Cours de français: le confinement peut avoir des conséquences importantes pour les étudiants réfugiés 

Etudier à distance n'a pas été facile pour ces étudiants réfugiés qui pourraient perdre une année.
Etudier à distance n'a pas été facile pour ces étudiants réfugiés qui pourraient perdre une année. - © C.Biourge - RTBF

À partir de ce lundi 8 juin, une majorité d’élèves de maternelle et de primaire devraient reprendre le chemin de l’école plus régulièrement. Ce qui n’est pas le cas pour les autres élèves parmi lesquels les étudiants réfugiés dont on n’entend quasiment jamais parler.

Avant de se retrouver confinés, certains parmi eux, suivaient des cours de français. Des cours sur lesquels ils comptent beaucoup pour réussir l’examen qui leur permet d’obtenir une attestation de niveau B2. Un papier qui certifie qu’ils ont une maîtrise du français suffisante pour se débrouiller seul. Un sésame obligatoire pour que ces étudiants réfugiés puissent s’inscrire à la haute école ou se faire engager dans leur domaine de formation entamé dans leur pays d’origine.

Ceux que nous avons rencontrés suivaient des cours de français langue étrangère à l’UNamur, l’université de Namur. Depuis le 17 mars (date du dernier cours), ils n’avaient plus revu leur formatrice. Grâce au déconfinement, une moitié d’entre eux (7 sur les 14 élèves) a pu se réunir dans un parc, situé près de la gare de Namur. Des retrouvailles un peu improvisées pour leur annoncer la bonne nouvelle : l’examen va pouvoir être organisé et ils vont tous pouvoir le passer.

La vie sans action, c’est comme une fleur sans eau

La plupart sont des Palestiniens ou des Syriens. Certains sont demandeurs d’asile, d’autres ont déjà obtenu leur statut de réfugié. Une autre vient encore d’Albanie.

Soulagés de pouvoir enfin se revoir, ils sont unanimes pour dire que ces semaines ont été un vrai calvaire : "Cette pandémie, c’est quelque chose de très très grave pour tous les gens. Mais pour nous, c’est plus grave d’être confinés !", confie Lorela, une Albanaise de 23 ans qui aimerait pouvoir commencer son master en relation internationale dès septembre prochain.

"La vie sans action, c’est comme une fleur sans eau", nous lance pour sa part Feras, un Syrien de 42 ans qui a travaillé comme chimiste pendant 15 ans dans son pays.

"Les cours à distance, ce n’est pas la même chose"

Suivre les cours à distance n’a pas été simple non plus. Surtout pour ceux qui vivent dans un centre d’accueil comme Sara, une Palestinienne de 22 ans : "On a eu beaucoup de difficultés techniques et la connexion internet au centre était vraiment mauvaise". Au point qu’elle a dû opter pour un abonnement data à 40 euros par mois. Un montant énorme quand on reçoit 7 euros par semaine pour subvenir à ses besoins. Mais Sarah est prête à tout pour pouvoir continuer ses études de traduction qu’elle a commencées au Liban.

Pour Abdullah, 57 ans, c’est l’utilisation même des nouvelles technologies qui a été un frein. Cet ingénieur civil Syrien n’avait pas son ordinateur et de toute façon n’avait pas l’habitude de travailler avec : "En Syrie, j’avais un assistant qui mettait mes études sur ordinateur à ma place".

Même pour Hamid, ça a été compliqué. Ce Palestinien de 32 ans, originaire de la Bande de Gaza, a pourtant son bachelier en informatique : "Quand la crise a commencé, tous les magasins d’informatique étaient fermés ! Or, c’est presque impossible de suivre des cours pendant 2-3 heures sur son GSM. C’est fatigant pour les yeux, pour le corps".

Mahmoud, lui, a un ordinateur. Ce Palestinien de 30 ans est diplômé en montage vidéo. Mais pour lui les cours à distance, ce n’est pas la même chose : "Dans la classe, il y a l’ambiance. Quand je fais une erreur, le prof me corrige tout de suite. Cela permet aussi de discuter d’autres choses. Pendant les pauses, on essaie de continuer à parler français entre nous. Et tout cela, m’aide beaucoup. Ce qui n’est pas le cas avec l’ordinateur".

Faute d’avoir pu pratiquer, ils ont majoritairement peur d’avoir oublié ce qu’ils avaient appris avant le confinement. C’est le cas de Feras, un Syrien de 42 ans qui a travaillé comme chimiste pendant 15 ans dans son pays. Reclus, seul dans son petit studio, il n’a plus eu beaucoup d’occasions d’exercer son français, au contraire : "Avec mes amis, on apprend ensemble. Ici, il n’y avait plus d’interaction. J’ai aussi souvent appelé mes parents et le reste de ma famille en Syrie. Du coup, j’ai parlé tout le temps arabe et plus le français".

Le risque de perdre un an avec ses conséquences…

De son côté leur formatrice de l’UNamur, Leila Derrouich, croit en leur capacité de réussite et insiste pour qu’il passe l’examen même s’ils pensent que cela ne va pas aller : "De toute façon s’ils ne réussissent pas cet examen, c’est une façon au moins de s’auto-évaluer, de voir qu’elles sont les acquis qu’ils ont perdus ou ce qu’ils ont maintenu".

En attendant, elle compte encore pouvoir les préparer en leur faisant passer un test blanc par internet et en leur donnant un modèle de l’examen de niveau B2.

Malgré tout, rater cet examen serait pour ces étudiants réfugiés, une année de perdue… Et financièrement, cela risque d’être très difficile…

"Moi, cela fait deux ans que j’étudie le français pour avoir ce papier. Donc, c’est très important pour moi de le réussir", explique Feras.

Même sentiment pour Abdullah : "Moi, j’ai déjà fait des stages en Belgique. Mais comme je n’avais pas ce papier, ils n’ont pas voulu m’engager…".

"Si je rate cet examen, je vais devoir chercher un travail pendant un an pour pouvoir subvenir à mes besoins et j’ai peur qu’avec le temps, je perde la motivation. Car vous savez le temps, on change d’avis. Là je suis prêt à reprendre des études. Dans un an, je ne sais pas si j’en aurai encore le courage", ajoute Hamid.

Reste que leur formatrice a promis qu’elle allait essayer de leur organiser une deuxième session au cas où l’un d’entre eux raterait l’examen. Pas sûr que cela suffît à les rassurer…

 

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