Précarité étudiante : "De plus en plus d'étudiants se tournent vers les CPAS ou vers les bourses d'études"

Des pancartes lors d'une manifestation contre le coût des études supérieures en novembre 2014.
Des pancartes lors d'une manifestation contre le coût des études supérieures en novembre 2014. - © VIRGINIE LEFOUR - BELGA

Un étudiant s’est immolé par le feu en pleine rue à Lyon le week-end dernier. Il voulait dénoncer les conditions de précarité financière dans lesquelles vivent de nombreux jeunes étudiants. Et cette précarité est aussi bien présente chez nous. La FEF, la Fédération des étudiants francophones, organise un rassemblement devant le siège du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles ce jeudi matin.

Chems Mabrouk, présidente de la FEF, était l’invitée de La Première pour faire le point sur cette question.

Par rapport à cette situation dramatique qui vient de se passer en France, pourrait-on voir de telles choses se dérouler chez nous ?

"On n’espère pas et on espère évidemment que cette situation et ce fait n’arrivent jamais. On apporte d’ailleurs tout notre soutien et toutes nos pensées vers les familles et les connaissances de cette personne. En tout cas, ce qui est très clair, c’est qu’aujourd’hui le gouvernement belge, français ou les gouvernements européens doivent prendre leurs responsabilités et mettre fin à cette précarité étudiante."

Vous allez vous rassembler ce jeudi matin à Bruxelles devant le siège du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Que demandez-vous exactement pour justement mettre fin à cette précarité ?

"Aujourd’hui, on revendique une diminution du coût des études. Une année d’études coûte entre 8000 et 12.000 euros, ce qui est extrêmement cher. On pense donc que le gouvernement doit diminuer ces coûts en réduisant les droits d’inscription et en remboursant le matériel de cours. Il est nécessaire de remettre des moyens dans l’enseignement supérieur à travers le refinancement, et il faut que ce refinancement soit fléché, c’est-à-dire qu’il faut que ce refinancement serve à diminuer le minerval, serve à rembourser le support de cours, serve aux infrastructures, serve à faire des aides à la réussite qui soient vraiment fortes. Tout ça, ce sont des choses qui doivent être mises en place pour éviter que les étudiants doivent jobber pour payer leurs études et galérer."

Le décret Paysage a souvent été pointé du doigt en disant qu’il aggrave la précarité des étudiants. Est-ce toujours le cas pour vous ?

"En tout cas, le décret Paysage a participé à allonger les études des étudiants et a parfois aussi augmenté le nombre d’étudiants non finançables. Il faut donc effectivement pouvoir aujourd’hui revoir ce décret. Après, il y a des causes structurelles à ce définancement. On est dans une enveloppe fermée depuis 1998, donc ça veut dire que l’enveloppe dédiée au budget de l’enseignement n’a pas augmenté malgré le fait que les étudiants sont de plus en plus à entrer dans l’enseignement supérieur. Et donc, évidemment, s’il n’y a pas de refinancement structurel et si on ne met pas assez de moyens, on en est à des moments où les plafonds s’écrasent sur la tête des étudiants."


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Les structures d’aides, telles que les bourses ou encore le soutien des CPAS, sont-elles encore suffisantes ?

"Ce sont effectivement des structures qui aident. De plus en plus d’étudiants se retournent vers les CPAS ou vers les bourses d’études. En revanche, à un moment donné, même ces structures vont commencer à être — et elles le sont déjà — complètement débordées, elles n’arrivent pas à pouvoir aider tous les étudiants. Donc, aujourd’hui, l’enseignement devient de plus en plus un privilège, et non plus un droit, et dans la société actuelle, ce n’est évidemment pas acceptable."

Les conditions d’accès aux bourses ne sont-elles pas un peu trop strictes désormais par rapport à l’évolution des situations financières des étudiants et/ou de leur famille ?

"Il faut impérativement augmenter l’enveloppe dédiée aux allocations d’études pour pouvoir relever les plafonds, et donc permettre à plus d’étudiants d’avoir accès à ces bourses. Il faut également permettre que les bourses soient plus élevées et refinancer absolument l’administration qui s’occupe des bourses et qui est débordée. On se retrouve alors avec des étudiants qui n’ont parfois pas de réponse avant avril de si oui ou non ils ont leurs bourses."

Vos demandes ne sont pas nouvelles. N’êtes-vous pas entendus, selon vous ?

"En mai dernier, on a rendu [une pétition avec 15.000 signatures] aux différents partis politiques à l’occasion des élections et il y avait notamment les mêmes revendications qu’on défend encore aujourd’hui. Il y a eu certains débuts d’avancées dans la déclaration de politique communautaire, mais ce qu’on remarque aujourd’hui, c’est que le gouvernement en place n’a toujours pas amorcé la réflexion pour réduire le coût des études, et c’est un problème. On demande donc à ce gouvernement d’en faire sa priorité, ou en tout cas à la ministre de l’Enseignement supérieur d’en faire sa priorité pour arriver à un décret qui pourrait réduire ce coût des études. À l’occasion du rassemblement, on rencontrera plusieurs ministres du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour leur exposer nos revendications et pour pouvoir débattre avec eux et voir si une solution peut être mise en place."

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