Pourquoi les contaminations ont explosé aux Pays-Bas, en France, en Espagne, et pas chez nous: à cause des nightclubs?

L’épidémie de coronavirus continue à progresser en Belgique. C’était attendu avec la propagation d’un variant delta encore plus contagieux que le précédent, et des rassemblements un peu plus nombreux. Si les chiffres sont quasiment tous en augmentation, ils sont toutefois loin d’exploser comme c’est ou ça a été le cas chez de nombreux voisins (Royaume-Uni, Pays-Bas, , France, Espagne, Portugal…) : la hausse des cas, qui a culminé à +85% la semaine dernière se stabilise à un niveau proche de la hausse des tests (+20% pour les cas, + 16% pour les tests).

A l’inverse, le nombre de cas a connu des hausses sur une semaine de 160% en Espagne, 200% en France, et plus de 500% aux Pays-Bas : comment expliquer que ce phénomène ne se soit pas reproduit chez nous ? Une des hypothèses retenues par les autorités et certains experts est celle de l’ouverture des boîtes de nuit.

"On sait où l’on se contamine. Le pic aux Pays-Bas et en Allemagne du Nord, c’est lié aux boîtes de nuit. Les clusters sont venus de là" a ainsi exprimé jeudi le président du Conseil scientifique français Jean-François Delfraissy devant la commission des lois du Sénat. Et un examen attentif de la chronologie tendrait à lui donner raison :

On le voit sur ces différents graphiques : dans chacun de ces pays, le nombre de cas a commencé à exploser une semaine environ après la réouverture des discothèques. Et le lien n’est pas que chronologique : des foyers ont rapidement été identifiés dans chacun des pays.


Lire aussi : 180 personnes infectées sur 600 présentes dans une discothèque aux Pays-Bas : lieu super-contaminateur, non-respect des règles ou fraudes au QR-Code ?


 

  • Espagne : en Catalogne, des foyers géants ont été détectés peu après la réouverture officielle des boîtes de nuit le 21 juin. En Catalogne, le nombre de cas a même dépassé celui des précédentes vagues ! Mais les événements les plus super-contaminateurs ont sans doute eu lieu lors de "semaines de fête" entre étudiants aux Baléares, où elles avaient déjà pu rouvrir un peu avant. La promiscuité (avec non-port du masque) qui a suivi ces événements super-contaminateurs a sans doute contribué à cette propagation.
  • France : Une semaine après la réouverture des boîtes de nuit le 9 juillet, un cluster était identifié après une soirée organisée vendredi 9 juillet au Hangar FL à Bordeaux. Au moins 81 participants à la fête ont été testés positifs. Les conditions d’accès sont pourtant plus strictes en France (taux d’occupation limité, tests ou vaccin nécessaire) mais n’ont visiblement pas suffi. Les deux derniers foyers ont été identifiés dans l’est de la France entre le 13 et le 17 juillet, l’un au Discopolis de Charmes (Vosges) – 44 personnes identifiées et 1000 cas contacts potentiels -, l’autre à Mathay (Doubs) – 85 personnes testées positives. Après ces cas, le président du syndicat Umih Nuit, Thierry Fontaine, s’est dit favorable, vendredi auprès de l’AFP, à un durcissement des règles sanitaires, estimant que des tests PCR ou antigéniques de moins de 12 heures pourraient être exigés à l’entrée, au lieu du délai de 48 heures actuellement prévu.  Et ce samedi, on apprenait que 78 "cas de covid" ont été "identifiés" parmi des personnes ayant fréquenté une discothèque du centre-ville de Lille autour du 14 juillet, selon le "contact tracing" effectué par les autorités sanitaires françaises.

A noter que depuis, la Catalogne et les Pays-Bas ont déjà refermé les boîtes de nuit. Une piste envisagée par la France également.

Les événements supercontaminateurs

Il peut paraître injuste de lier de telles explosion de cas aux seules discothèques. Mais il est difficile d'expliquer de telles explosions de cas sans envisager l'existence d'événements dit "supercontaminateurs".

Nicolas Dauby, infectiologue, les décrivait comme ceci en juillet dernier: ""Il faut une conjonction de différents facteurs: il y a celui de l’individu, un individu asymptomatique va être à l’origine de la contamination de dizaines d’autres. Pour des raisons liées à son immunité, à sa génétique, il ne présente pas de symptômes. Il faut que ce soit un environnement fermé, avec une grande promiscuité, et il faut qu’il y ait des actes de transmission (comme la parole, le chant, le toucher…). Ce sont donc surtout des événements super-contaminateurs, mais on sait que des individus vont excréter beaucoup de virus et ne pas être malades, et que s’ils sont en contact avec des dizaines de personnes dans des endroits fermés, il y a un risque de super dissémination."

Inutile de dire qu'une soirée en discothèque où justement on se relâche après des mois "d’abstinence", c’est un lieu fermé, beaucoup de promiscuité, des gens obligés de parler fort à cause de la musique, rassemblés pendant une assez longue durée… tous les éléments réunis pour ce type d’événement super-contaminateur.

"Si vous regardez les données des Pays-Bas, il est assez clair que c’est ce milieu des boîtes de nuit qui a alimenté ce taux d’infection, a déclaré Lawrence Young, virologue à la Warwick Medical School à CNBC Il est clair que l’ouverture, comme ils l’ont fait, en particulier de la vie nocturne, a été un véritable moteur de niveaux massifs d’infection. Ils ont vu une multiplication par huit  en une semaine et la plupart concernent les 18-29 ans".

Les contre-exemples hongrois et anglais

Alors y a-t-il corrélation entre ouverture des discothèques et explosion des cas, l’une menant nécessairement et uniquement à l’autre ?

Non, deux contre-exemples le montrent :

Au Royaume-Uni, la hausse exponentielle des cas est bien antérieure à la réouverture des discothèques, qui vient seulement d’être mise en place lors du "freedom day" ce 19 juillet. Mais d’une part le variant delta y est devenu majoritaire alors que toutes les écoles, importants lieux de propagation au sein d’une population non-vacciné, et d’autre part, d’autres événements ont pu jouer les "super-contaminateurs", en particulier les matches de l’Euro 2020 de football. Plusieurs centaines de cas ont en effet été détectés chez des spectateurs de matches de l’Euro, notamment des Écossais de retour de Londres.

  • En Hongrie, c’est l’exemple inverse : toutes les discothèques sont rouvertes début mai, sans que cela ait de conséquences visibles sur la propagation du virus. Mais il faut apporter deux précisions importantes. D’une part, les réouvertures en mai ont été encadrées par des contrôles sanitaires, non seulement pour les night-clubs mais aussi pour les cafés, restaurants, théâtres, etc. D’autre part, le pays a connu en mars une troisième vague très violente, la plus importante de toutes en Hongrie, bien plus élevée que ce qu’on a connu chez nous par exemple. On peut donc imaginer que l’immunité naturelle suite à l’infection y reste assez importante.

On ne pourra jamais ouvrir les nightclubs alors?

Même si l'hypothèse de l'ouverture des nightclubs est validée dans l'explication de ces explosions de cas, il a fallu un autre élément pour permettre cette propagation: c'est qu'une très grosse partie de leur clientèle n'est pas encore complètement vaccinée. Une vaccination qui est souvent en cours ou qui vient juste de se terminer. Au fur et à mesure que cette tranche des 18 35 ans sera complètement vaccinée, l'ouverture deviendra de moins en moins risquée.

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