Pourquoi les poules n'ont-elles pas de dents?

"Quand les poules auront des dents", c'est une expression bien connue pour signifier "ça n'arrivera jamais". Et pourtant, il fut un temps, où les poules avaient des dents. C’est au fil de l’évolution que les descendants de dinosaures ont perdu leurs dentition. Mais pourquoi ? C'est une grande question sur laquelle travaillent de nombreux scientifiques depuis des années, et des chercheurs avancent aujourd'hui une nouvelle hypothèse. 

 

Pour expliquer cette évolution, deux hypothèses principales ont été émises jusqu'ici : pour certains chercheurs, les dents des gallinacés ont disparu pour alléger le poids de la tête de la poule et ainsi faciliter le vol; pour d'autres, la raison de cette disparition est en lien avec leur régime alimentaire : un bec étant plus pratique pour saisir certains types de nourriture, des vers, des graines, etc. 

Mais dans les deux cas, les hypothèses ne sont pas totalement confirmées. La première est plausible, mais certains dinosaures ailés et d'autres oiseaux par après avaient des dents pointues, ce qui remet en question cette piste. Pour la deuxième, il a aussi été observé que certains dinosaures carnivores avaient également abandonné leurs dents en faveur d'un bec pointu, ce qui est du coup un peu contradictoire par rapport à cette piste. 

 

Adieu les dents pour accélérer l'éclosion des œufs

C'est la nouvelle hypothèse qui est avancée aujourd'hui par les chercheurs : celle des œufs. 
Aujourd’hui les oiseaux modernes éclosent après quelques semaines, même quelques jours. Au temps des dinosaures c'était bien différent. Il fallait attendre plusieurs mois (entre 3 et 6) et ce, à cause des dents. Le développement des dents prenait environ 60% du temps d’incubation. L’embryon devait en quelque sorte attendre dans l’œuf que la fabrication des dents soit terminée pour sortir, or les œufs sont des proies de choix pour les prédateurs. Donc plus l’œuf éclot rapidement, plus les chances de survie de l’animal augmentent.
Les scientifiques concèdent néanmoins que leur hypothèse n’est pas compatible avec l’absence de dents chez les tortues, qui ont encore aujourd’hui une longue période d’incubation.


Donc il semble que ce ne soit pas une hypothèse qu’il faut garder mais plusieurs. Une chose est sûre, tout développement qui profite à l’espèce est gardé.

"Il y a un moment donné où un individu, ou un groupe d'individus, va avoir une mutation. Si la formule est gagnante, il va y avoir plus de jeunes et chez les descendants le gènes va se transmettre beaucoup plus, jusqu'à remplacer tous les autres. Si la perte de dents avait provoqué des problèmes par la suite,  il est certain que le trait par la suite aurait été supprimé très vite car les individus n’auraient pas survécu ou bien ils n'y aurait pas eu assez de jeunes", explique Anne Weiserbs, biologiste chez Natagora.

 

Le principe de la sélection naturelle 

Il y a eu d’autres étapes dans l’évolution des oiseaux, notamment concernant leur vol : leurs os sont devenus poreux pour être plus légers, leur cage thoracique s'est soudée, on ne parle pas de poumons mais de sacs aériens, et puis leur évolution s’est aussi modifiée avec leur environnement. Un exemple : le colibri avec son long bec très fin qui lui permet de puiser le nectar de fleurs particulières. "C'est de la co-évolution dans ce cas-là. On a une plante qui va se développer en parallèle avec une espèce, et elle va avoir une fleur tout à fait en accord avec la forme du bec du colibri. Pour cette espèce-là, il n'y a que lui qui a accès à cette ressource, donc c'est très bénéfique, mais si la ressource disparaît c'est catastrophique évidemment", insiste Anne Weiserbs.   
Cette co-évolution se fait sur des milliers d’années, et c’est justement le problème du réchauffement climatique : les changements opérés sont trop rapides et ne laissent pas à l’espèce le temps de s’adapter.

 
Pour ce qui est des poules à l'heure qu'il est,  l'expression "quand les poules auront des dents" peut encore être utilisée car elles ne sont pas prêtes à en avoir. 

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