Pour les soins intensifs, la troisième vague du Covid-19 est déjà visible : dans quelles provinces risque-t-on la saturation ? (carte)

C’est une des caractéristiques de ce qu’il faut bien appeler une troisième vague du Covid-19 en Belgique – même si ce terme n’a pas de définition officielle ou scientifique- : le taux de lits occupés en soins intensifs par rapport au nombre total de patients admis à l’hôpital pour Covid-19 y est largement supérieur que lors des deux vagues précédentes.

Deux raisons complémentaires expliquent cette hausse plus rapide, selon l’épidémiologiste de l’ULB Marius Gilbert : une plus grande virulence estimée du variant découvert au Royaume Uni d’une part ; et un âge moyen plus bas des patients entrants, lié à la vaccination dans les maisons de repos, qui entraîne une durée de séjour rallongée, avec des lits qui se libèrent moins vite.

C’est ainsi qu’on a atteint ce vendredi le seuil d’un tiers de la totalité des lits dédiés aux soins intensifs pour toute la Belgique occupés uniquement par des patients Covid : 664 lits sur 1992. Une part très importante, donc, que l’on n’avait atteinte que le 24 octobre lors de la seconde vague. Mais ce pourcentage est encore plus important selon les régions : il n’est ainsi que de 16% d’occupation à Liège (où deux patients français ont été transférés), contre plus de 40% dans d’autres provinces wallonnes et à Bruxelles !

Or, plus de 40% de saturation de ces unités, c’est ce qu’ont connu Bruxelles et le Hainaut vers le 23 octobre, deux semaines seulement avant d’arriver à une saturation quasi complète au pic de la deuxième vague.

Une différence par rapport aux précédentes vagues est toutefois que l’augmentation, si elle est continue, est moins rapide que ce qu’on a connu à la fin mars ou à la fin octobre 2020. Et surtout fin octobre, le nombre d’admissions doublait en une semaine, alors qu’on est actuellement plutôt à un rythme de 20 à 30% par semaine.

Mais le fait que les patients séjournent plus longtemps pose un vrai problème de gestion sanitaire. Car si on peut "voir venir" et créer des lits supplémentaires, cela n’est pas sans conséquence : en décembre, une étude belge menée par des chercheurs associés à la Société Belge de Médecine Intensive et le Groupe Collaboratif Belge sur la Surveillance Hospitalière du COVID-19 révélait ainsi que plus on ajoute de lits de soins intensifs, plus le risque de mortalité était élevé chez les patients atteints de Covid-19.

Des effets sur les patients non-Covid

Bien sûr, avec les effets de la vaccination et la moyenne d’âge plus jeune des patients, on peut espérer que cela n’aura pas le même effet. Mais ce que cette étude montrait, c’est que la création de lits supplémentaires n’était pas la panacée, car ce n’est pas de meubles qu’on a besoin, mais bien de personnel. Et que le personnel venu en renfort n’était pas toujours aussi qualifié.

De plus, cette suroccupation par des patients Covid a des effets évidents sur les soins qui peuvent être apportés aux autres patients.


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"On a l’impression de revivre un mauvais film, de repartir dans une histoire qu’on connaît, témoignait ainsi Delphine Mathieu, infectiologue et hygiéniste au CHU Tivoli à La Louvière. Il faut recibler au niveau des salles, cela a un impact au niveau des soins intensifs. Tout ce qui est post-opératoire doit aller aux soins intensifs et il va falloir reporter les choses moins importantes. On repart dans un engrenage que l’on connaît".

Les mesures qui entraient en vigueur ce vendredi auront-elles un impact suffisant pour éviter cette saturation ?

Avec les mesures de confinement renforcées, "il y a une grande probabilité que l’on reste en dessous de l’occupation de 1000 lits (en soins intensifs) et peut-être même des 800 lits" par des patients Covid , développe Yves Van Laethem, qui se base sur une étude de l’Université d’Hasselt, menée au début de la deuxième vague.

Le scénario le plus alarmiste, si les citoyens font "comme si de rien n’était (ce qui va à l’encontre des nouvelles mesures effectives dès ce samedi"), prévoit "une forte probabilité que nous dépassions les 1000 lits de soins intensifs". Les modèles des chercheurs de l’Université d’Hasselt présentent des courbes montrant un vaste éventail allant de 600 lits à plus de 1500 lits, culminant à la fin avril et début mai.

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