Pour l'Observatoire des prisons, "avoir des contacts avec sa famille pour un détenu est un droit fondamental"

Changement ce lundi 14 septembre avec des règles sanitaires désormais assouplies dans les prisons : les contacts physiques seront à nouveau autorisés entre les détenus et leurs visiteurs. Une décision prise par le ministre de la Justice. But : améliorer le bien-être psychosocial des détenus. Qu’en pense l’Observatoire international des prisons ? Pour son co-président Harold Sax.

"Les nouvelles règles mises en place prévoient que chaque détenu a la possibilité de recevoir en visite maximum deux personnes, dont un adulte, et qu’il va pouvoir avoir un contact physique, donc pouvoir se toucher avec les visiteurs, puisque jusqu’à présent c’était derrière une vitre en plexiglas et que les contacts physiques étaient tout à fait interdits", rappelle Harold Sax. "En plus de cela vont reprendre ce qu’on appelle les visites hors surveillance, et donc permettre aux visiteurs d’avoir des visites dans l’intimité de leur conjoint au sein de la prison."

La santé fragile des détenus

Pour l’Observatoire des prisons, "c’est un premier pas vers un retour à une situation plus satisfaisante. Il est évident que pour l’instant cette mesure est limitée dans ses effets, c’est-à-dire que la personne ne pourra pas recevoir un nombre indéterminé. Elle peut recevoir au maximum cinq personnes différentes, ce qui correspond cela dit à la bulle sociale. Il faudra donc voir comment cette mesure va évoluer. Maintenant, il ne faut pas négliger non plus qu’il y a effectivement un contexte sanitaire qui doit être pris en considération parce que les personnes qui sont enfermées sont pour la majorité des personnes qui ont une santé particulièrement fragile au Covid, puisqu’elles souffrent généralement de ce qu’on appelle des comorbidités. C’est une population qu’il faut évidemment également protéger du coronavirus."

L’Observatoire international des prisons a réagi à de nombreuses reprises concernant les conditions de vie des détenus. "Les conditions de détention ont vraiment été extrêmement difficiles, du fait notamment de cette privation de contact. Non seulement la décision semble avoir été prise dans le souci du bien-être psychologique des détenus, ce qui est évidemment souhaitable. Et d’autre part, il faut quand même rappeler que la possibilité de rencontrer ses visiteurs et d’avoir des contacts réguliers avec sa famille est un droit qui est intégré dans le droit fondamental à la vie privée et familiale. Cela semble donc être en réalité une obligation pour le ministre de mettre en place ce qu’il fallait pour permettre cette reprise, malgré le contexte sanitaire actuel."

Depuis mars, les détenus n’ont plus de contact physique avec leur famille

La CGSP prisons a marqué son désaccord quant à la décision de la Justice d’assouplir les conditions de visites. Le syndicat craint la circulation du virus dans les établissements pénitentiaires. Un préavis de grève a été déposé. Pour Harold Sax, cela ne va pas trop vite. "Le début de la crise sanitaire, sauf erreur, c’est au début du mois de mars, donc il faut bien se dire que depuis le mois de mars, les détenus n’ont plus de contact physique avec leur famille. D’abord, pendant un temps relativement long, ils n’ont plus eu de contact du tout, si ce n’est avec certains avocats, c’est-à-dire qu’ils ne pouvaient plus recevoir la visite de services externes, tels que les services de préparation à la réinsertion, les services pour trouver des formations, les assistants sociaux, les psychologues."

Les mesures ont été élargies et "ces services ont pu rentrer. Puis, on a élargi un peu plus en disant que les familles pouvaient à nouveau rentrer, mais avec les restrictions. Je ne vois pas qu’est-ce qu’on pourra donner comme signal clair en disant qu’à partir de maintenant il n’y a plus de risques et que les familles peuvent donc rentrer." Pour Harold Sax, les arguments CGSP valent donc aussi pour la population en général et le respect de la bulle de cinq personnes. "Si vous croisez n’importe qui comme ami et que vous décidez de l’intégrer dans votre bulle de cinq, vous n’avez pas la possibilité de contrôler qui cette personne elle-même va rencontrer. Donc, ces risques-là sont valables à l’intérieur comme à l’extérieur."

On n’a pas eu l’impression que la société est devenue plus dangereuse

Avec la crise sanitaire, le taux de surpopulation a baissé. Des libérations ont eu lieu. "Il y a donc environ 500 personnes qui avaient bénéficié d’interruptions de peine, mais on espère quelque part que ça a été une leçon dont on va pouvoir tirer des enseignements. C’est-à-dire qu’il y a 500 personnes à qui on a permis de sortir de prison. On n’a pas eu l’impression — on n’a peut-être pas assez de recul sur la situation, mais c’est une conviction pour l’OIP — que la société est devenue tellement plus dangereuse du fait d’avoir libéré ces 500 personnes. Alors, peut-être que cette expérience permet de démontrer que la prison n’est sans doute pas une solution et que ça vaut la peine d’envisager quels sont les détenus qui doivent véritablement faire l’objet d’un isolement parce qu’ils représentent un véritable danger de ceux dont on pourrait essayer toutes les autres alternatives à la prison."

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