Le chauffeur responsable de la mort de Mawda? "Un raccourci un peu rapide" pour l'avocate de la famille

Ce lundi, on apprenait l'incarcération du chauffeur de la camionnette dans laquelle la petite Mawda a été tuée par une balle de la police. Le lendemain, c'est la présence d'un mouchard placé par la police française sur la camionnette qui était révélée. Une information qui pourrait bien démontrer l'absence de collaboration entre les polices française et belge. Selma Benkhelifa, avocate des parents de Mawda, était invitée sur Matin Première pour revenir sur ces rebondissements.

La régularisation de la famille est toujours au point mort, signale l'avocate. Pourtant, Charles Michel avait proposé une régularisation pour circonstances exceptionnelles à la famille, mais le parcours n'est pas si simple : "Il faut payer une redevance de 350 euros par adulte. On a demandé si on ne pouvait pas faire une exception, on a reçu une réponse ferme : 'Pas question, vous serez traités comme tous les autres gens'". Un citoyen anonyme a donc décidé d'offrir les 700 euros nécessaires, la demande a pu être introduite à temps mais "il n’y a aucun suivi et on ne nous dit rien, on attend juste qu’une réponse tombe de l’Office des étrangers".

Absence d'humanité étatique

Hébergée par la plateforme citoyenne, la famille endeuillée se reconstruit petit-à-petit. Le frère de Mawda a droit à des activités, est inscrit dans une école et la famille est assistée le mieux possible pour s'intégrer, prendre des cours de français. Mais ça, rappelle Selma Benkhelifa, ils ne le doivent presque exclusivement qu'à la plateforme citoyenne.

"Comme souvent, les migrants applaudissent des deux mains l’accueil de la population belge. Mais par rapport aux institutions, il y a beaucoup à redire. Il faut rappeler que cette maman qui était en train de perdre sa petite fille n’a pas pu monter dans l’ambulance, a été menottée, amenée au commissariat de police, détenue avec un petit garçon de 4 ans alors qu’il était manifeste que c’étaient des victimes."

La peur de dénoncer des réseaux mafieux

"La famille a été informée de l'arrestation du chauffeur", poursuit l'avocate. "Ils sont favorables à tout ce qui fait avancer l’enquête." Pourtant, Selma Benkhelifa dénonce la peur ambiante chez les victimes de traite d'êtres humaines, qui craignent de "dénoncer leurs passeurs parce qu’ils pourraient avoir des représailles et qu'après ils en ont besoin pour passer". D'autant plus que "les policiers arrêtent tout le monde, mettent passeurs et victimes ensemble en détention, puis relâchent tout le monde".

L'avocate rappelle qu'il ne faut pas mélanger les deux choses pour lesquelles la famille a porté plainte : l'homicide de leur petite fille et la traite d'êtres humains. "Le chauffeur a vraisemblablement une activité dans le cadre du trafic. Maintenant, lui mettre la responsabilité de l’homicide sur les épaules me semble un raccourci un peu rapide parce qu’il n’était pas armé et le coup de feu est quand même parti d’un policier." Selma Benkhelifa se désolé que le policier ne soit pas encore inculpé alors qu'"on est en train de mettre le paquet sur ce chauffeur". Pour elle, sa conduite "absurde" ne justifiait pas de tirer en direction de la camionnette.

Un drame qui aurait pu être évité

Autre révélation cette semaine : la présence d'un mouchard français sous la camionnette, grâce à quoi "ce drame aurait pu être parfaitement évité. Il n’était pas nécessaire de poursuivre cette voiture, cette voiture a cherché à s’enfuir parce qu’elle était prise en chasse par une dizaine de véhicules de police". Ce mouchard permettait de connaître à tout instant la position du véhicule et de le retrouver. Des informations n'ont donc pas été transmises, estime l'avocate de la famille kurde.

Mais ce n'est pas le seul problème de communication pointé. Les différentes versions de la course-poursuite rapportées par les policiers divergent. Les uns évoquent l'utilisation de Mawda comme un bouclier humain et les autres ignoraient la présence d'enfants. "Donc ça veut dire qu’ils font une course-poursuite tous ensemble et ils ne se communiquent pas ce qu’ils savent, ce qu’ils voient l’un l’autre", conclut-elle. Raison pour laquelle Selma Benkhelifa exige de pouvoir avoir accès aux échanges radio entre les policiers.

L'avocate constate tristement que ce drame n'a rien changé à la condition des migrants, des réfugiés : "Il n’y a pas de remise en question de la politique migratoire telle qu’elle est menée. On mène la chasse aux migrants au nom de la chasse aux trafiquants mais sans jamais chercher à comprendre les causes des migrations et pourquoi ces gens sont dans un désespoir tel qu’ils viennent chez nous."

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