Pourquoi pas une SCOP pour sauver Caterpillar?

Et si des ouvriers dirigeaient ensemble leur propre entreprise ? Le modèle existe depuis très longtemps en France, en Italie ou en Espagne sous le nom de SCOP. Des sociétés coopératives et participatives dans lesquelles les salariés sont toujours les associés majoritaires puisqu'ils détiennent au minimum 51% du capital de l'entreprise. C'est ensemble qu'ils prennent les grandes décisions lors d'assemblées générales durant lesquelles chaque coopérateur dispose d'une voix.

"C'est avant tout l'humain"

En France, on comptait en 2015, 2274 SCOP dont 375 dans le secteur industriel. A Marseille, nous sommes allés à la rencontre de l'une d'elle. Son nom: Scop-ti, une usine dans laquelle chaque minute, on produit plusieurs centaines de sachets de thé. Elle ressemble en apparence à n'importe quelle entreprise pourtant ici, on compte 58 patrons, les salariés de la société. "On a deux casquettes, la casquette de coopérateur et la casquette de salarié" raconte Nasserdine Aissaoui, l'un des techniciens très appliqué dans son travail. "Ici c'est avant tout l'humain et on est tous décisionnaires" ajoute Nadine Fiquet, la responsable qualité, l'une des doyennes de l’entreprise.

1336 jours de lutte pour sauver leurs emplois

Rien ne prédestinait pourtant cette entreprise à devenir un jour une SCOP. Jusqu'en 2010, elle produit le thé Lipton et les infusions de l'Eléphant. Elle appartient alors à Unilever, le géant de l'agroalimentaire. Cette année-là, le groupe décide de délocaliser sa production, notamment en Pologne, où la production d'une boite de thé coûte six centimes de moins. Mais les travailleurs ne comptent pas se laisser faire. Durant 1336 jours, près de quatre ans, 76 des 182 salariés se battent contre leur employeur afin de conserver leurs emplois. Ils font grève, manifestent, occupent l’usine 24h/24 et 7j/7. Ils vont même jusqu'à enlever des rayons des supermarchés, les produits appartenant à Unilver. "Je n'ai jamais douté ! On savait très bien que la lutte qu'on menait était légitime" affirme Olivier Leberquier, le délégué syndical de l'époque.

Leur lutte finira par payer. Les travailleurs obtiennent en 2014 la fin du conflit. Il en coûtera près de 20 millions d'euros à Unilever. 58 des ex-salariés décident alors d'investir une part dans l'entreprise. La SCOP est née.

En France, leur histoire ayant été très médiatisée, ils sont devenus le symbole d'une nouvelle lutte ouvrière qui se bat contre la désindustrialisation.

Qui dit SCOP, dit changement

La transformation en SCOP a modifié l'organisation. Certains ont changé de poste, comme Olivier, l'ancien syndicaliste. Il est devenu l'un des directeurs mais il a été élu par les coopérateurs. D'autres effectuent toujours le même travail mais différemment. Aujourd'hui, ils sont plus consciencieux sachant qu'ils seront les premiers à profiter des éventuels bénéfices. Ils n'hésitent pas à s'entraider. Ils communiquent entre eux et donnent leur avis sur ce qui va ou ne va pas.

Un modèle pour sauver Caterpillar ?

Cette SCOP marseillaise est un PME mais il existe en France notamment de bien plus grandes entreprises dans le secteur industriel. Acome, la plus importante et qui fabrique notamment de la fibre optique, emploie 1435 salariés, tous coopérateurs ou appelés à le devenir dans un délai maximum de trois ans après leur entrée dans la société. Alors pourquoi pas Caterpillar ? Le gouvernement wallon a adopté il y a quelques semaines un arrêté visant à aider les travailleurs dans ce genre de situation, à reprendre leur entreprise. Un budget de 6,5 millions d'euros a été débloqué.

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