Pénurie de généralistes dans la région de Charleroi: "Ce n'est pas simple de tenir le coup"

Le 18 juillet dernier, le Forem, le service public de l'emploi et de la formation en Wallonie, a publié sur son site la liste des métiers dits "en pénurie". Nouveau venu dans ces 56 fonctions, le médecin généraliste. Dans la foulée, en ce début août, le ministre wallon de la Santé Maxime Prévot (cdH) a présenté la carte des communes wallonnes touchées effectivement par cette pénurie.

Et au-delà du cadre déjà bien connu des pénuries récurrentes dans les zones rurales de la province de Luxembourg ou du sud de la province de Namur où la combinaison de longues distances et de faible densité de population peine à attirer les généralistes, la carte révèle une grosse tache qui se concentre dans le grand Charleroi et la région du Centre notamment.

Un travail harassant

Dans la région carolo, toutes les communes sans exception manqueraient donc de médecins. A Thiméon, aux portes de la plus grande ville wallonne, le docteur Arnaud François s'est installé il y a à peine un an et demi. Dès son arrivée, son agenda a été bombardé de rendez-vous, sa patientèle déborde de toutes parts: "C'est très compliqué de répondre aux demandes de tous, explique-t-il, je dois refuser ou plutôt prioriser les appels pour accéder aux demandes les plus urgentes".

Alors qu'il contemple déjà ses rendez-vous du jour, soit une dizaine de visites matinales avant les consultations de l'après-midi, le téléphone ne cesse de sonner. "Désolé, mais c'est complètement impossible aujourd'hui", répète-t-il à l'envi à ses patients dont le mal est le plus bénin. Pour les réelles urgence, il parvient encore à caser une petit visite par-ci par-là mais souvent au prix de nombreuses heures supplémentaires: "J'ai quand-même envie d'avoir une vie en dehors de mon travail, parfois je voudrais les rediriger vers les urgences des hôpitaux de la région mais ce serait dégueulasse pour mes collègues urgentistes", concède-t-il.

Du travail, il y en a

Pourtant, le travail ne manquant pas, la région devrait faire figure d'eldorado pour les jeunes médecins qui cherchent à s'installer. Pourtant c'est loin d'être le cas. La faute à un rythme de travail parfois intenable. D'autant plus qu'avec 11 généralistes dans la zone Gosselies-Thiméon-Viesvilles, qui compte 15 512 habitants, les délais d'attente gonflent de plus en plus et les médecins les plus vieillissants ne parviennent plus forcément à suivre le rythme, c'est une sorte de cercle vicieux: "Plus de la moitié des médecins du coin ont 60 ans et plus, explique Agnès Dohet, généraliste et coordinatrice des gardes dans la zone. Opérer des horaires complets et bien plus encore, ça fatigue énormément. Ce n'est pas simple de tenir le coup et entre les patients qui veulent avoir un rendez-vous rapidement et les médecins disponibles qui gèrent au mieux, les frictions arrivent, ce n'est pas évident".

Pas assez de médecins, des heures de travail à n'en plus finir, des patients mécontents: difficile dès lors de rendre la région attractive pour la relève éventuelle.

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