Pourquoi mettre en garde contre l'utilisation du cannabis à usage médical?

Pourquoi mettre en garde contre l'utilisation du cannabis à usage médical?
Pourquoi mettre en garde contre l'utilisation du cannabis à usage médical? - © MIGUEL MEDINA - AFP

Trois associations mettent en garde ce vendredi contre l’utilisation du cannabis à des fins médicales. Selon la Société belge de la douleur (BPS), l’Association anesthésiologique flamande pour le traitement de la douleur (VAVP) et le Groupe Régional Interdisciplinaire pour la Douleur (GRID), il n’y a actuellement pas d’études qui prouvent que le cannabis a un effet réel sur la douleur.

"Selon ce que l’on sait, c’est que les effets positifs sont actuellement extrêmement faibles : une personne sur 24 a des effets positifs et sur ces 24 personnes, quatre auront des effets négatifs", précise Bruno Leroy, président du GRID. Pour que ce soit acceptable, il faudrait qu’une personne sur trois ou une personne sur six ait des effets positifs. Ce qui est le cas pour les médicaments actuellement utilisés contre la douleur et qui peuvent aussi avoir des effets négatifs comme le cannabis.

"Le cannabis n’est pas la solution à la douleur chronique"

Ce médecin en médecine physique et neuropsychiatre, tient également à signaler que l’utilisation du cannabis, avec ses effets psychotropes (celui qui contient du THC), n’est pas sans risques : dépendance, psychose, risque accru de dépression et de suicide chez les jeunes adultes, problèmes gastro-intestinaux et somnolence. "La dépendance au cannabis est plus importante que la morphine", ajoute-t-il.

Il est donc important pour lui de lutter contre certaines croyances : "Pour douleurs chroniques, les gens pensent que le cannabis est la solution. Or, ce n’est pas vrai. La solution de la douleur chronique est beaucoup plus complexe que dans une prise de médicaments".

Quid du CBD, le cannabis sans psychotrope ?

Bruno Leroy et ses confrères ne sont pas pour autant opposés au cannabis, du moins au CBD (cannabidiol), le cannabis sans psychotrope (sans THC) : "On n’est pas opposé à cette utilisation s’il y a un effet. Je ne vais pas conseiller un médicament qui ne donne pas d’effet. Actuellement, il n’y a pas d’études qui montrent qu’il y a un gros effet sur la douleur".

"Nous pensons que c’est le CBD qui pourra donner des résultats parce qu’il y a beaucoup moins de risques de dépendance qu’avec le THC. C’est donc dans cette voie là qu’il faudra chercher", ajoute-t-il.

"Il ne faut pas imaginer qu’un seul médicament peut régler tout le problème, qui est complexe, de la douleur chronique. Ça, c’est une utopie et c’est pour ça qu’en Belgique, on a des centres multidisciplinaires qui ont été créés par le gouvernement. C’est-à-dire que la prise en charge doit être globale. Et d’autre part, il ne faut pas plonger sur le cannabis comme étant la chose qui va vous sauver. Actuellement, on a plus d’effets comme quoi ça donnera des effets secondaires que des effets qui seront intéressants contre la douleur".

Mais il nuance : "Je parle ici que de la douleur. Je ne me permets pas de parler sur le côté neurologique avec les spasmes musculaires qui sont bien étayés de ce côté-là. Il y a eu beaucoup de preuves d’effets ; comme également sur l’anxiété cela a été démontré et l’épilepsie réfractaire". Dans ces cas de figure, le cannabis "donne de bons résultats".

Précisons d’ailleurs que le cannabidiol est déjà enregistré comme médicament antiépileptique aux Etats-Unis et que la procédure est en cours pour l’Union européenne.

 

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