Pourquoi et comment une partie de l'Amazonie est-elle en train de brûler? Des feux surtout volontaires

Des incendies dans l'Etat brésilien de Nova Bandeirantes le 21 août 2019, photographiés par un satellite de la société Planet
Des incendies dans l'Etat brésilien de Nova Bandeirantes le 21 août 2019, photographiés par un satellite de la société Planet - © Handout

Les milliers d'incendies actuels en Amazonie ne ressemblent pas aux grands feux de forêts d'Europe ou d'Amérique du Nord: ce sont en majorité des feux de végétation et de branchages dans des zones défrichées, expliquent des experts. Et donc des feux volontaires et non accidentels, même si certains ne sont sans doute pas maîtrisés.

Leur multiplication dramatique illustre donc avant tout l'accélération de la déforestation, pour le trafic du bois, pour créer des terres agricoles ou pour d'autres activités humaines.

"Dans les tropiques, pas seulement en Amazonie, le feu est très utilisé pour la gestion des terres", dit Jeffrey Chambers du laboratoire national américain Lawrence Berkeley, un spécialiste des forêts tropicales. "C'est comme cela que les gens se débarrassent des déchets agricoles, et en général les feux ne rentrent pas dans les forêts.Une forêt tropicale n'est généralement pas inflammable", car elle est humide, ajoute Jeffrey Chambers à l'AFP.

En Californie, à l'inverse, interdit de brûler quelque déchet, car les forêts très sèches peuvent s'enflammer d'une étincelle.

En Amazonie, quand une forêt est défrichée, les troncs sont emportés mais le reste de la végétation est brûlée sur place pendant la saison sèche, qui dure de juillet à novembre. Pour les terres agricoles, ou des prairies, la végétation et les mauvaises herbes sont également entassées, en attendant la saison sèche. C'est ce qui brûle en ce moment.

Pas les grandes fournaises du Nord

Les autorités s'en sont aperçus en croisant la localisation des feux avec la carte de la déforestation, suivie de près par satellites. "Et voilà, il y a une très forte corrélation entre la déforestation et les points de chaleur de cette année", dit à l'AFP Ane Alencar, directrice scientifique de l'institut de recherche environnementale sur l'Amazonie (IPAM).

Même quand le feu parvient à pénétrer dans la forêt dense, appelée "primaire" quand elle est intacte, il reste souvent contenu à la végétation au sol et n'atteint généralement pas le sommet des arbres, 30 mètres plus haut. L'effet est tout aussi dévastateur mais il est retardé, car les blessures aux troncs des arbres mettront du temps à les faire périr... L'image diffèrere  des gigantesques fournaises que les Européens ou Américains ont l'habitude de voir chez eux.

Le recours humain au feu pour gérer les terres explique le nombre astronomique d'incendies enregistrés par les autorités brésiliennes depuis janvier: plus de 75.000.

Il faut toutefois noter que cette pratique n'est pas spécifique à l'Amazonie: elle est tout aussi répandue en Afrique par exemple, où le nombre d'incendies semble même avoir été supérieur ces derniers jours.

 

Les feux rendent la déforestation "visible", insiste Paulo Brando, de l'université de Californie à Irvine et du Woods Hole Research Center, et en ce moment à Sao Paulo. "Les feux sont la phase finale de la déforestation", dit-il à l'AFP.

La déforestation de la forêt amazonienne a vraiment commencé dans les années 1970, atteignant son maximum annuel à la fin des années 1990 et au début des années 2000. En 2004, environ 28.000 kilomètres carrés de forêts ont été défrichés rien qu'au Brésil (l'Amazonie s'étend sur neuf pays mais le Brésil en contient 60%).

Puis la déforestation a fortement ralenti. Avant de reprendre en 2014, mais sans jamais atteindre les pics de la décennie précédente. L'an dernier, environ 7.500 km² ont disparu, selon l'Institut national brésilien de recherche spatiale (INPE). Mais l'inversion de tendance est inquiétante. Rien qu'en juillet, plus de 2.000 km² ont disparu.
 

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