alors la parole. Il s’adresse au juge et aux avocats : "Vous n’êtes pas honteux ? Vous voulez tourner la page ? La justice est à l’instar de votre façade. Il y a 30 ans que les échafaudages sont là… ".

Ce à quoi le Parquet a répondu qu’il n’était pas question de tourner la page et en précisant que tout va pouvoir être expliqué et les responsabilités recherchées.

La prochaine audience aura lieu le 19 février. Elle sera consacrée à l'audition des 10 experts qui ont réalisé l'enquête technique, une audition réclamée par toutes les parties. On sent bien que ces expertises seront un enjeu central du procès. Le tribunal a également fixé le calendrier des plaidoiries. Une semaine y sera consacrée à la mi-septembre. On peut donc s'attendre à un jugement avant la fin de cette année.

Cette première journée d’audience s’est clôturée un peu avant 12h.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK