Pourquoi la Flandre est passée en vert sur la carte de l’ECDC, et pas la Wallonie et Bruxelles ? (Et qu’est-ce que ça change ?)

"La Belgique" n’est pas encore en vert, comme l’avait annoncé Yves Van Laethem, mais au prix d’un suspense insoutenable, la Flandre, placée dans un premier temps en orange, est la seule région du pays à passer au vert en ce jeudi 24 juin sur la carte de l’ECDC (Centre européen de prévention et de contrôle des maladies).

Pourquoi elle et pas les autres ? Pourquoi ce changement ? Et qu’est-ce que ça change vraiment ? Tentative d’explication.

La première propagation du Covid-19 est incontestablement liée aux voyages. Logique dès lors qu’à la fin de la première vague, à l’été dernier, les Etats européens aient voulu se protéger des voyageurs issus de zones où le virus circulait encore beaucoup alors qu’il était en nette régression dans la plupart des pays.

Oui mais voilà, tout ça s’est fait de façon désordonnée, avec des "codes couleurs" (souvent verts, rouges, oranges, mais aussi parfois blancs, jaunes…) selon les zones, et des règles ad hoc… qui variaient selon les pays. Et des incompréhensions, comme quand le Valais était classé "rouge" par la Belgique, avec un nombre ridicule de cas.

Le problème c’est que chacun se basait sur des critères différents, avec des échelles qui variaient aussi selon les pays. L’Europe a donc voulu créer un cadre unique et cohérent, qui puisse être utilisé par tous les pays pour définir un même cadre, sur base des mêmes données, et avec les mêmes règles.

C’est ainsi qu’a été créée cette carte de l’ECDC, basée sur les statistiques des instituts de santé publique des différents pays, et qui veut offrir une lecture du risque objective face au Covid-19 selon les différentes régions européennes.

Dès le 1er février, la Belgique, en toujours bonne élève européenne, cessait d’adopter sa propre classification comme elle le faisait jusque là, pour s’en référer complètement à la carte européenne. Depuis lors, les Belges scrutent les changements opérés par l’ECDC le jeudi, car ils savent qu’ils seront répercutés en Belgique le lundi, et que selon la couleur de la région de destination (et selon d’autres critères à préciser dans le Passenger Locator Form, mais on résume), il faudra observer une quarantaine ou pas.

Mais qu’en est-il des autres pays ? Eh bien, c’est à l’image de l’Europe : une application en ordre complètement dispersé. Certains pays ne tiennent aucun compte des codes couleurs européens et ont leur propre classification, comme l’Allemagne ou la France.

D’autres en tenaient compte, comme l’Espagne, mais uniquement pour les pays en vert, dispensés de formalités, tandis qu’aucune différence n’était faite entre les pays "oranges" et "rouges". Enfin, la distinction par région était effacée par beaucoup, comme la Norvège, qui n’assouplissait ses règles que lorsqu’un pays entier passait au vert.

Bref, la Flandre est aujourd’hui en "vert"… grâce à une meilleure situation épidémiologique dans notre pays, mais aussi grâce à un assouplissement de la légende : jusqu’il y a peu, il fallait une incidence de moins de 25 cas pour 100.000 habitants pour les 14 derniers jours pour prétendre à ce label.

Mais ces critères ont été brutalement adaptés au 17 juin, suite à la recommandation du Conseil de l’Europe. Le vert est désormais accordé aux régions qui ont moins de 4% de taux de positivité et moins de 50 cas/100.000 habitants sur les 14 derniers jours avant la période de référence.

Et si le taux de positivité est en dessous de 1%, la tolérance va même jusqu’à 75 !

C’est ce qui permet à la Flandre ce jeudi de rejoindre le club plus très fermé des régions en vert, car son taux d’incidence restait de 61, donc au-dessus du critère combiné avec les 1 à 4% de taux de positivité. Mais son taux de positivité a justement été estimé en dessous de 1%, à la grande surprise des observateurs des chiffres de l’épidémie : le taux de positivité de toutes les provinces flamandes est en effet au-dessus de 1% !

C’est le bio-statisticien de l’UGent Bart Mesuere qui apporte la réponse à cette incongruité : l’ECDC ne calcule pas le taux de positivité de la même manière que Sciensano !

Pour notre institut de santé publique, le taux de positivité, c’est le nombre de tests positifs par rapport au nombre de tests effectués. Pour l’ECDC, c’est le nombre de nouveaux cas détectés par rapport au nombre de tests, ce qui n’est pas la même chose, car une même personne peut être détectée positive lors de plusieurs tests.

Les données ne correspondent donc pas à celles fournies par Sciensano mais cela peut s’expliquer par une nécessité d’uniformiser les données parmi les différents pays.

 

Et les autres régions ? Sur base de ces critères, la Wallonie, qui a une incidence de 71 et un taux selon l’ECDC de 1,27 devrait elle aussi passer en vert dès la semaine prochaine. C’est un peu moins sûr pour Bruxelles, dont le taux de positivité est de 1,21, mais qui garde une incidence de 110.

Qu’est-ce que ça va vraiment changer ?

L’Espagne ne demande par exemple même plus de test aux régions estampillées en vert. Comme dit plus haut, de nombreux pays ne se basent toutefois plus sur ces classifications, et appliqueront des règles plus souples dès le 1er juillet, souvent sur base du certificat Covid. Le seul conseil que l’on peut hélas donner, c’est de se renseigner pays par pays, car la belle coordination européenne est hélas toujours loin d’être optimale.

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