Pourquoi parler de "féminicide" plutôt que de "drame passionnel" ou de "drame conjugal"?

Les faits se sont produits il y a deux jours : dans la commune de Plombières en province de Liège un homme a tué son ex-compagne et la mère de celle-ci. Aussitôt, le bourgmestre de la commune évoque, dans un communiqué publié sur Facebook, un "drame" relevant de la "sphère privée". Des termes repris par de nombreux médias. Des voix se font entendre dans la foulée pour que soit employé de préférence le terme "féminicide".  En clair : le meurtre d'une femme parce qu’elle est une femme. Un terme que certaines associations voudraient voir émerger davantage dans la sphère publique.

"En parlant de féminicide, on met le doigt sur une réalité qui existe, explique Céline Caudron, coordinatrice à Vie Féminine. Et si on fait exister cette réalité, on peut effectivement la combattre. C'est ça qui est le plus important pour nous : de dire qu'il ne s'agit pas de faits divers ou d'accident. Il s'agit vraiment d'un phénomène social sur lequel on a une responsabilité collective."

"Rapports de pouvoirs"

Pour Céline Caudron, les faits survenus à Plombières ce mercredi ne relèvent pas d'"histoires privées". Et d'ajouter : "Il s'agit vraiment de faits qui se répètent toujours sur le même scénario parce que c'est une manifestation des rapports de pouvoirs entre hommes et femmes qui se traduisent après au niveau privé."

Depuis le début de l’année Vie Féminine a dénombré 25 féminicides ou fémicides (voir la carte interactive ci-dessous pour davantage de détails). Elle revendique également que le caractère sexiste des violences conjugales soit pris en compte au sein des tribunaux. 

"Il y a vraiment beaucoup de travail à faire pour prendre conscience des réalités qu'on vit en tant que femme et des conséquences des décisions en justice. Ça se traduit dans plein de domaines, par exemple dans l'attribution de la garde des enfants quand il y a une séparation en cas de violence conjugale, on prend très peu en compte les violences conjugales donc ça a des conséquences dramatiques pour les femmes et pour les enfants", conclut Céline Caudron.

Pas inscrit dans le code pénal

En Belgique, le terme féminicide n’est pas inscrit dans le code pénal comme c’est le cas en Espagne ou en Italie. Mais le meurtre dont le mobile est le sexe de la victime est considéré comme une circonstance aggravante. 

"Ce sont des éléments qui vont être discutés, rappelle Damien Vandermeersch, professeur de droit pénal à l'UCL. Il y a souvent le constat dans beaucoup de dossiers qu'une problématique existait déjà (...), que certains hommes ont une conception très particulière de leur relation avec la femme. Ils ont des 'droits' sur la femme, alors que ça n'a rien à voir avec le droit, au contraire, c'est une relation de domination."

La plupart des meurtres qualifiés de féminicides découlent de violences au sein du couple. En Belgique des outils émergent pour protéger les victimes. Une loi permet notamment l’éloignement du conjoint violent du domicile pendant dix jours. Le temps pour la victime de préparer un départ ou se réfugier dans une maison d’accueil.  

Carte des féminicides en Belgique en août 2018

Voir en plein écran

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK