Pourquoi le documentaire "Hold-Up" est-il complotiste ?

Vous avez peut-être entendu parler de documentaire "Hold-up ", accusé de complotisme. Ce documentaire défend l’idée que le coronavirus est fabriqué par l’homme. Il s’agit d’un documentaire de 2h50 réalisé par un français, Pierre Barnérias, un ancien journaliste. Il a notamment fait un film sur l’expérience de la mort imminente. Il y a quelques mois, il a organisé un crowdfunding et levé près de 200.000 euros pour produire "Hold-up". L’objectif est de dénoncer la gestion de la crise du Covid-19. Au fur et à mesure, il dévoile un soi-disant complot mondial. La pandémie du coronavirus aurait été fabriquée ou, en tout cas, exagérée par les élites mondiales pour contrôler l’humanité. Il existerait un grand plan secret où tout est relié : l’apparition du coronavirus, le développement de la 5G, les lobbys pharmaceutiques et les grandes fortunes, comme Bill Gates.

L’émission CFFD a interrogé Marie Peltier, essayiste, professeure d’histoire à l’Institut supérieur de pédagogie Galilée à Bruxelles et Vincent Yzerbyt, professeur de psychologie sociale à l’UCLouvain.

"Hold-up" est-il un documentaire conspirationniste ?

Marie Peltier, professeure d’histoire à l’Institut supérieur de pédagogie Galilée : "C’est une agrégation de plusieurs théories du complot. La force de ce documentaire c’est une forme de synthèse. Il brasse toutes sortes de théories, pas spécialement liées à la pandémie, elles sont parfois plus anciennes. C’est comme un package sémantique. Il rassemble toutes sortes d’obsessions, c’est-à-dire, la 5G, les vaccins, les lobbys pharmaceutiques, la finance. Il offre un logiciel explicatif simple sur base de tous ces éléments. Le but principal de ce documentaire c’est mettre le doute. Tout est bon à prendre si cela permet de mettre en doute la parole du système."

Pourquoi des personnes adhèrent-elles aux théories du complot ?

Vincent Yzerbyt, professeur de psychologie sociale à l’UCLouvain : "Sur le plan psychologique, il y a énormément de motivation pour adhérer aux théories du complot. La motivation elle est du côté des gens qui croient savoir ; en ayant peu d’information. L’information est souvent génératrice d’une certaine humilité. Quand vous commencez à savoir un certain nombre de choses, vous vous rendez compte, qu’en réalité, vous avez encore beaucoup de choses à savoir et cela amène la prudence. Or la prudence n’est pas du côté de ces personnes. Il y a une conviction forte qui habite ces personnes. "

Le documentaire utilise les codes du journaliste d’investigation, notamment la mise en scène des interviews, la musique, le ton de la voix off.

Les médias doivent-ils s’interroger sur leur manière de travailler ?

Marie Pelletier : "Il faut se poser des questions sur la manière de faire du journalisme. Il y a un journalisme d’investigation qui s’est développé ces dernières années qui, personnellement, me fait beaucoup penser à la rhétorique conspirationniste. Il part postulat qu’on nous cache des choses et que le rôle du journaliste c’est de découvrir la vérité cachée. Quand le journaliste entre dans ce rôle-là, il entre dans une logique qui est très similaire à la logique conspirationniste. En plus, il se pare d’une figure héroïque qui est aussi très similaire à la logique conspirationniste où l’on retrouve l’idée du héros qui va chercher la vérité. Mais est ce que la vérité est forcément toujours cachée ? Est-ce que le journaliste doit aller chercher des fuites d’informations ou doit-il expliquer le monde tout simplement ? La vérité n’est parfois pas très sexy et très crue."

Vincent Yzerbyt : "Effectivement la vérité est parfois simplement crue. Le fait de vouloir mettre une intention derrière toutes les choses qui se passent dans le monde est quelque chose qui caractérise notre époque. On est stupéfaits, en tant que scientifiques, de constater que le citoyen n’a que peu de tolérance pour le hasard, pour le fruit des circonstances, pour quelque chose qui se passe pour quelque chose et qui ne s’explique pas. Il n’y a pas nécessairement une intention malveillante derrière tout cela."

Retrouvez Ce Qui Fait Débat, chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois.

 

 

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