'Pourquoi nous détestent-ils, nous les juifs?': les fractures qui attaquent la société française

'Pourquoi nous détestent-ils, nous les juifs?': les fractures qui attaquent la société française
'Pourquoi nous détestent-ils, nous les juifs?': les fractures qui attaquent la société française - © ERIC FEFERBERG - AFP

Plusieurs milliers de personnes ont défilé dans les rues de Paris ce mercredi pour rendre hommage à Mireille Knoll, octogénaire juive victime d'un assassinat antisémite. Le meurtre de cette rescapée de la rafle du Vél d'Hiv a ému au delà des frontières françaises. Ce jeudi soir, La Une bouscule sa programmation afin de proposer un documentaire en lien avec cette actualité.

À 22h25, vous pourrez découvrir le premier volet d'une série française qui analyse les fractures identitaires et sociétales dans la société française avec humour et didactisme. Le premier volet s'intitule " Pourquoi nous détestent-ils, nous les juifs ? ".  Alexandre Amiel a conçu ce reportage, il le présentait ce matin au micro de La Première. 

Pourquoi avez-vous voulu faire ce film ? 

"Juste après les attentats de janvier 2015 de l'Hyper Casher et de Charlie Hebdo, mon fils est rentré de l'école et est venu me dire: " Papa, pourquoi est-ce qu'ils nous détestent ? " Alors, je lui ai dit : " personne ne nous déteste. " Et il me dit : " si papa, les gens détestent les Juifs. " Alors, je lui dis : " les gens ne détestent pas spécialement les Juifs ". Il me dit : " tu ne regardes pas la télé ? Coulibaly, Merah, viens, on va vivre à Londres ! ". Et là je me suis dit qu'il fallait peut-être que je lui raconte d'autres choses. C'est là-dessus que j'ai voulu m'interroger, moi qui n'étais pas spécialement ni communautaire et encore moins communautariste et qui me suis toujours senti Français. Je me sentais Juif, mais je me sentais aussi Français, supporter du PSG et plein d'autres choses encore. Je me suis dit qu'il fallait raconter quelque chose."

Quels sont les ressorts de l'antisémitisme aujourd'hui ?

"Ces ressorts sont évidemment multiples. J'ai posé la question " pourquoi nous détestent-ils ? " dans le film - puisque c'est ce que mon fils m'a dit - mais dans le film, bien que je déconstruise tout cet antisémitisme, je ne voulais surtout pas y répondre. Y répondre serait justifier cet antisémitisme et lui trouver une raison rationnelle. Or, de cette enquête, il résulte que ce sont plus des peurs qui s'agitent que des raisons objectives. "

Dans la démarche, d'autres reportages vont être diffusés. Vous ne vous êtes pas arrêté à l'antisémitisme, il y a aussi d'autres rejets : contre les Noirs, les Arabes, les femmes, les homosexuels, les pauvres. Ça dit quoi de la nature humaine ?

"Pour moi je n'ai pas fait de film sur l'antisémitisme, le racisme, anti-noirs, anti-Arabes ou anti-homosexuels, j'ai raconté un peu la France. On a raconté toutes les fractures qui aujourd'hui attaquent la société française. Et on aurait pu faire ce même travail en Belgique. Cette histoire est universelle. Les trois premiers films racontent les factures identitaires et les trois suivants racontent les fractures sociétales. Ce qui est intéressant dans la démarche initiale, c'est que des films qui dénoncent le racisme font en général l'effet inverse de celui escompté. C'est-à-dire que ce sont soit des films militants et finalement ça ne convainc que des convaincus, soit ce sont des films de 'sachants' qui racontent les fondements de la métaphysique du racisme."

"Dans les deux cas, ça ne fait pas bouger une opinion. Mon calcul était de me dire que si on prend des gens qui ne sont pas spécialement concernés à la base par l'antisémitisme, le racisme ou l'homophobie, et qu'on mêle l'intime de nos histoires personnelles à la grande histoire, peut-être que les gens pourront se sentir un peu plus concernés."

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