Pourquoi le 8 mai n’est plus férié en Belgique?

Le 8 mai marque la fin de la Seconde Guerre mondiale pour le front occidental avec la capitulation de l’Allemagne nazie. Autrefois, c’était, comme en France, un jour férié ; ce n’est plus le cas chez nous. Catherine Laneau, professeure d’histoire contemporaine à l’ULG, nous explique pourquoi.

Pourquoi le 8 mai n’est plus un jour férié en Belgique?

« Le 8 mai a effectivement été un jour férié en Belgique jusqu’en 1983. Mais déjà auparavant, et progressivement, ce jour était finalement quelque chose d’assez flou. C’est lié à la fragmentation des mémoires par rapport à la Seconde Guerre mondiale en Belgique : ça a été une période que d’aucuns peuvent relire de manière très différente . Le rapport à la résistance, à la collaboration, la question royale qui a quand même considérablement marqué la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Il y a une tendance à considérer que la fin de la Première Guerre mondiale et la commémoration du 11 novembre sature l’espace mémoriel. Aujourd’hui, c’est autour de ce 11 novembre que l’on rend finalement hommage et que l’on commémore la fin des deux guerres mondiales. »

A-t-on gardé une date plus consensuelle pour nord et sud du pays?

« Cette question-là a joué, ce qui ne veut pas dire que le 8 mai ne représente rien, loin de là. Par exemple, le monument de la Résistance, qui se situe à Liège, a été inauguré le 8 mai 1955. On peut aussi dire qu’au fil des décennies, il a pris d’autres colorations. Il y a des mémoires qui mutent à partir des années 70, et peut-être plus encore après la chute du Mur de Berlin, puisque le contexte de guerre froide a joué sur ces commémorations. Dans les années 90, il y a une évolution de cette commémoration autour d’une idée peut-être plus antifasciste, une dimension qui tourne également autour de la question des droits de l’homme. Aujourd’hui, singulièrement dans les écoles, on met en évidence la libération de l’Europe du totalitarisme et la réflexion autour de potentielles résurgences de ce type d’idéologie. »

N’est-ce pas dommage de ne pas marquer la commémoration des victimes du nazisme, notamment les juifs?

« La mémoire du judaïsme est une mémoire arrivée bien plus tard. Ceci étant, on commémore évidemment et on s’en souvient. Maintenant, quand le 8 mai était un jour férié en Belgique, c’était plutôt un jour qui concernait les écoles et les administrations, et pas un jour férié légal au sens strict. Même dans des pays comme la France, où on a maintenu ce jour férié, ça n’a pas été sans flux et reflux. Toute la réalité et tout le mythe gaullien s’est construit à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Mais au milieu des années 1970, sous Valéry Giscard d’Estaing, il y a une volonté de mettre en évidence la réconciliation et le 8 mai a cessé pendant quelques années d’être un jour férié. C’est François Mitterrand qui l’a réintroduit au début des années 80. Cela prouve qu’il y a un débat autour de ce que symbolise ce 8 mai : la réflexion sur la réconciliation ou sur la construction de l’Europe et sur la manière dont on réintègre l’Allemagne dans le champ des démocraties européennes. »

75 ans plus tard, a-t-on refermé les plaies de ces événements en Belgique?

« Sans doute pas, et il y a notamment au nord du pays, mais pas seulement, le CEGESOMA, le Centre d’études Guerre et Sociétés, qui fait partie des archives de l’État. Il y a donc une dimension fédérale qui mène toute une série d’enquêtes aujourd’hui sur les enfants de la collaboration, les enfants de la résistance et la manière dont les mémoires se sont transmises à travers les familles, que l’on ne peut parfois pas classer de manière manichéenne d’un côté ou de l’autre, mais qui portent finalement en leur sein les deux types de mémoire. Pour l’immense majorité des familles belges, on a simplement attendu que ça passe. On n’a pas un lien direct avec soit d’une part la collaboration, soit d’une part la résistance. »

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