Pourquoi les élèves wallons choisissent-ils moins le néerlandais comme 1re langue étrangère?

Le néerlandais n'a pas toujours la cote auprès des élèves, mais ce n'est pas une fatalité.
Le néerlandais n'a pas toujours la cote auprès des élèves, mais ce n'est pas une fatalité. - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Les statistiques de la Fédération Wallonie-Bruxelles sont parlantes : le nombre d'élèves wallons en première secondaire à choisir le néerlandais comme première langue étrangère ne cesse de diminuer. D'où vient cette tendance et est-elle irréversible ?

Les différentes régions du pays ne sont pas égales dans le choix de la première langue étrangère. En Flandre, les étudiants doivent prendre le français comme première langue étrangère. À Bruxelles, c’est l’inverse : les élèves inscrits dans un établissement francophone doivent opter pour le néerlandais. Les élèves wallons ont quant à eux le choix entre l’anglais, le néerlandais ou l’allemand.

Et la liberté de choix a des conséquences en Wallonie. En 2005, près d'un élève wallon sur deux apprenait d'abord le néerlandais en première secondaire. Douze ans plus tard, ce chiffre a baissé de 13 %. Le 1er octobre 2017, un peu plus d'un Wallon sur trois ont opté pour la langue de Vondel.

École en immersion, la solution ?

La diminution du nombre d’étudiants en 1ère année secondaire qui ont le néerlandais comme première langue n’est pas forcément synonyme d’un manque d’intérêt. Le phénomène des écoles d’immersion en est un exemple. Ce type d’établissement a fait son apparition en Wallonie durant l’année scolaire 1999-2000. Un peu moins de 20 ans plus tard, la Wallonie en compte 178. Les étudiants peuvent par exemple y suivre les cours de géographie ou d’histoire dans une langue étrangère. Dans ces écoles d’immersion, plus de 70 % des élèves optent pour le néerlandais, contre 26 % pour l’anglais.

Bien que le nombre d’école d’immersion augmente, ce type d’enseignement reste minoritaire en Belgique francophone. "Si le néerlandais est clairement plébiscité dans le cadre de l'immersion, il est aussi totalement illusoire d'imaginer qu'il suffirait de généraliser ce type d'enseignement pour booster l'apprentissage du néerlandais. L’augmentation des effectifs ne compense donc pas quantitativement le déclin du néerlandais dans l’enseignement ordinaire", explique Eloy Romero-Muñoz, chercheur en didactique des langues.

Responsabilité partagée

Selon le linguiste, il ne faudrait pas toujours rejeter la faute sur les élèves, les enseignants auraient aussi leur part de responsabilité dans cette évolution : "Dans l’enseignement, on part du principe que la motivation vient de l’élève, mais je ne suis pas convaincu que le professeur de néerlandais aime donner cours. On remarque aussi trop souvent des enseignants qui connaissent peu ou mal la culture néerlandophone au-delà de quelques références datées."

Il regrette également qu’il soit encore possible à l’heure actuelle qu’un futur professeur de langues obtienne un diplôme sans avoir passé une minute dans une région où le néerlandais est parlé.

Prophétie autoréalisatrice

Pour Martin Verbeke, professeur de langues germaniques à l’athénée de Ciney, il est important de convaincre les parents à choisir le néerlandais pour leurs enfants. "Mais l’engouement général est en faveur de l’anglais. Certaines familles manifestent une sorte de révulsion pour le néerlandais. Il trouve cette langue difficile et laide", constate-t-il.

Eloy Romero-Muñoz confirme : "Le néerlandais pâtit d’attitudes négatives : on dit que c’est laid, c’est la langue de Theo Francken ou de Bart De Wever. On l’apprend aussi parce qu’on est obligé de le faire pour trouver un emploi."

Les médias jouent un rôle dans cette perception négative du néerlandais, selon le chercheur. Il estime que la presse a fait de gros dégâts en répétant que le néerlandais n’intéresse pas les Wallons : "Il y a doxa médiatique et le problème est entretenu par ce discours. Le simple fait de le dire, cela devient la vérité, c’est une prophétie autoréalisatrice."

Pas irréversible

Cette évolution n’est cependant pas irréversible. En région bruxelloise, on constate par exemple un afflux de francophones dans les écoles flamandes. Pour Eloy Romero-Muñoz, le choix d’apprendre une langue relève de l’affect : "Les attitudes sont capitales. Le néerlandais ne dérange pas a priori. On associe une langue à des émotions. Si vous tombez amoureux d’une Japonaise, vous allez être enclin à apprendre cette langue même si elle est compliquée."

Martin Verbeke est pour sa part convaincu de l’importance du néerlandais. Il plaide en faveur de la mise en place de projets entre la Wallonie et la Flandre et d’échanges culturels en primaire. Il estime aussi que l’accès à des outils ludiques en néerlandais doit être amélioré.

Il conclut : "J’ai l’impression que le néerlandais a l’air ennuyeux au début. Mais quand tu commences à le pratiquer, tu te rends compte que c’est gai. Et puis, apprendre l’anglais après le néerlandais, c’est plus facile."

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