Colère agricole: le torchon brûle entre les syndicats, du lait sur la façade du MR

Un peu de lait sur la façade du siège du MR, avenue de la Toison d'Or.
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Un peu de lait sur la façade du siège du MR, avenue de la Toison d'Or. - © JOHN THYS - AFP

La rupture est consommée entre la Fédération unie de groupements d'éleveurs et d'agriculteurs (Fugea) et l'European milk board (EMB) d'une part, et, d'autre part, le principal syndicat d'agriculteurs européen, le Copa-Cogeca, dont font partie la fédération wallonne de l'agriculture (FWA) et le Boerenbond.

Les deux principaux syndicats agricoles ont montré leurs différence d'approche tout au long de la journée. Les agriculteurs wallons, qui continuent de réclamer une régulation de la production agricole, singulièrement laitière, afin de garantir des prix rémunérateurs voulaient faire entendre leur voix à l'occasion d' une réunion des ministres européens en charge de l'Agriculture et de la Pêche

La Fugea et l'EMB ont choisi une approche plutôt dure tandis que la FWA et le Boerenbond ont décidé d'avoir recours à une manifestation plus décalée avec l'implantation d'une ferme improvisée au cœur du quartier européen.

L'approche ludique

Plus tôt dans la matinée, une centaine d'agriculteurs de la Fédération Wallonne de l'Agriculture et du Boerenbond étaient de leur côté présents à la ferme provisoire installée rue de la Loi, entre le rond-point Schuman et la parc du Cinquantenaire à Bruxelles. Dans une ambiance bon enfant, ils ont participé à un barbecue réalisé avec des produits régionaux.

"La mobilisation n'est pas extraordinaire", a concédé Laurent Gomand, vice-président de la FWA. "La météo clémente du jour en est la raison principale. Des collègues ont finalement décidé de travailler aujourd'hui."

Petit-déjeuner ministériel

Croissant et verre de lait issus de l'agriculture locale, la FWA et le Boerenbond ont offert le petit-déjeuner aux ministres de l'Agriculture, Willy Borsus (fédéral), Joke Schauvliege (Flandre) et René Collin (Wallonie), avant d'accompagner Willy Borsus jusqu'à l'entrée du bâtiment du Juste Lipse, où se déroule le Conseil européen.

Selon Laurent Gomand, le vice-président de la FWA, "les ministres belges ont entendu nos revendications, mais cela coince au niveau de la Commission et de certains Etats". "Nous exigeons des résultats dès aujourd'hui (lundi). Cela doit passer par une régulation des marchés agricoles européens permettant une stabilisation et un revenu décent pour les agriculteurs. Nous voulons un prix correct et une régulation de la production. Pas question de revenir une nouvelle fois avec des aides ponctuelles qui ne sont que des sparadraps sur une jambe de bois."

L'approche vindicative

Ce lundi après-midi par contre, des agriculteurs de la Fédération Unie de Groupements d'Éleveurs et d'Agriculteurs (Fugea) et de l'European Milk Board (EMB) ont de leur côté choisi de durcir le ton devant la DG Pêche et Agriculture. Quelques œufs ont notamment été lancés et du lait a été déversé sur la façade du bâtiment. L'axe routier a d'ailleurs été à la circulation, les tracteurs bloquant l'accès.

Les manifestants se sont également rendus au siège du principal syndicat agricole européen, le Copa-Cogeca, dont la Fédération Wallonne de l'Agriculture et le Boerenbond font partie. La Fugea et l'EMB contestent l'action de cette organisation qu'ils qualifient de "syndicat majoritaire largement libéral".

Certains manifestants ont tenté de pénétrer dans le bâtiment situé rue de Trèves. Ils ont été sèchement refoulés par les forces de l'ordre. Une délégation a finalement été reçue par la Copa-Cogeca.

Un seul but, deux approches

La tension entre les principaux syndicats a justement trouvé son origine dans les deux approches singulièrement différentes pour porter une même revendication. Pour la Fugea, la FWA, pourtant principal syndicat agricole en Wallonie, n'en fait pas assez.

D'ailleurs, à l'issue de la réunion au siège du Copa-Cogeca, les membres de la Fugea et de l'EMB ont signalé leur rupture avec la FWA, le principal syndicat. "Nos visions sont divergentes", a déclaré Stéphane Delogne, responsable presse pour la Fugea, syndicat principalement implanté en Hainaut occidental. "On a repris rendez-vous, mais je crains qu'avec eux, il ne sera pas possible de changer les choses. Ils ne voient de problèmes nulle part." Selon la Fugea, "le Copa-Cogeca travaille contre nous." Un appel à ne plus verser de cotisation à la Fédération wallonne de l'agriculture (FWA) a même été lancé aux agriculteurs.

Une revendication commune: la régulation

Pour bien comprendre ce qui pose problème à la profession, un chiffre : 41 centimes. C'est en moyenne ce que coûte la production d'un litre de lait, mais l'industrie ne l'achète en moyenne que 24 centimes, ce qui explique les faillites et les arrêts d'activités de très nombreux fermiers.

Véronique Stas, agricultrice à Aubel explique: "Nous voulons conserver notre modèle agricole familial parce que nous ne sommes pas seulement là pour produire de l’alimentation, mais aussi pour entretenir les paysages, l’environnement. On veut produire une alimentation vraiment de qualité. Tout ce qu'on veut, c'est un revenu décent pour notre agriculture parce qu’aujourd’hui on est presque écrasé par toutes les normes imposées et en même temps il n’y a pas un retour juste. Economiquement, ça devient vraiment très très serré dans nos exploitations."

Petite visite de "courtoisie" au siège du MR ce lundi matin

Une centaine d'agriculteurs de la Fugea et de l'EMB (certains venus à pieds, d'autres en tracteur) s'étaient donné rendez-vous lundi devant le siège du parti libéral à Bruxelles, en marge du conseil européen de l'Agriculture. Ils ont exprimé leur mécontentement en aspergeant de lait la façade du MR ainsi qu'en jetant des oeufs sur la vitrine. Pour se faire entendre, les fermiers tambourinaient sur des bidons de lait. A midi, les agriculteurs sont finalement remontés sur leur tracteur pour rejoindre la Direction générale Pêche et Agriculture située rue de Loi.

Lors de la mobilisation, des agriculteurs ont tenté d'entrer dans le bureau du parti afin de s'entretenir avec le ministre fédéral de l'Agriculture, Willy Borsus mais ils ont été repoussés par les forces de l'ordre.

"Les agriculteurs ont demandé à être reçus par le ministre de l'Agriculture Willy Borsus qui n'était pas présent car il siège aujourd'hui au Conseil européen. C'est donc le directeur du cabinet qui les a reçus. Il a écouté leurs revendications pendant plus ou moins une demi-heure. C'est après que les agriculteurs ont tenté de forcer le passage et ont été repoussés par les forces de l'ordre", a indiqué à l'agence Belga la porte-parole de Willy Borsus.

Soutien aveugle au TTIP?

"Le MR soutient aveuglément le TTIP (le partenariat commercial transatlantique entre l'Europe et les Etats-Unis, ndlr), alors que les agriculteurs comme la société civile n'en veulent pas", s'inquiète Stéphane Delogne, responsable politique et environnement de la Fédération unie de groupements d'éleveurs et d'agriculteurs (Fugea).

"On ne bradera jamais l'agriculture au profit d'accords commerciaux", a pourtant déclaré le ministre fédéral de l'Agriculture, cité par sa porte-parole qui rappelle qu'au niveau européen, "le ministre libéral est un des plus offensifs dans le soutien aux agriculteurs".

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