Pourquoi ne parvient-on pas à isoler une voix du bruit ambiant avant nos 10 ans?

Des chercheurs belges de l’ULB viennent de comprendre les mécanismes cérébraux qui expliquent que les enfants en-dessous de 10 ans perçoivent moins bien que les adultes le langage dans le brouhaha.

Dans cette classe de dernière maternelle de « l’École 13 » de Schaerbeek, on est très attentif au niveau sonore. Toute une série de petits trucs antibruit ont été mis en place. Quand il y a trop de bruit, madame « Isabelle » agite la marionnette « Gros boucan ». Et c’est une autre marionnette « Décibel » qui ramène le calme. Et… ça marche, tout le monde se tait.

« On s’est rendu compte que les enfants avaient, comme les adultes, une certaine capacité à extraire une voix d’intérêt lorsqu’il y a un contexte bruyant, explique Marc Vander Ghinst, ORL (Otho-Rhino-Laryngologue) à l’hôpital universitaire Erasme. Mais cette capacité est très limitée par rapport aux adultes. Donc dès que le niveau de bruit augmente, leur cerveau n’est plus capable d’isoler une voix, par exemple, celle du professeur dans une classe. »

Difficile de suivre la voix de son professeur dans le brouhaha

Avec Xavier De Tiège, Neurologue à l’UNI, Neuroscience Institute de l’ULB, ces chercheurs avaient déjà montré que, chez l’adulte, il y a un mécanisme bien précis dans notre cerveau qui permet de gérer ces situations. Mais chez l’enfant de moins de 10 ans, ce mécanisme cérébral ne serait pas encore à maturité.

Pour mieux comprendre, ces scientifiques ont donc équipé des enfants de 5 à 10 ans, comme Achille, 5 ans. On lui place des capteurs sur la tête, et avec un pointeur électronique, on dessine son visage en virtuel pour pouvoir identifier ensuite les régions du cerveau qui seront activées pendant l’expérience.

On conduit Achille au magnéto-encéphalographe, une machine qui enregistre l’activité magnétique de différentes zones du cerveau. Là, on va lui raconter l’histoire de la chèvre de Monsieur Seguin, d’abord sans bruit puis avec de plus en plus de brouhaha autour de la voix qui conte l’histoire. En sortant de la machine, Achille admet qu’il n’a pas tout compris à cause du bruit ambiant.

Un mécanisme cérébral qui évolue jusqu’à l’âge de 10 ans

« Le cerveau des enfants, dans le bruit, a des difficultés à suivre le rythme des syllabes, explique Xavier De Tiège. C’est une découverte inattendue pour nous, et cela démontre que le cerveau des enfants évolue pour arriver à l’âge de 10, 11 ans à pouvoir suivre la voix d’intérêt, comme le cerveau des adultes. »

Ces difficultés précoces de compréhension du langage dans le bruit ouvrent des perspectives de recherche sur des troubles de l’apprentissage comme la dyslexie, la dysphasie, la dyscalculie.

Des pistes pour des pathologies liées à l’apprentissage

À l’école de « La Vallée » de Schaerbeek, une école spéciale qui accueille justement ces enfants qui ont des troubles de l’apprentissage, tout dans le bâtiment a été conçu dès le départ pour limiter le bruit.

Christine Lejeune, une des institutrices a l’initiative du projet, le confirme : « Ces enfants sont plus sensibles aux perturbations sonores. Ils doivent entendre les mots corrects, les phrases correctes. Ils doivent se comprendre entre eux, ce qui réduit la violence verbale et la violence gestuelle ».

L’étude publiée ce lundi 11 février dans le « Journal of Neuroscience » met aussi en évidence l’importance d’adapter l’environnement des enfants (surtout à l’école) à leur capacité d’écoute dans le bruit.

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